Les remakes sont inévitables et la plupart sont des piètres copies sans l'âme ni l'intérêt de la version précédente. Sans être aussi efficace sur le plan de l'horreur et de la critique de la société que le tome original sorti en 1956, l'"Invasion of the Body Snatchers" de 1978 est plus qu'une variation savoureuse sur des thèmes connexes. Surtout qu'elle est présentée ici sous le sceau "Collector's Edition".
La biologiste Elizabeth Driscoll (Brooke Adams) croit que son compagnon est devenu une autre personne. Sceptique, son ami Matthew Bennell (Donald Sutherland), un inspecteur de la salubrité des aliments, lui propose d'aller consulter le docteur David Kibner (Leonard Nimoy). Ce dernier ne trouve cependant rien d'anormal à son état et il lui conseille de se reposer un peu. Cependant, San Francisco est en train de changer du tout au tout. Sa population semble se transformer et cela touche toutes les strates des individus. Délires ou réalité?
À la fin des années 1950, le cinéaste Don Siegel offrait une sévère critique du maccarthysme en adaptant le roman de Jack Finney Invasion of the Body Snatchers. Deux décennies plus tard, c'était au tour de Philip Kaufman de proposer sa propre vision. À moins d'une exception majeure, une reprise sera toujours inférieure à la première version. Néanmoins, le réalisateur de The Right Stuff sait brouiller magnifiquement les cartes pour s'emparer des faits et des gestes de la source maîtresse.
Cette fois, la paranoïa prend toute la place. Est-ce que les chimères d'une des protagonistes sont fondées ou non? N'est-ce pas normal que les grandes villes comme San Francisco soient peuplés de gens froids et sans émotion qui ne se parlent pas? En partant de ces postulats, il est facile d'extrapoler vers plusieurs thèmes chauds comme les sectes, la critique de l'anticonformisme, la dominance de Big Brother, le virus contagieux à la Night of the Living Dead et même le retour à une race supérieure!
Outre ces sujets qui caractérisaient également les premiers films de Roman Polanski et, surtout, de David Cronenberg, il faut avouer que la mise en scène de Kaufman est terriblement efficace. Dans la première partie du jeu, il tient en haleine en créant un flamboyant climat de tension. Ses prises de vue sortent de l'ordinaire et il arrive à créer des doutes sur des possibilités provenant de l'espace. Pour la seconde heure, l'homme derrière Quills la joue plus simplement, abandonnant la suspicion pour la survie. Cette course contre la montre convainc également grâce aux interprètes convaincus. Monsieur Spock Leonard Nimoy a la tête de l'emploi, Jeff Goldblum est nettement plus à l'aise que dans de nombreuses productions plus récentes et Donald Sutherland affiche un charisme indéniable en héros dépassé par les évènements.
Sans avoir subi une cure de jouvence extrême, les images s'avèrent jolies. Le niveau des détails est intéressant, les couleurs ressortent aisément et l'ambiance plus que lugubre domine. Cependant, les contrastes manquent un peu de profondeur et un léger grain peut apparaître lors des scènes plus foncées. Les différentes pistes audio séduisent par leur intensité. Ainsi, il n'est pas rare d'entendre du vent, de la pluie ou des cris diffus s'échapper des différentes enceintes. La musique stressante et grinçante à souhait peut faire sursauter et sa combinaison à des airs plus classiques s'avère généralement ironique. Dans tous les cas, la trame sonore donne du tonus aux dialogues. Les voix auraient pu être plus fortes, sauf qu'il y a d'assez visibles sous-titres blancs en anglais et en espagnol pour compenser.
La pochette gélatineuse verte, noire et blanche qui montre deux corps se lier ensemble par des fils (de vie?) peut évoquer la série Alien. Le boîtier comporte un livret assez complet qui fait le point sur les différentes versions et le contexte de l'histoire. Le menu principal du DVD est hanté par une pièce musicale oppressante qui fait oublier l'image statique à l'effigie de gens qui ont peur. Le premier DVD comporte une piste de commentaires de Kaufman qui n'hésite pas à verser dans les détails pour bien expliquer la création du générique, le jeu des comédiens et la recherche de sensations fortes. Un moment fort intéressant. Il y a également deux publicités de productions diverses. Le second disque comporte quatre documentaires assez pertinents qui s'échelonnent sur 45 minutes. Le réalisateur, les acteurs, le scénariste et l'équipe technique discutent de la particularité des images, les éclairages diffus, les hommages à Hitchcock, l'apport du son, l'importance des effets spéciaux, le budget minime, la peur du distributeur d'embarquer dans l'aventure, les comparaisons face aux écrits de Finney et bien plus encore. Parfois, les sections auraient pu être plus longues et les exemples encore plus probants. Mais dans l'ensemble, le tour d'horizon s'avère rafraîchissant. Le tout se termine sur l'efficace bande-annonce originale qui donne le goût d'un nouveau visionnement.
Comme pour The Godfather, "Invasion of the Body Snatchers" aurait du s'arrêter à deux films. Malheureusement, il y a eu une troisième version en 1994 concoctée par un Abel Ferrara peu inspiré. Pour mieux savourer les subtilités et la tension grandissante, mieux vaut garder les deux premiers récits à l'esprit. Bien que moins original que le tome d'introduction qui n'a pas pris une seule ride, les apports de la fiction de Philip Kaufman sont indéniables et le résultat - gonflé par de solides suppléments - ne peut qu'intéresser les fans du genre... et ceux qui le sont beaucoup moins.
| Film | 8 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |