Cursed
Alliance Films

Réalisateur: Wes Craven
Année: 2006
Classification: NR
Durée: 99 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51,DD20), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Simon Bergeron
11 décembre 2008

Lorsqu'un film coûte 80 millions de dollars, qu'il a été remanié nombre de fois et que la moitié de la distribution s'est fait remplacer, force est de constater que même avant de mettre la galette numérique dans le lecteur, que quelque chose ne tournait pas rond. Après le succès de la franchise de Scream, les frères Weinstein se sont intéressés à ce scénario poussiéreux de Kevin Williamson, fort de son flop Teaching Mrs. Tingle. Après visionnement, le résultat est clair: le naufrage était inéluctable.

Une jeune femme (Christina Ricci) et son frère vivent seuls dans la maison familiale (comment font-ils pour payer ça??) après le décès de leurs parents (ah, c'est vrai, à Hollywood, tout le monde est riche). Elle travaille autant qu'elle peut, lui étudie avec les problèmes qui s'ensuivent: il lorgne une beauté déjà prise par un des gars les plus "populaires" et venimeux du coin. Lorsqu'il retourne chez lui avec sa sœur, ils heurtent un animal qui, dans l'altercation, les égratigne un peu chacun. Quelques jours plus tard, ils subissent de radicaux changements allant d'une agilité accrue à des sens beaucoup plus aiguisés (Hé, Spider-Man, ils parlent de toi ici!). Ils apprennent alors qu'ils doivent se débarrasser du loup-garou original afin de mettre fin au maléfice (ils le comprennent très tard parce que la fille elle comprend pas vite!). Ils doivent donc rompre le tout avant de connaître leur première pleine lune... et leur première transformation.

Ratage mastoc annoncé, le film est un remontage par-dessus remontage par-dessus remontage. Je vous le jure, et ça n'est pas exagéré de dire que le film a été tourné trois fois. Au début, l'acteur Skeet Ulrich (Jericho) devait interpréter le rôle du petit ami de Christina Ricci avant d'être remplacé par Joshua Jackson (Dawson's Creek). Ceci et maints problèmes de production et accidents qui refroidissent les ardeurs des frères radins oh pardon: Weinstein à propulser le métrage au grand écran. Ils s'octroient ainsi de plus en plus de pouvoir sur le film, le remontent à leur goût et nous offrent cet ovni infect pourtant insipide. De dire qu'il s'agit d'un croisement raté entre l'excellent Ginger Snaps et le surestimé Scream est un euphémisme tant on dirait que les créateurs ne sont plus que l'ombre photocopiée au papier noir d'eux-mêmes. Les personnages se balancent des répliques mal écrites, la direction d'acteurs en a pris pour son rhume, les effets sont nuls à ch... et l'horreur pratiquement absente du film. Une inutilité pelliculée de plus sur les étalages et probablement le pire film en carrière de la belle interprète de Wednesday Adams. Il n'y a rien à retenir de ce monceau de clichés recollés les uns après les autres si ce n'est que le spectateur s'éprend de cette époque futuriste et si peu lointaine où l'écriture blanche sur fond noir le tirera de la déprime mollassonne, lourde et chiante de personnages attardés au possible, qui sont davantage occupés par leur carrière que par ce qu'ils vivent réellement, aveuglés par un égocentrisme appuyé. Même la photographie ne rend pas honneur à Hollywood, filmant faiblement et sans inspiration les coins de rue comme s'il s'agissait de la ville sans nom. Aucun glamour, aucune importance, rien de bien vivant. On ne retiendra cependant que quelques rares moments où le film parvient à capturer cette ambiance malsaine et bestiale de sauvagerie, saccagée par des coupures. Malgré cette édition non-classée, les frissons sont absents et l'ennui ne fait que commencer. Et qui dit Williamson dit interdit à toute dose d'érotisme ou de gore, donc amateurs, passez votre chemin en de plus nobles routes.

Écartant Craven et Williamson de toute implication des suppléments, les Weinstein tentent en vain de nous faire croire que le tournage a été une joute super de plaisir, une partie de pêche dans la campagne, une joie de vivre excitante. Que dalle puisqu'on voit bien que par leur absence, les principaux désintéressés du projet se sont fait gentiment montrer la porte. Ainsi, les quelques revuettes peu enjouées et répétitives ne nous apprennent rien du tout et les rares commentaires par les maquilleurs nous informent sur un élément inconnu du cinéma: ils ont eu un plaisir fou!!! Oh, la nouvelle! Au moins, on ne pourra pas accuser les suppléments d'être plus intéressants ou cohérents que le film lui-même...

Côté image et son, ça n'est pas mal sans plus et ce sont là les meilleurs éléments de la galette (c'est dire). Le film, noyé dans une atmosphère sombre, perd de ses détails ici et là tandis que certaines actions s'en retrouvent affectées par une compression trop forcée. Le son ne présente pas non plus les frissons tels qu'il le devrait (de toute façon, inutile d'essayer de frissonner, vous rirez davantage tellement l'entreprise est puérile). En effet, le 5.1 peine à s'immerger de l'ambiance (qui va dans tous les sens) et boite surtout dans la finale voulue cacophonique. Un ratage mastoc. Le menu principal propose un collage successif d'images du film, reprenant le concept de la pleine lune et ce qu'elle (ne) représente (pas) dans le film. Le reste est fixe et muet, donc aucune chance d'embolie cérébrale de ce côté.

À moins d'être sadomasochiste, ce film ne conviendra tout simplement à personne: il n'y a aucun frisson, aucune horreur, aucune action, aucun humour. Wes Craven a finalement laissé mourir le peu de souffle artistique qui lui restait au profit d'un remontage foireux, esclave de producteurs trop soucieux d'un pays chiche en émotions fortes.


Cotes

Film2
Présentation5
Suppléments2
Vidéo7
Audio6