Puissant drame américain interprété par des comédiens hors pair, "The Messenger" n'a malheureusement eu qu'une trop courte sortie dans les salles québécoises. Le moment est donc idéal de le découvrir une bonne fois pour toute à travers une édition fort en gueule qui contient son lot d'émouvants suppléments.
Will (Ben Foster) a sans doute hérité du pire job sur la planète. Blessé à la guerre, il doit écouler le temps qui reste dans "l'unité de déclarations de pertes" où il annonce le décès de soldats à leur entourage. En compagnie de son cynique supérieur Tony (Woody Harrelson), il tente du mieux qu'il le peut de survivre. Un jour, il commence à s'attacher à Olivia (Samantha Morton), une mère qui vient tout juste de perdre son mari. Ce n'est sans doute pas l'idée du siècle, mais un baume sur ses plaies qui s'ouvrent de jour en jour.
Cette œuvre sensible et sobre n'est pas un portrait pro ou anti-guerre. Il montre seulement une réalité trop rarement explorée au cinéma. Bénéficiant d'un scénario solide en tout point, le récit explore en profondeur la déroute d'êtres qui souffrent et qui semblent incapables de s'approcher du bonheur. Le pari est remporté haut la main par le soin apporté aux personnages et l'interprétation sensationnelle de toute la distribution. Rarement Woody Harrelson aura paru aussi juste et intense. Le duo composé de Ben Foster et de Samantha Morton s'accapare de très belles scènes où l'amour et la mort sont au rendez-vous, alors que le reste de la distribution, qui comprend notamment le toujours excellent Steve Buscemi, est dans le ton.
La mise en scène rugueuse du co-scénariste Oren Moverman n'est pas sans temps mort. L'intrigue traîne un peu en longueur et le rythme aurait pu être un peu plus soutenu. Sauf que son utilisation de très longs plans fixes force l'admiration, étirant les moments d'émotions pour faire triompher la vérité (ou la réalité) du discours, ce qui donne un petit côté naturaliste à l'ensemble. Un peu d'humour noir et de répliques sarcastiques sont au rendez-vous pour alléger un peu le tout, amenant une humanité certaine à cette réflexion sur le deuil, l'armée et l'amitié.
L'image est volontairement grise et sale, reflétant l'état d'esprit des protagonistes qui se sentent encore sur le champ de bataille. Bien que les couleurs manquent d'éclat et que du blocage puisse apparaître en quelques occasions, la qualité des détails est étonnante, tout comme les contrastes généralement homogènes qui s'avèrent de plus en plus importants. Les pistes sonores anglophones et francophones développent convenablement un univers de suffocation (où des bruits d'avions, d'hélicoptères, de trains, de téléphones, d'aboiements et de balles s'échappent périodiquement des enceintes), tout en prenant soin de rendre les dialogues toujours audibles. La musique rétro utilisée (les Beach Boys, David Bowie, etc.) offre un cachet souvent décalé. La traduction dans la langue de Molière est tout à fait acceptable, et en cas de besoin il y a de très visibles sous-titres jaunes.
La pochette plus ou moins convaincante montre les têtes d'affiche et un drapeau américain. Plus surprenant est le menu principal du DVD qui reprend à son compte un solennel montage de séquences. Les bonus s'avèrent chargés. Il y a tout d'abord un court-métrage documentaire sur des soldats, un approfondissement sur ce métier d'annoncer aux gens la mort d'un membre de leur famille et des entrevues avec des survivants! Le cinéphile reprend son souffle sur un document qui explore le tournage et le script, l'apport des artisans, la nécessité de ne pas trop en mettre et la philosophie politique de l'ouvrage. Le tout est poussé un peu plus loin par une séance de questions/réponses en compagnie du cinéaste, du co-scénariste Alessandro Camon, du producteur Lawrence Inglee, du directeur de la photographie Bobby Bukowski et des comédiens Woody Harrelson et Ben Foster. C'est parfois long, mais le spectateur sera récompensé par des informations souvent pertinentes. Étonnamment, c'est la piste de commentaires (narrée par à peu près les mêmes personnes que le segment précédent) qui laisse un peu à désirer, avec des propos qui se répètent et des voix souvent monotones. En insérant le disque dans son ordinateur, il est possible d'accéder à une partie du scénario et d'assister à sa transformation en images.
Riche sans être trop pesant, hantant l'âme comme trop peu de projet, "The Messenger" est porté par le souffle de ses puissants acteurs et de son scénario sans fausse note. Même s'il s'agit d'un premier long-métrage et que la progression manque parfois de vigueur, l'avenir semble prometteur pour Oren Moverman qui a réussi à faire sa marque à travers un seul essai. Supérieur à un certain The Hurt Locker.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |