Difficile de s'attaquer à une relecture de film, surtout lorsqu'il s'agit d'une œuvre appréciée de tous. Malgré des revenus intéressants pour Halloween version Rob Zombie ou un flop tel le King Kong de Peter Jackson, les remarques sont les mêmes: pourquoi s'évertuer à remettre au goût du jour un film qui n'avait pas de défaut à priori? C'est exactement la question que s'est posé Alexandre Aja avant de mordre à belles dents dans ce projet issu d'un vieux film de Roger Corman, sans le sou et sans ambitions autres que de montrer des donzelles peu vêtues. Ne vous y trompez pas, Aja a bien compris l'importance de cet aspect, mais il y a ajouté quelques touches de plus offrant un film très réussi dans son genre.
C'est l'été pour la ville de Lake Victoria. En cette période, la population passe de 5000 à 50 000, dû aux étudiants en vacances et à leurs hormones prêtes à exploser à tout instant. Par un matin habituel, la plage est secouée par un léger tremblement de terre. Petit, mais libérant des créatures dévoreuses de chair, des piranhas, issus de la préhistoire. Et cette fois, ils sont des centaines voire des milliers dont l'estomac crie famine. Les résidents et les visiteurs devront s'unir s'ils veulent rester en vie.
Pourquoi s'évertuer à raconter le résumé d'un film d'horreur? Après tout, c'est souvent la même histoire: un problème survient dans une municipalité écartée et ses habitants doivent trouver un moyen d'y survivre. C'est à peu près à ça que se résume le mince scénario de "Piranha" version 2010, mais ce n'est pas pour l'histoire qu'on embarque dans ce film à vive allure: pour le défilé de jeunes femmes en chaleur, les mises à mort horribles et purement jouissives et les personnages caricaturés qui permettent néanmoins de rendre le tout cohérent et un tant soit peu crédible. L'équipe se rend bien compte qu'elle n'a pas affaire à un Citizen Kane ou autre chef-d'œuvre, mais davantage à un film d'exploitation sous toutes ses formes, avec quelques tournants intéressants et des apparitions de vedettes vieillissantes venant confirmer leur statut et l'importance du projet. Ainsi, Richard Dreyfuss (qui a survécu à Jaws, rappelons-le) se permet une apparition au début du film et l'inventeur de la machine à voyager dans le temps, Doc Brown lui-même, intervient à un moment donné du récit. Les acteurs offrent de très bonnes performances pour le type de film dans lesquels ils se trouvent. Elisabeth Shue aura peut-être une seconde carrière qu'elle mérite depuis un bon moment... et Jerry O'Connell s'amuse comme un petit fou à se la jouer parano et prisonnier de ses hormones à tout moment. Il ne faut pas trop en exiger des effets spéciaux qui, malgré un budget plus maigre que les filles sur la plage, permettent de rire un autre bon coup. Les multiples mises à mort des jeunes sont ingénieuses et bien trouvées et constituent, après les déshabillages de jeunes femmes en rut, le second point d'intérêt du film. En voulez-vous du sang? En voilà des hectolitres. Par moment, l'eau de la plage est totalement rouge, façon Saving Private Ryan, et les cadavres et autres parties déchiquetées abondent. Ce n'est pas non plus un film que l'on regarde pour des dialogues métaphoriques, mais ils ont le loisir de ne pas être exécrables. La réalisation d'Aja garde en tête le ridicule et le côté sexy du projet en tête et offre une surprenante cohérence et crédibilité au résultat, qu'on aimerait voir plus souvent sur les écrans.
Le film est basé sur l'exagération, et donc la qualité vidéo ne fait pas exception à cette règle: il y a abondance d'eau, de peau et de sang. Ces trois aspects peuvent parfois causer des problèmes avec un transfert peu réussi, mais ici, la texture, saturation, les ombres et lumières, tout est réussi mis à part de brefs instants où l'on dénote une certaine compression, notamment dans les scènes de nuit où les différentes textures se fondent parfois ensemble. La musique, les dialogues et les effets sonores trouvent ici une piste de choix pour divertir avec fracas. Les clichés du film d'horreur sont ici repris avec autant d'amusement que pour Grindhouse, sauf qu'ici, aucune pellicule endommagée et aucune censure. Les dialogues ne sont jamais enterrés sous des effets sonores ou une musique mal appuyée, et vice-versa.
Rien de mal à dire des suppléments non plus. Le film est un monument d'exagération et les suppléments lui rendent honneur avec une piste de commentaires d'Alexandre Aja, Grégory Levasseur et Alix Taylor, des scènes coupées, des bandes-annonces et un documentaire sur la production (LA pièce de résistance). Cela peut paraître court, mais le documentaire sur le tournage contient pour 130 minutes à lui seul... un plat principal qui ne laisse personne sur son appétit.
Il n'y a rien de mal à refaire un film, pour autant qu'il ne s'agisse pas d'un classique tels Halloween ou King Kong. Alexandre Aja s'est emparé d'un sujet miteux et lui a redonné force et jeunesse avec une bonne dose des meilleurs éléments des années 80 en prime: océan, sexe et sang. La qualité vidéo est excellente en dépit d'effets spéciaux plus ou moins crédibles, et la bande son principale est définitivement adéquate. Quant aux suppléments, on ne saurait en demander davantage avec de tels morceaux de choix. "Piranha" version 2010 devrait donc aisément se retrouver dans la collection de tout amateur d'horreur.
| Film | 7 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |