"Gutterballs" se veut être un hommage aux films de série B des années 80, films qui exploitent sans retenu les tabous de la société. Avec sa galerie de personnages éclatants, ses dialogues d'une vulgarité extrême et ses scènes de violence gratuite abondantes, ce film aurait probablement eût un gros succès a l'époque. Par contre, il est désolant de constater que, placé dans un contexte actuel, "Gutterballs" frôle les limites de l'acceptable. Alors que les fans de cinéma d'exploitation se réjouiront, les autres en ressortiront probablement frustrés, voire même choqués.
La prémisse du film est simple. Deux bandes de jeunes se réunissent tous les soirs dans un centre de divertissement pour disputer un match de bowling. Un jour, une bagarre éclate entre les deux clans, ce qui amène l'un des personnages (révélé à la toute fin, bien entendu) à éliminer un à un les protagonistes. Les personnages sont tous stéréotypés à l'extrême. Il y a la belle blonde sulfureuse un peu niaise, le sportif, l'intello, le rigolo, le rocker... Bref, tous les clichés y passent, au plus grand bonheur de connaisseurs de ce genre de cinéma!
Le style rétro a visiblement été une grande inspiration pour les décors, qui rendent très bien justice aux années 80. Ce qui est étonnant, c'est que le réalisateur a su comment donner au tout une ambiance malsaine et terrifiante, transformant un endroit de divertissement familial en chambre des horreurs. La musique, tout droit sortie d'une cassette des années 80, est particulièrement réussie et ajoute du charme au film. Les références à cette époque ponctuent constamment le long-métrage, et elles sont particulièrement savoureuses.
La distribution est constituée d'acteurs quasi-inconnus. La plupart sont très convaincants, bien que leur jeu soit intentionnellement mauvais pour les besoins du film. Les dialogues sont délibérément niais et insipides et abusent des jurons, conférant au scénario du film un côté loufoque mal maîtrisé. Mais ça se pardonne puisque "Gutterballs" n'est vraiment pas le genre de film dans lequel on s'attend à retrouver un scénario très approfondi.
Que ce soit clair, "Gutterballs" n'est pas un film d'horreur au même titre queSaw et Hostel, pour ne citer que ceux-là. Il ne fait pas semblant d'être dégoûtant; il l'est! Avec son premier film, le réalisateur et scénariste Ryan Nicholson prouve que petit budget ne rime pas toujours avec mauvaise qualité. Les scènes de meurtres sont effectivement très saisissantes grâce à la qualité des maquillages. Pas étonnant lorsque l'on considère que le réalisateur est à l'origine des effets spéciaux de plus d'une centaine de films d'horreur! Ryan Nicholson ne manque définitivement pas d'audace, car les scènes d'assassinats sont toutes plus originales les unes que les autres! Les âmes sensibles grimaceront sans doute à plusieurs reprises. En revanche, la violence est parfois trop surexploitée et elle perd largement de son impact. Parfois, on dirait que le long-métrage essaye plus de parodier le film d'exploitation que d'y rendre hommage.
Par contre, le plus gros défaut du film est son côté technique, qui fait réellement sentir le manque de budget. La qualité de l'image nous renvoie plusieurs années en arrière et risque de faire décrocher les plus connaisseurs d'entre nous en termes de qualité vidéo. Rien n'est clair, certaines scènes sont beaucoup trop sombres et l'image est extrêmement granuleuse. Pareil du côté de l'enregistrement des voix, complètement raté. Souvent, le spectateur ne comprendra pas les dialogues en intégral, car les voix sont trop faibles et semblent provenir de loin. De plus, la bouche des acteurs est parfois mal synchronisée avec la bande sonore.
Les suppléments de "Gutterballs" sont timides. Hormis une piste de commentaires du réalisateur, il n'y a pas vraiment de quoi se mettre sous la dent. En revanche, les bandes-annonces des autres films du studio sont simplement délectables! Celle du film Feed est particulièrement prometteuse!
Dans l'ensemble, "Gutterballs" est un hommage réussi. On pourra toujours regretter le côté technique qui laisse place à l'amélioration, et l'excès de violence et de nudité qui font que le long-métrage relève plus de la comédie grotesque que du film d'horreur. Pour un hommage au film d'exploitation plus accessible, tournez-vous vers Grindhouse.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 3 |