Gone Baby Gone
Miramax Home Entertainment

Réalisateur: Ben Affleck
Année: 2007
Classification: R
Durée: 114 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 21
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce disque Blu-ray est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
16 février 2008

Cela aurait pu tourner à la catastrophe. Après plusieurs rôles décevants dans des longs-métrages qui le sont tout autant, Ben Affleck décide de se tourner à la réalisation pour faire pardonner ses nombreuses erreurs du passé. Et cela fonctionne! Sans parler d'œuvre importante ou nécessaire, "Gone Baby Gone" s'avère suffisamment intelligent et intrigant pour mériter le visionnement. Qui l'aurait cru!?

Dans la région de Boston, des disparitions d'enfants jettent la suspicion au sein d'une petite communauté où tout le monde semble se connaître, où les gens jugent facilement leurs semblables et où la violence peut éclater dans n'importe quel bar mal famé. Lorsqu'un détective (Casey Affleck) et son assistante (Michelle Monaghan) essayeront de retrouver la fille d'une mère droguée (Amy Ryan), ils découvriront que les secrets sont nombreux et que les motivations demeurent parfois troublantes, tiraillées entre Dieu et le diable. Sur leur chemin, ils peuvent heureusement compter sur la participation de policiers serviables (dans le nombre, il y a Ed Harris et Morgan Freeman).

Cette adaptation du roman de Dennis Lehane offre la chance à Ben Affleck de filmer des lieux qu'il connaît comme sa poche et de faire ressortir des fantômes de son passé. Sa réalisation extrêmement conventionnelle permet aux ombres de Boston de s'enraciner dans toutes les maisons, amenant avec elles autant la noirceur que la lumière. Le film, qui devient assez rapidement un suspense prenant, finira par se transformer en toupie, avec cette histoire ciselée en deux parties distinctes et ses nombreux retours de situations à la toute fin. À ce sujet, les rares scènes d'action s'avèrent extrêmement bien filmées et il faudra porter une attention particulière aux retours dans le passé.

À priori, la prémisse semble emprunter le même sentier que l'intéressant Betty Fisher et autres histoires de Claude Miller. Au bout de la ligne, le récit y est toutefois un peu supérieur. En plus de cette fascinante matière première, Lehane a également inspiré celle du sublime Mystic River. Là où l'excellent opus de Clint Eastwood dérogeait à la loi pour établir son propre code moral, celui d'Affleck fait le chemin contraire, privilégiant ce qui doit être fait au détriment de ce qui serait mieux dans le meilleur des mondes. Un procédé qui remet en doute les valeurs les plus élémentaires de l'existence.

Pour alimenter ce thriller et ces discussions dans les chaumières, il n'y a d'excellents interprètes qui sont au service de l'intrigue. Charismatique à souhait, Casey Affleck ne s'en laisse pas imposer. À côté de lui se trouve une ravissante Michelle Monagha à mi-chemin entre Sandra Bullock et Fanny Mallette. Même les comédiens chevronnés ajoutent de beaux personnages à leur longue fiche de route. Ed Harris est tout à fait à l'aise en homme hanté par ses démons et Morgan Freeman arrive finalement à jouer sans avoir recourt à une voix-off! Il est cependant dommage qu'au sein de cette impressionnante distribution, ce ne soit que le rôle défendu correctement par Amy Ryan qui attire tous les regards (elle est même nominée aux Oscars), alors que ses partenaires y sont souvent supérieurs.

C'est dans les moindres détails que Boston et ses environs sont filmés. Les images tendent donc à être très réalistes, tout comme ces couleurs peu éclatantes. Hormis quelques séquences où le blocage se fait ressentir, le reste demeure de très haut niveau. La définition des contours est parfaite et la qualité des contrastes s'avère ciselante. Tant mieux, car les différentes zones grises font partie intégrante de l'intrigue. Les pistes audio francophones et anglophones en Dolby Digital 5.1 sont plutôt intéressantes, faisant ressortir des coups de feu, des bruits d'automobiles et le souffle de Zéphyr des différentes enceintes. Une bonne nouvelle. Tout autant que ces voix bien calibrées, cette honnête traduction française et ces très visibles sous-titres jaunes. La musique va du rock à la pop en passant par le hip-hop, demeurant généralement très dramatique, parfois même un peu trop. Entre le désir d'émouvoir à tout prix et la manipulation bon marché, la ligne est parfois mince.

Avec un titre aussi prometteur, il est surprenant de constater que la pochette est peu éclatante. Entre montrer un homme de dos face à une ville et le visage des principaux interprètes, il n'y a rien de très ingénieux. Le menu principal du DVD est cependant plus convaincant. Sur une mélodie lourde apparaît un montage habile de scènes diverses, baignées dans des couleurs épurées et sales. Parfait pour donner le ton! Les bonus semblent nombreux et il ne faudra surtout pas se fier aux apparences. Les deux documentaires sur le tournage s'échelonnent sur moins de dix minutes et ils passent rapidement en revue la sélection des comédiens, le choix des lieux, le travail du cinéaste derrière la caméra et le désossage du script. Un peu plus d'informations n'aurait pas été de trop. Sans doute qu'il y a une piste de commentaires de Ben Affleck du scénariste Aaron Stockard, sauf que cette dernière n'est pas toujours très descriptive. En effet, les voix mélancoliques s'intéressent souvent davantage aux atmosphères, offrant au passage des propos zombifiés. Pour une rare fois, ce sont les scènes supprimées (avec en option les commentaires du duo Affleck et Stockard) qui s'avèrent être les segments les plus intéressants. Les séquences un peu longues sont très pertinentes, surtout cette nouvelle fin qui ne laisse pas indifférent.

"Gone Baby Gone" est une œuvre trépidante, provocante et dérangeante qui joue sur la morale pour provoquer des discussions. Il ne faut pas trop se fier à la réalisation très classique et aux suppléments dégarnis. Le suspense y est entier, les interprètes se défoncent au boulot et au sein de ces incompréhensions, il y a toujours un peu d'humour pour faire avaler la douloureuse pilule. Comme quoi Ben Affleck devrait peut-être faire une croix sur son jeu d'acteur pour se consacrer derrière la caméra.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments5
Vidéo8
Audio7