En 1998, Odessa Filmworks, une firme canadienne, a mis sur le marché une bande-annonce pour un film qui n'existe pas nommé "Harry Knuckles", qui a su convaincre plusieurs qu'un film d'action bas budget serait bientôt sur le marché. Ce n'était qu'un hommage au marché asiatique qui est souvent complètement fou avec ses acrobaties et ses arts martiaux. Le réalisateur Lee Gordon Demarbre nous offrait alors le premier regard sur l'agent Spanish Fly (Phil Caracas), mieux connu sous le nom d'Harry Knuckles (un jeu de mots pour ses "jointures poilues"), qui se bat contre toutes les canailles qui veulent du mal à chaque homme, femme et enfant de la Terre. Suivant le succès de ce premier jet, Demarbre poussa la folie un cran plus loin en 1999 avec le court-métrage de 27 minutes "Harry Knuckles and the Treasure of the Aztec Mummy" qui insère Harry dans une aventure archéologique où il doit se battre contre une légion d'ennemis, allant des voleurs de banque hippie aux morts-vivants, pour ainsi retrouver un trésor sale et sauver la vie de sa propre fille.
Il nous revient en 2004 avec "Harry Knuckles and the Pearl Necklace" où il doit enquêter à Ottawa sur le vol d'un collier de grande valeur. Sur son chemin, il devra affronter des religieuses peu ordinaires, un bigfoot bionique, des mutants, de séduisantes amazones, une tueuse virtuelle, un guerrier de l'ombre, des pickpockets et bien d'autres. Heureusement, ses amis de toujours sont là pour l'aider, incluant le lutteur mexicain El Santo Enmascarado de Plata (Jeff Moffet) dont nous ne voyons jamais le visage, l'ami anonyme (Ian Driscoll - aussi le scénariste) dont nous ne voyons jamais le visage (aussi!), sans oublier l'homme au chapeau (le fameux Lloyd Kaufman de Troma). Il y a aussi Cassy Nova (la jolie Nancy Riehle) qui est une méchante avec des remords de conscience (et amoureuse d'El Santo). Armé de son kung-fu, d'un caractère pas de tous repos et d'une épuisable source de bananes qui sortent d'on ne sait où (pour le potassium bien sûr), il remontera la piste des voleurs jusqu'à son pire cauchemar... son frère jumeau (Phil Caracas) qu'il ne connaissait pas.
Si vous avez trouvé le film Kung-Pow stupide, alors attachez-vous bien solidement, car Harry Knuckles va au-delà ce ça avec encore plus de ridicule (format club!). Au moins, l'autre film avait une certaine histoire. Ne la chercher pas ici, car vous ne trouverez qu'une poignée de situations qui ont peu de liens entre elles. On y parodie les éléments de plusieurs scènes de films asiatiques et le genre de doublage qui leur sont fait pour diffusion en Amérique avec les effets sonores trop présents et le son cacane d'un studio trop petit. À de nombreuses reprises, on étire une séquence pour placer un gag qui n'est pas vraiment drôle ou qui a tellement peu de liens que ça en est drôle (en plus que le film a été coupé de 50 minutes de son premier montage!). Le plaisir de ce film se trouve justement dans ces petits moments. Chacun va y trouver quelque chose de différent. La niaiserie qui me fera rire, sera possiblement juste une stupidité pour un autre. Ce n'est pas une oeuvre d'art, mais avec l'émergence des populaires films sans budget qui se trouvent sur Internet (YouTube.com par exemple), Knuckles se trouve certainement un public. En fait, le précédent film du studio, Jesus Christ Vampire Hunter (de même genre avec Phil Caracas dans le rôle titre!), a été voté, par un sondage des cinéastes canadiens dans le Take One Magazine, comme un des dix meilleurs films canadiens de tous les temps.
"Harry" est tourné sur pellicule 16 mm et il n'est pas difficile d'imaginer l'extrême présence du grain dans cette image agrandie sur DVD, mais c'est la constante saleté dans l'image (lentille tachée, cheveux dans la caméra, film magané, etc.) qui vient compromettre (ou ajouter une qualité basse qualité probablement voulue) du vidéo. Il y a aussi des traces d'artefact de compression numérique, mais rendu là, ça ne dérange plus bien gros. Il est intéressant de noter que leur publicité annonce un nouveau transfert haute définition! Comme je disais, plus haut, les voix du film ont été doublées en studio afin de donner une sonorité assez poche. Seule la musique est clairement enregistrée. Cette musique électronique, sonnant vraiment comme les vieux films d'action asiatique, ainsi que les pièces rock que nous entendons durant le film provient de groupes locaux canadiens, dont The Hammerheads, The Fiftymen, Disgraceland, The Hi-Low Trons, The Empiricals, The Tijuana Bibles, The Blue Demons, sans oublier le crooner d'Ottawa Crooner Johnny Vegas. Des découvertes assez spéciales, dont certaines restent collées en tête bien après le visionnement du film.
Le DVD "Harry Knuckles and the Pearl Necklace" est rempli de suppléments à commencer par une piste de commentaires du réalisateur québécois d'origine Lee Gordon Demarbre, du scénariste Ian Driscoll, du compositeur de la musique originale Graham Collins et du monteur de son Steve Legge. Cette piste est remplie d'anecdotes de production et de discussions diverses entre les participants qui sont malheureusement trop loin du micro (surtout Legge). Une seconde piste de commentaires avec Josh Grace (le bigfoot), Jeff Moffet (El Santos) et Phil Caracas (Harry et Fuzzy) en plus encore une fois du réalisateur. Encore une fois, il y a quelques anecdotes, mais réalité ils ne font que de rire des séquences du film à travers plusieurs discussions entre "chums". Ce n'est pas vraiment plus sérieux avec le documentaire "Pearls of Wisdom" à propos de la production du film. L'acteur Peter Piening y conduit des interviews avec des questions stupides, tout en reconstituant certaines séquences du film à sa façon. Ensuite, nous avons quelques séquences de la première d'Ottawa avec quelques interviews des spectateurs. Le supplément le plus intéressant du disque est sans contredit le film "Harry Knuckles and the Treasure of the Aztec Mummy" qui nous donne un autre aperçu des exploits d'Harry Knuckles. Pour finir, nous retrouvons des scènes retranchées, des scènes manquées, des séquences maison en 16 mm derrière les caméras, ainsi que des bandes-annonce, dont celle de Bzzzzzzz, le prochain film d'Odessa Filmworks.
Voilà un produit canadien bien intéressant, dans un enrobage bien rempli et bien coloré, très attrayant pour ceux qui aiment les films d'espion un peu fous sur les bords. La seule chose qui manque sur le DVD, c'est la bande-annonce originale qui a lancé la carrière de l'agent Spanish Fly.
| Film | 8 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 5 |