Les morts-vivants ont toujours horrifié et attiré les curieux. Qu'il s'agisse d'un film alimentaire comme Resident Evil (auquel George Romero fut considéré un certain temps) ou d'une comédie romantique à la Shaun of the Dead, les morts laissent leur trace sur les vivants. Le cinéma a vu poindre dans ses salles obscures la première vague des zombies modernes lors de la présentation de Night of the Living Dead en 1968, réalisé par George Romero. En 2005, il a continué la saga des morts avec une dent hargneuse, encore plus viscérale qui ne laissera pas les cinéphiles sur leur faim. Plus qu'un réalisateur, Romero pose désormais ses morts dans un contexte politico-socialiste à l'issue décisive.
Une société de cadres supérieurs bien rangés se lasse vivre et dorloter sous les bons soins de maintes équipes parties à la recherche de victuailles, médicaments ou toute sorte d'objets plus ou moins utiles. Une de ces équipes est menée par Riley (Simon Baker) et Cholo (John Leguizamo), deux rivaux ayant des vues très différentes de la vie. L'un désire son appartement avec les riches, l'autre préfère se retirer le plus loin possible de toute clôture. Cholo tente de convaincre le Président (Dennis Hopper) de la société de lui laisser son logis, mais lorsqu'il se bute à une porte fermée, il s'enfuit avec une pièce d'armement extrêmement dangereuse dont l'issue pourrait déterminer de la survie d'un des derniers bastions humains. Riley est recruté par le Président pour retrouver Cholo et reprendre l'arme volée avant qu'elle ne fasse des victimes. Pendant ce temps, les morts s'accumulent et donnent des sueurs froides aux témoins d'affreux développements: les morts semblent communiquer entre eux. Durant le film, on se surprend même à ressentir une certaine sympathie envers ceux et celles dont l'âme a quitté le corps, pour ensuite nous faire haïr les humains capitalistes. C'est dire à quel point Romero a réussi son pari.
Le réalisateur signe l'un des meilleurs films de zombies depuis Day of the Dead (justement réalisé par Romero en... 1985). Rythmé, sans temps mort et plein de personnages originaux et hilarants, "Land of the Dead" est un film à prendre d'abord au premier degré pour son lot d'hémoglobine et ensuite pour les interprétations qu'il est possible de faire. George Romero pose plusieurs questions cruciales en rapport avec la guerre en Irak et l'administration de Bush (une première dans un film du genre) dans un univers post 11 septembre 2001, avec des conséquences on ne peut plus tristes. Il y a tant d'éléments de critique (la société de consommation, les stéréotypes, etc.) qu'il est impossible d'en faire le résumé ici. La brochette d'acteurs dégotés offre une prestation plus qu'honnête dans des rôles qui sortent enfin de l'ordinaire. Romero est parvenu à réaliser un chef-d'œuvre du genre et prouve près de 40 ans après la sortie de Night of the Living Dead, que l'instigateur du genre demeure bel et bien le maître incontesté. Un film génial qui n'hésite pas à aller au bout de ses idées, même les plus folles.
Universal offre le film en deux versions sur DVD (une comportant le doublage français: le film tel que vu en salle dans un format plein écran et l'autre qui contient le montage du réalisateur en panoramique) en plus d'une version HD-DVD en montage du réalisateur. Les suppléments sont intéressants, mais peu nombreux. Tout d'abord, la piste de commentaires de George Romero est passionnante. Il raconte la progression de son projet des débuts du scénario à la version qui se déroule à l'écran. Ensuite, on peut se rincer l'œil avec "Undead Again: the Making of Land of the Dead", "A Day With The Living Dead, Remaining Bits" (des scènes coupées) ainsi que "When Shaun Met George", une revuette documentant l'apparition de Simon Pegg et d'Edgar Wright (Shaun of the Dead) en tant que zombies dans le film de leur idole. On aurait sans doute préféré des extras plus longs ou plus variés dans la veine de ceux qu'il est possible de retrouver sur l'édition ultime de Dawn of the Dead proposée par Anchor Bay. Le menu principal est animé et comprend une partie de la bande sonore du film. Les autres pages sont plus statiques, donnant l'impression d'un DVD fait dans l'urgence plutôt que d'un support de préservation.
Le transfert du film est de très bonne facture. Les contrastes, la profondeur, tout est bien conservé pour préserver la vision du réalisateur. La bande sonore en Dolby Digital 5.1 est efficace. Elle prend littéralement le contrôle de la console sonore et projette le spectateur en plein milieu des affrontements humains-zombies. Bref, la compression numérique est au point et respecte la vision du réalisateur dans son intégrité.
Avec ce film, Romero peut se targuer d'être devenu un directeur d'acteur doublé d'un indéniable écrivain talentueux qui sait poser les questions les plus importantes aux moments opportuns. "Land of the Dead" est, sans conteste, le meilleur de tous les films du genre des 20 dernières années. Oublions les films de triste mémoire pour regarder un maître au sommet de son art. En osant critiquer la société sous tous ses angles les plus corrompus, George Romero serait-il devenu le défenseur des valeurs socialistes de l'éventuelle fin du néo-libéralisme? On en rêve!
| Film | 10 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |