Funny Games
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Michael Haneke
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 111 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
20 juilletr 2008

Le réalisateur Michael Haneke aurait pu faire n'importe quoi après le triomphe de Caché, facilement le meilleur film à être sorti sur les écrans québécois en 2006. Un peu comme Susanne Bier et Wong Kar-Wai, le cinéaste a plutôt décidé de se tourner vers les États-Unis afin de toucher un public encore plus large. Un choix compréhensible qui n'a pas encore donné les fruits escomptés. Things We Lost in the Fire est loin d'avoir le même impact que Après la noce, alors que les critiques ont été plutôt sévères envers My Blueberry Nights.

Le metteur en scène autrichien n'a toutefois pris aucun risque. Il a décidé de faire un remake plan par plan de son fascinant Funny Games qui avait préalablement vu le jour en 1997. Cette fois, la terreur vive attend une famille américaine bourgeoise qui n'a rien de spécial. Lors de leurs vacances, Ann (Naomi Watts), son époux George (Tim Roth) et leur fils (Devon Gearhart) espèrent un peu de repos, entre deux parties de golf avec leurs voisins. Leur bonheur est de courte durée lorsque débarquent Paul (Michael Pitt) et Peter (Brady Corbet), deux jeunes hommes un peu fêlés qui décident de s'amuser à leur dépend...

La première question légitime à se poser est: "Pourquoi? ". En effet, pourquoi Michael Haneke, un réalisateur déstabilisant qui n'a pratiquement jamais fait de faux pas, se sent-il obligé de recréer presque à 100% une de ses propres œuvres au lieu de proposer quelque chose de nouveau? Mystère. Surtout qu'hormis un ou deux détails plus culturels, c'est du pareil au même, que ce soit au niveau des cadrages ou des dialogues. La première version de Funny Games (qui est tout de même facile à trouver en DVD avec des sous-titres) se tenait parfaitement, les acteurs étaient excellents et la charge critique donnait des frissons.La recréation l'est tout autant et elle risque de traumatiser toutes les personnes qui n'ont pas vu l'original. Le créateur de Le temps du loup s'est toujours plu à violer l'intimité physique et psychologique de ses personnages et il atteint ici des sommets. Rien n'est expliqué. La violence survient et elle détruit tout sur son passage. Et comme dans l'excellent La cérémonie de Claude Chabrol qui est sorti en 1995, ce sont les bourgeois qui en prennent plein la tête. Une filiation sur le rapport des classes qui devient encore plus actuelle avec les récentes invasions de domiciles.

Ce regard dominant se porte également sur la violence au cinéma et dans les médias avec beaucoup plus de subtilité et de malaises que tous les Natural Born Killers de la planète. Les motivations sont béantes, ce qui est important est de faire rôtir à petit feu les nobles héros. Pour y arriver, monsieur Code inconnu réutilise ses longs plans fixes qui rendent inconfortables. La souffrance et l'urgence sont piétinées par la lenteur de l'intrigue qui agit comme le plus insoutenable des huis clos. En prime, il y a des méchants qui s'adressent directement à la caméra (les liens avec la télé-réalité sont plus palpables en 2008 qu'en 1997) et des retournements de situations qui n'auraient pu exister sans la présence du culte de l'image.

Jouant à fond sur les contrastes (musique classique versus airs métalliques, regards angéliques des tortionnaires, belle grande demeure qui devient une cage dorée, beauté de la technologie qui ne fonctionne jamais aux bons moments, etc.), rendant nerveux par son humour malsain et carrément paranoïaque par ses scènes horrifiques, l'œuvre ne serait que bidimensionnelle sans l'identification immédiate envers les personnages. Ils souffrent tellement que le spectateur ne peut que s'enfoncer dans son siège et tourner le regard... ou se sauver en courant. Défaillant, Tim Roth ne peut que baisser le regard face à un Michael Pitt qui n'aura jamais été aussi terrifiant. Et il y a Naomi Watts, symbole de pureté et d'innocence, qui passera par toutes les gammes d'émotions pour survivre à ces jeux pas toujours amusants.

Les images tendent vers le réalisme et les teintes blanches envahissent rapidement l'écran, donnant une impression d'innocence et de paradis qui seront rapidement corrompus. Malgré une belle définition des contours et d'heureux contrastes, le blocage se veut un peu trop présent, ce qui nuit à la subtilité des détails. Les pistes sonores en Dolby Digital 5.1 n'utilisent pratiquement jamais les différentes enceintes. La musique classique apparaît à quelques occasions et elle enterre aisément les dialogues. Pour remédier à la situation, il peut être tentant d'insérer de convenables sous-titres francophones ou anglophones.

La pochette provoque son lot de frissons en présentant une Naomi Watts apeurée et attristée. Le menu principal du DVD, relativement simple, montre les deux garçons devant un fond blanc orné d'une trace de sang. Il n'y a cependant aucun mouvement ni musique pour agrémenter la situation. Les suppléments se résument à une bande-annonce originale plus que jouissive et à une série de publicités comportant des extraits du délicieux Caramel, de l'irrésistible La visite de la fanfare, du plus dramatique Emotional Arithmetic et de l'hypnotisant Lumière silencieuse.

En revisitant son propre univers sans rien proposer de nouveau, Michael Haneke semble perdre son temps. Les admirateurs trouveront la première mouture plus fraîche et réussie et ils auront raison. Cette deuxième version est cependant loin d'être mauvaise et elle risque même de surprendre quiconque n'a jamais pu visionner l'opus original. Voici peut-être bien les films d'horreur les plus traumatisants des dernières décennies. En attendant un remake de l'aussi troublant La pianiste...


Cotes

Film7
Présentation5
Suppléments1
Vidéo7
Audio6