Que peut-il bien rester à dire dans une série de morts-vivants initiée par Romero en 1968? Avec ce cinquième opus dans la série légendaire, on constate que le réalisateur est loin de manquer d'idées ou de critiques. Savamment à l'affût des faits et gestes de la société, ses films de zombies sont un condensé des travers les plus notoires du monde environnant. Cette fois, sa critique devient également partie intégrante de son concept. Autant le dire tout de suite, ce n'est pas aussi Blair Witch Project que ça en a l'air, et c'est foutrement mieux réalisé.
Lorsqu'un groupe d'étudiants filme un projet de cinéma, ils décident de filmer les événements tels qu'ils arrivent. Rapidement, ils se rendent compte que la société autour d'eux subit les mêmes retournements: elle s'effondre. Ils doivent alors s'unir avec les survivants qu'ils rencontrent sur leur chemin s'ils veulent espérer avoir un lendemain.
Ce récent métrage offre l'idée du point de départ des zombies. Sans apporter de réponse quant à la présence des morts (la métaphore demeurant la force de Romero), on suit les étudiants à la façon Blair Witch, mais ça n'est pas ce film: c'est nettement mieux. Des zombies, on en voit (pas la sorcière), du suspense, il y en a. Certains dialogues peuvent parfois donner un sérieux mal de crâne quant à leur futilité, mais le reste demeure hautement respectable. Les acteurs, des inconnus pour la plupart, offrent une prestation convaincante et n'en font pas trop pour s'accaparer la scène. Chacun d'eux incarne le personnage avec force et conviction. La réalisation de Romero se fait donc plus intime, plus claustrophobe que dans l'épique Land of the Dead, joyau le plus réussi de sa carrière. "Diary" est une sorte d'Épisode I dans la série des morts. Les effets spéciaux ne sont pas à la fine pointe de la technologie, mais sachez seulement que quelques scènes valent la peine, notamment celle où un zombie se fait fracasser un flacon d'acide sulfurique sur la tête jusqu'à en voir les effets en direct. Sinon, les commentaires incisifs de la société par le maître inventeur du genre sont aussi aiguisés qu'auparavant: le confort, la technologie, l'excès, tout est critiqué avec une minutie chirurgicale. Ne restait qu'un budget confortable, ce qu'il n'a pas eu (le film a coûté à peine trois millions). Reste une belle fresque de départ bien filmée (on n'a aucun mal de cœur, contrairement à Blair Witch) et mise en boîte. Pour les fans du réalisateur, sachez qu'il s'est payé une courte apparition dans le film... à vous de chercher.
Les suppléments sont de taille. Tout d'abord, la piste de commentaires par Romero et compagnie est bien fournie et offre plusieurs informations utiles quant au déroulement du tournage à Toronto. "For The Record" est une revuette de plus de 80 minutes sur le tournage du film (la consécration!!), "The Roots" explique la critique principale du film de Romero par Romero, "The first week" constitue en une visite sur le plateau de tournage et "MySpace Constest Winners" publie sur galette numérique cinq participants qui proposaient leur idée de courts-métrages de zombies. On retrouve aussi un "Character Confessionals" dans lequel les personnages font comme dans une émission de télé-réalité et se livrent sur leurs impressions personnelles. "Land of the Dead" aurait bénéficié d'un traitement aussi royal puisqu'on ne lésine pas avec les extras ici. De l'amusement à l'informatif, le tout ne se veut que très peu redondant.
L'image est d'une netteté superbe, reproduisant l'effet de caméra de manière subtile. Ainsi, lors des scènes plus stressantes ou axées sur le gore, on ne perd rien dans une fausse compression (oubliez Blair Witch que je dis), mais par un manque de batterie flagrant... hilarant. Les couleurs sont saturées au minimum et on peut même croire qu'elles ne le sont pas assez, ce qui sert le propos du film quant à la décoloration de la société (fallait y penser). Les ombres et lumières sont bien définies, mais on demeure avec quelques détails laissés pour contre. Le son procure une belle ambiance (recommandation: mettez-en du volume!!), surtout lors des apparitions de zombies et la musique de Norman Orenstein (qui a signé la musique de Day of the Dead, rappelons-le) est bien servie. On est plongé directement dans le feu de l'action. Le menu principal est animé et musical, avec des extraits sonores, tandis que les autres pages sont fixes, mais musicales. C'est très bien, ça colle au sujet, mais on aurait aimé une approche un peu plus intuitive.
Les fans de zombies seront ravis, les amateurs de gore un peu moins, mais une chose est certaine: le maître des morts-vivants réclame ici son sujet favori avec férocité et n'a pas l'intention de nous ennuyer de sitôt. Après le film, on reste avec une sensation dans la bouche, qui s'apparenterait à celle d'avoir déjà hâte de voir la suite. Il y a un seul petit problème: le film est tourné ici, mais doublé en France, ce dont je m'explique mal. Néanmoins, un zombi, ça sonne pareil dans toutes les langues... quand ils en ont encore une.
| Film | 8 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |