Au royaume du film de série B, il existe des maîtres incontestés dont l'œuvre traverse le temps et dont les noms rayonnent encore des décennies plus tard. Il y a bien sûr Les Ed Wood, Roger Corman et autres Jack Hill, bien connus des amateurs du genre, mais il y a aussi l'école européenne avec ses Antonio Margheriti, Lucio Fulci et Mario Bava. Un nom qui revient aussi souvent au palmarès des "bons mauvais" est celui de l'Espagnol Jess Franco. Homme aux mille pseudonymes, réalisateur prolifique, ce metteur en scène brille autant par la quantité de films qu'il réalisa que par le charme inhérent à la piètre qualité de la majorité d'entre eux. Au sommet de son art (si on peut s'exprimer ainsi) dans les années soixante-dix, Franco mit en scène des dizaines de films, s'adaptant aisément au goût du jour et passant sans difficulté de l'horreur, à la guerre, aux zombies, aux aventuriers, aux prisons de femmes!
Avec ce "Cannibals" (aussi connu sous les titres "White Cannibal Queen" et "Mondo Cannibale"), Franco s'attaquait à un genre qui jusque-là avait été l'apanage des Italiens. La recette est simple : ça prend une forêt vierge, des sauvages mangeurs de chair, des filles nues qui crient fort pendant qu'on les dévore et des héros avec des fusils qui n'ont peur de rien. On retrouve donc tout ce beau monde dans le film de Franco.
On suit les aventures du docteur Taylor (Al Cliver) qui suite à une expédition dans la jungle africaine et une attaque par une tribu de cannibales a perdu toute son équipe, sa femme, sa jeune fille de dix ans et son bras gauche. Hanté par ce souvenir traumatisant, il décide, des années plus tard de retourner sur les lieux et de voir s'il peut retrouver sa fille. Il demande donc à une riche héritière de financer l'expédition et se met en route sur un luxueux yacht bourré de jeunes gens riches en quête d'aventure et venus se divertir dans la forêt vierge. Bien entendu tout ce beau monde sera dévoré allègrement en chemin, mais ça, c'est un secret...
Il retrouvera sa jeune fille qui est devenue la déesse blonde de la tribu de carnivores, un superbe pétard (Sabrina Siani) se promenant à moitié nue et jetant des regards désintéressés sur les ripailles de ses esclaves. On apprendra dans l'entrevue de Jess Franco incluse dans les suppléments que cette actrice était la fille la plus stupide avec qui le réalisateur ait travaillé et qu'elle ne pouvait absolument pas jouer, mais seulement poser et avoir l'air jolie. Son personnage est donc totalement nul et non pas prévu comme tel dans le scénario! Mais qu'à cela ne tienne, ça n'empêchera pas le gentil papa manchot de défier le chef de la tribu en combat singulier pour pouvoir repartir avec sa fille.
Comme pour tous les films de Jesus Franco, les conventions cinématographiques acquises prennent joyeusement le bord. On ne s'embête pas à respecter l'axe ou la continuité. Le même plan, voire la même séquence, peut servir à répétition comme c'est ici le cas avec les cannibales mangeant les entrailles de leurs victimes (des morceaux de steak en fait). Les acteurs et actrices n'ont pas besoin de savoir jouer, le scénario n'a pas besoin d'être vraisemblable. L'important c'est de divertir à peu de frais et de tourner avec le moins d'argent possible. Les paysages africains sont tournés dans le sud de l'Espagne, la séquence de New York contient des plans d'une banque d'images juxtaposées à des gros plans des acteurs tournés à Madrid (on peut brièvement apercevoir des écriteaux en espagnol en arrière-plan!), les cannibales sauvages sont des gitans peinturés à la "Kiss" qui sourient tout le temps quand ils doivent faire des pitreries et qui croient qu'on ne s'en aperçoit pas. Bref, c'est terrible d'un point de vue académique, mais ça fonctionne quand même si on met un peu de bonne volonté en tant que spectateur.
Au niveau de la vidéo, la copie utilisée pour le transfert est assez abîmée. Pas mal de rayures, de déchirures et de coupures brusques en plein milieu d'un plan. Les couleurs sont vieillies et la qualité générale de l'image est passable sans plus. On a même inclus un plan d'une ville de nuit où l'on ne voit absolument rien! Pour l'audio, la qualité globale est acceptable malgré le peu de latitude dans les fréquences et un son général assez sourd. La musique (composée par le réalisateur et un collaborateur, mais créditée à un pseudonyme pour des raisons syndicales) est intéressante et ajoute certainement un élément de démence aux épisodes cannibalesques!
Les suppléments, comme c'est souvent le cas avec ce genre de film, sont tout aussi intéressants que le long-métrage lui-même. Une bonne entrevue du maestro, avec sa verve habituelle et ses commentaires francs (pas de chichis "politiquement corrects" ici!) parlant du tournage de ce film et des films de cannibales en général. On retrouve aussi une bande-annonce française assez rigolote, mais en piteux état.
| Film | 6 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |