Avec la popularité grandissante du format DVD, les studios se sont rapidement aperçus qu'ils pouvaient traire encore davantage leur vache à lait en proposant, quelques mois après la sortie de la version originale d'un film, une version allongée ("unrated", "extended" ou encore "director's cut") avec, la plupart du temps, des suppléments différents. Bienvenue au royaume de l'infâme "double dip". Bon, quand l'annonce de versions multiples est faite à l'avance, on a toujours le choix d'attendre la version qui nous intéresse, mais ce n'est pas toujours le cas. De toute façon, plusieurs cinéphiles, dont la patience n'est pas la qualité principale, vont se précipiter sur la version initiale dès sa sortie pour ensuite se procurer la version longue plus tard. Bref, les studios ne sont pas fous, la formule est connue et ce n'est pas comme si le consommateur n'était pas au courant de ce stratagème qui frise parfois le ridicule. On est rendu à combien de versions d'Army of Darkness au juste?
Dans le cas qui nous préoccupe, les producteurs Sam Raimi et Rob Tappert avaient mentionné, sur la trame audio commentaire de The Grudge, que le film ferait l'objet d'une édition étendue. Autrement dit, il fallait non seulement posséder l'original pour le savoir, mais aussi avoir écouté les suppléments! Au moins, ils ont tenu parole puisque, tel que promis, voici la version longue "unrated" du réalisateur Takashi Shimizu qui rajoute quatre minutes d'horreur et d'éclaircissements au niveau de l'intrigue à la première mouture. Voyons voir si cela aura suffi à me faire changer d'avis sur ce que je considère comme étant une pâle imitation de Ju-on: The Grudge, du même réalisateur. Pour éviter les répétitions, veuillez vous référer à ma critique pour le synopsis du film et mes commentaires sur la version originale.
Si vous n'avez pas vu le film, passez au paragraphe suivant! Après avoir assisté au retour de Yoko, que l'on peut maintenant admirer dans toute sa splendeur sans son maxillaire inférieur, on passe à la séquence finale où l'on retrouve la majorité du nouveau matériel. Le retour en arrière nous montre maintenant en détail les meurtres de Kayako et de Toshio et jette un peu plus de lumière sur l'origine de la malédiction. Par la suite, la séquence où Kayako descend l'escalier en mode "araignée" a été allongée et est passablement plus efficace. On en apprend également davantage sur le sort de Susan et sur le rôle du personnage joué par Bill Pullman dans l'intrigue. Ces scènes sont marquées par l'imagerie troublante typique de Shimizu et ces additions viennent augmenter sensiblement le coefficient d'épouvante.
Est-ce que ces quatre minutes supplémentaires font de "The Grudge" un meilleur film? Pas vraiment. Cette version étendue confirme la maîtrise visuelle du réalisateur et son habileté à créer une atmosphère angoissante, mais elle n'adresse pas les failles de la première version, tant au niveau du scénario (longueurs, scènes redondantes ou inutiles), que de la médiocrité des acteurs américains. "The Grudge" demeure un bon film d'horreur selon les standards, pas très élevés, du cinéma de genre nord-américain, mais il demeure une copie édulcorée du film original.
Puisqu'il n'y a pas eu remasterisation, les aspects techniques sont identiques à ceux de la version précédente. La présentation vidéo est très bonne. L'image est claire et le niveau des contrastes et des détails est excellent, même lors des scènes les plus sombres. Shimizu a choisi une palette de couleurs tirant sur les tons terreux qui sied bien à l'ambiance générale et celle-ci est bien rendue. On note parfois un léger problème d'accentuation des contours, mais rien de bien grave. La qualité audio est également au rendez-vous. L'atmosphère oppressive est soulignée par de nombreux effets ambiophoniques qui viennent s'ajouter à l'imagerie visuelle troublante pour offrir un environnement des plus immersif. La trame musicale de Christopher Young est par contre trop envahissante et télégraphie souvent les moments où vous êtes supposés bondir de votre siège. Les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente. Le boîtier simple contient un encart publicitaire et est inséré dans une jaquette cartonnée qui reproduit les images recto verso du boîtier. Les menus utilisent un montage très serré d'extraits du film, accompagnés d'effets sonores. Simple et très efficace.
Tous les suppléments offerts, à part quelques bandes-annonces, sont différents de ceux de l'édition précédente. Encore un truc pour tordre le portefeuille du consommateur... En premier lieu, on retrouve une excellente piste audio commentaire avec le réalisateur Takachi Shimizu, le producteur Taka Ichise et l'actrice Takako Fuji. Ils offrent une multitude d'informations sur le tournage, les acteurs américains, les effets spéciaux et surtout, sur les différences entre les attentes des auditoires nord-américains par rapport aux Japonais. Le choc des cultures est ici évident. Par la suite, on a droit à une douzaine de scènes retranchées que l'on peut visionner avec ou sans les commentaires du réalisateur et de quelques autres membres de l'équipe technique. Deux ou trois de ces scènes valent le détour puisqu'elles offrent des éléments pertinents sur la psychologie des personnages et permettent de mieux comprendre l'intrigue. Suivent trois courtes revuettes d'un intérêt limité. "The Grudge House: An Insider's Tour" nous fait visiter la maison maudite, "Sight and Sound: The Storyboard Art of Takashi Shimizu" nous montre les scénarimages de la scène où Kayako descend l'escalier en rampant, et "Production Designer's Notebook: The Sketches of Iwao Saito" nous fait voir les dessins du designer Iwao Saito. On retrouve également deux segments "Video Diaries" où Sarah Michelle Gellar nous fait vivre une journée de tournage et KaDee Strickland nous fait visiter Tokyo et ses environs. Pour terminer, deux courts métrages de Takashi Shimizu intitulés "4444444444" et "In The Corner" nous démontrent que, même en se débrouillant avec les moyens du bord, le réalisateur a un sens visuel hors du commun et un sacré talent pour foutre la trouille!
Si vous ne possédez pas le film, je vous conseille cette version surtout à cause de la meilleure qualité des suppléments et de la scène finale améliorée. Si vous avez déjà la première version et que vous êtes un très grand fan du film, allez-y pour le "double dip" sinon, ça ne vaut pas la peine.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |