Marionnettes et Deuxième Guerre mondiale ne font pas nécessairement bon ménage dans "Jackboots on Whitehall", une parodie qui aurait dû être hilarante, mais qui ne l'est malheureusement pas. Une fois passée la surprise du début, l'intérêt se dissipe rapidement.
La Seconde Guerre mondiale bat son plein. Les troupes allemandes cherchent à envahir la Grande-Bretagne. Ils sont sur le point d'y arriver grâce à un plan machiavélique. Quelques ressortissants tentent d'enrayer la menace, dont le fermier bien attentionné Chris (voix d'Ewan McGregor) qui rêve de rallier les rangs de l'armée. C'est maintenant ou jamais de montrer à son pays qu'il est disposé à prêter main-forte.
Cette animation concoctée par Edward et Rory McHeny a été conçue pour se moquer de tous les films de guerre qui existent. Une excellente idée de départ qui voit la satire prendre forme, se moquant de tout sur son passage grâce à son langage ordurier et son ton politiquement incorrect. Après une impressionnante entrée en matière, le ballon ne peut que se dégonfler, tombant totalement à plat au bout de 20 minutes. Les personnages parlent pour ne rien dire, les situations ne font jamais avancer le récit et lorsque Morphée se pointe le nez, les réalisateurs décident de réveiller la galerie en multipliant les scènes d'action, spectaculaires, mais redondantes. Du coup, l'humour vitriol n'a jamais assez d'espace pour relâcher son venin, et ce qui s'annonçait à un croisement jouissif entre Team America et Inglourious Basterds se transforme en un gros pétard mouillé qui ne trouve rien d'autre pour faire sourire que de plagier Braveheart.
C'est bien dommage, surtout en considérant le grand soin apporté à la confection de ces marionnettes et de cet univers qui frappe l'imagination. Le talent est présent à l'écran, et s'il n'apparaît nullement du côté du scénario, il se fait ressentir du côté des voix retenues. En plus d'Ewan McGregor, il est possible de compter sur Alan Cumming, Richard E. Grand, Rosamund Pike, Timothy Spall, Dominic West et Tom Wilkinson pour enjoliver le quotidien de ces résistants. Ce n'est malheureusement pas suffisant pour adhérer à l'entreprise.
Les images manquent peut-être d'éclat, mais ils peuvent compter sur un surplus de couleurs, de teintes soignées et de finitions détaillées pour bien attirer la rétine dans ses filets. Les contrastes ne demeurent pas en reste, s'avérant plutôt homogènes et nuancés. Les pistes sonores anglophones font ressortir des différentes enceintes un véritable champ de bataille, qui va d'explosions à des tirs de balles, en passant par les bonnes vieilles hélices des hélicoptères. Cette judicieuse cacophonie et l'exquise partition musicale de Guy Michelmore entravent cependant les dialogues. Comme les accents sont nombreux et qu'il n'y a aucun sous-titre, quelques échanges finissent par se perdre au passage.
La pochette est plutôt cocasse, présentant un palais détruit et quelques héros et méchants qui sont disposés à se taper dessus à tout moment. Le menu principal du DVD, statique et sans musique, demeure dans les mêmes eaux. Les suppléments souvent plus pertinents que le long-métrage lui-même comporte des entrevues avec ses créateurs, une élaboration de quelques techniques pour rendre "vivant" ces marionnettes et ces décors en carton, ainsi que six courts segments assez rigolos sur les deux clans qui s'affrontent, les explosions et les voix. Des bonus qui totalisent environ 70 minutes d'informations.
Beaucoup trop gentil, conventionnel et dénaturé d'humour mordant, "Jackboots on Whitehall" est une grande déception. Il n'y a rien de plus triste que de mettre l'eau à la bouche avec un projet prometteur et de voir que le résultat n'est pas à la hauteur de ses ambitions. Peut-être qu'en format court-métrage à Fantasia, l'effort aurait pu se défendre, mais certainement pas au sein de cette production interminable, qui manque singulièrement d'attrait pour captiver jusqu'à la fin.
| Film | 4 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |