Le tandem Matt Damon et Paul Grengrass font à nouveau équipe dans "Green Zone", un habile film d'action un peu trop simpliste et manichéen qui se déroule en Irak. Une belle idée de départ qui tarde à se concrétiser complètement.
En 2003, l'armée américaine débarque en Irak afin de sauver le peuple du régime de Saddam Hussein. L'officier Roy Miller (Matt Damon) est chargé de découvrir des armes de destruction massive. Or, il n'en trouve pas. Ses supérieurs (le patron possède la tête et le physique de Greg Kinnear) ne veulent rien entendre et le soldat doit retourner sur le champ de bataille. Il en profite pour se faire des alliés parmi la population locale et les nouveaux arrivants anglophones (dont Brendan Gleeson), tout en questionnant les méthodes de travailler d'une influente journaliste (Amy Ryan).
Suite au triomphe du solide The Hurt Locker à la dernière cérémonie des Oscars, les longs-métrages sous fond de la guerre en Irak ne risquent pas de tarder. Le dernier en liste est une adaptation d'un essai de Rajiv Chandrasekaran par le talentueux Paul Grengrass. Fidèle à ses habitudes, le cinéaste britannique campe son intrigue en zone de haute tension, recréant le chaos absolu en ayant recourt à une caméra particulièrement tremblotante. L'image stylisée en met plein la vue avec ses couleurs élaborées, ses teintes soignées et ses contrastes approfondis. Parfois, du grain volontaire peut apparaître à l'écran, ce qui renvoie à la notion de documentaire et de réalisme, donc de vérité. Les pistes sonores, d'une intensité plus qu'appréciable, déferlent sur les multiples enceintes, faisant ressortir un nombre incroyable d'explosions, de balles perdues et de hurlements. Cette cacophonie n'empiète pas trop sur les dialogues, généralement claires et audibles. Bien que la traduction francophone soit louable, les puristes préféreront suivre la version originale et insérer de très visibles sous-titres blancs.
Arrivant tout juste après les épisodes 2 et 3 de l'espion Jason Bourne - probablement deux des œuvres musclées les plus excitantes et trépidantes de la dernière décennie -, "Green Zone" sent le besoin de repousser le genre en offrant une histoire vraie qui sort des sentiers battus. Effectivement, la prémisse est attrayante et engagée dans sa façon de s'intéresser aux faits récents et à montrer comment le conflit irakien a possiblement débuté sur des bases mensongères, tout en relevant le travail journalistique qui n'a pas toujours été bien effectué (personne n'a vérifié les informations fournies sur un plateau d'argent).
Cependant, ce synopsis ne semble parfois qu'un prétexte pour accumuler les explosions et les discours moralisateurs. Ces nombreux et fascinants thèmes sont abordés en surface au sein d'une mise en scène spectaculaire, mais un peu vaine et répétitive, qui énonce clairement dès le départ qui sont les gentils et les méchants. Il n'y a donc plus aucun suspense à suivre ce héros légèrement monolithique sur les bords qui ne permet pas à Matt Damon de déployer son talent. Ce sont plutôt les acteurs secondaires qui s'affirment malgré des rôles souvent limités. Le trop parfait Greg Kinnear aurait dû apparaître plus souvent, Brendan Gleeson ne fait que de la figuration et le personnage d'Amy Ryan n'est pas toujours bien cerné, sauf qu'au passage il est possible de découvrir plusieurs talentueux comédiens (comme Khalid Abdalla) qui brûlent l'écran.
La pochette désastreuse ressemble à n'importe quel autre film d'action avec son héros surplombé de feu et de cendres. Mieux fignolé, le menu principal du DVD reproduit une carte avec différentes cibles. Le tout est accompagné d'une mélodie tout à fait adaptée au sujet. Les suppléments débutent avec quelques éclairantes scènes supprimées qui peuvent être secondées d'une explication du réalisateur, un segment engageant où Matt Damon parle de son expérience avec de vrais combattants, et un documentaire trop court, mais informatif sur la concrétisation du projet. Le bonus le plus recommandable demeure cette éloquente piste de commentaires. Le metteur en scène et le principal interprète décortiquent le résultat, traitant des thèmes en place et des considérations politiques. Au moins aussi intéressant que le récit final.
Paul Grengrass est possiblement le meilleur cinéaste de la planète lorsque vient le temps d'élaborer une scène d'action. Ce sont même les moments les plus enlevants de sa dernière réalisation. Mais entre deux séquences actives qui tiennent en haleine, il y a une intrigue trop simpliste qui fait dans la surenchère de pyrotechnie. De quoi rapprocher fortement "Green Zone" de l'inégal et oubliable Body of Lies de Ridley Scott. Surtout que malgré le brio de cette démonstration technique, il ne s'agit finalement que d'un Jason Bourne dans l'armée, en beaucoup moins captivant et convaincant. Le temps est peut-être dû de revenir à un projet plus intimiste et personnel, lui qui a offert par le passé les brillants et inoubliables Bloody Sunday et United 93.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |