Réputé cinéaste engagé qui cherche continuellement à améliorer le sort de ses semblables, le réalisateur John Sayles continue à sortir ses films en se tenant généralement loin des projecteurs. Pour son honnête "Honeydripper", il offre une fabuleuse recréation d'époque à une exploration sentie de ses personnages.
En 1950 en Alabama, la population noire est pauvre et plusieurs personnes se font exploiter à cultiver du coton. Tyrone Purvis (Danny Glover) doit absolument trouver 200 dollars, sinon des créanciers viendront saisir son bar. Contre toute attente et avec l'aide de bons amis, il lance une ultime campagne publicitaire afin d'attirer des gens dans son établissement. Lorsque son idée de génie ne tient plus la route, il reçoit l'apport de Sonny (Gary Clark Jr.), un jeune étranger qui sait jouer de la guitare électrique. Mais serait-ce suffisamment pour éponger les nombreuses dettes?
John Sayles aime bien remonter dans l'histoire récente des États-Unis. Une de ses œuvres les plus populaires, Eight Men Out, s'intéressait à une énorme fraude qui a secoué le monde du baseball en 1919. Pour son dernier long-métrage, il retourne plutôt dans les années 1950 pour offrir des décors et des costumes soignés. Sa recréation d'époque, magistrale, est secondée par une très belle photographie et un soin de presque tous les instants accordés aux images. Mis à part la présence de blocage, les contrastes et la définition des contours demeurent toujours justes, alors que d'intéressants éclairages peuvent également surprendre.
Cette beauté authentique n'est pas en reste. La mini-page d'histoire permet également de faire revivre un large éventail de musique américaine. Tour à tour, le jazz, le blues, le gospel et les premiers balbutiements du rock'n'roll vrombissent afin de faire danser l'ouïe. Une charge mélodique qui bénéficie de belles pistes sonores anglophones, dont une en Dolby Digital 5.1 qui utilise les différentes enceintes afin d'offrir davantage de sons d'instruments, d'insectes et d'applaudissements. Il n'y a heureusement rien pour entraver les voix, compréhensibles quoiqu'un peu faibles. Et les superbes sous-titres francophones blancs permettront de tout saisir de ces accents qui ne sont pas toujours évidents.
En dehors de ces qualités esthétiques, ce n'est pas réellement le scénario qui est le point fort de "Honeydripper". Il s'agit encore de sauvegarder les racines d'un lieu important des personnages. Eh oui, comme dans le mésestimé Be Kind Rewind, mais sans la réalisation imagée de Michel Gondry. En revanche, derrière ce classicisme ambiant se trouve des thèmes primordiaux à John Sayles, que ce soient l'égalité et l'importance de la famille. En faisant d'Afro-Américains les protagonistes, il s'attaque également à la ségrégation, au rôle de la religion et à plusieurs autres causes sociales.
La pochette ne casse rien. Il y a quelques visages joyeux autour d'un jeune homme qui joue de la musique. Le menu principal du DVD reprend cette pose généralement statique en y superposant une mélodie dansante. En guise de suppléments, il y a la bande-annonce originale et une galerie de publicités. C'est bien peu pour un sujet aussi universel.
"Honeydripper" est loin d'être le meilleur opus de son auteur. Il est facile de lui préférer le plus solide et éblouissant Lone Star. Il s'agit cependant d'un essai plus accessible qui fait réfléchir tout en divertissant. En combinant une belle photographie, de bonne musique et des interprètes de talent, il est difficile de se tromper. En attendant quelque chose de plus nutritif d'un cinéaste qui se dépasse généralement davantage...
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |