Proie
Entertainment One / Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Antoine Blossier
Année: 2009
Classification: 18A
Durée: 76 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DDST)
Sous-titres: Français, Anglais
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-5)
Code barres (CUP): 774212106743

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Jimmy Chartrand
15 juin 2011

Grégoire Colin et Bérénice Béjo? Ça y est l'intérêt et la curiosité sont au rendez-vous. Avons-nous droit à un tout nouveau film d'auteur des plus prometteurs? C'est ce qu'on pourrait croire avec la présence de l'acteur fétiche de Claire Denis! Par contre, que les fans y pensent deux fois puisque ce suspense tout de même efficace n'est jamais très loin de sombrer avec beaucoup moins de succès dans le film d'horreur à "créatures"... Toutefois, donnons au long-métrage le mérite qui lui revient de droit. Fait dans la veine des films d'horreur d'autrefois, le film prend le temps pour se situer et bénéficie d'un plus qui n'est pas facile à avoir (apparemment): une histoire.

Sur fond de secrets et crise familial, le film intrigue dès le départ avec cette vision mi-horrifique, mi-poétique de cerfs morts échoués sur la clôture électrique. Ensuite, on comprend que Nathan tente une fois de plus d'essayer de se départir pour de bon de sa belle-famille qui lui ruine en quelque part l'existence. Par contre, une dernière chasse, une dernière lutte pour sa propre survie reste encore à être menée de l'avant pour obtenir enfin sa propre vie et sa propre liberté.

Métaphore qui fait beau sur papier, mais qu'en est-il cinématographiquement? Quelque chose de plus relatif, décidément. Ce, même si on salue l'effort d'avoir tout garder dans un cadre ultimement réaliste, ce qui permet toujours un autre degré d'horreur, ayant pour créatures non pas monstres ou autres figures de l'imagination, mais bien des porcs "contaminés".. Bien sûr, la courte durée permet de rapidement faire le tour (on n'en aurait décidément pas pris plus), mais si la première partie semble rivaliser d'élégance avec l'atmosphère lugubre qu'on y a situé, ça se corse beaucoup plus une fois la nuit tombée.

Ainsi, faible budget oblige, les créatures quand elles sont mouvantes ne sont que bruits et mouvements et peinent à cumuler les sursauts, la frousse ou la terreur ce qui est décevant puisque qu'on suppose que c'en était le but premier.. Certes le look caméra à l'épaule et éclairage aux lampes de poche a bien son efficacité pendant un temps, mais être bousculé si souvent dans la noirceur finit décidément par lasser et on semble faire très rapidement le tour de ce virage vers la fuite et la survie qui nourrit toute la seconde partie du long-métrage.

On en finira donc par regretter le périple qui tombera dans le sanglant, le violent et l'inutilement stressant puisque rien ne sera vraiment à la hauteur de ce qu'on voudra nous faire ressentir. De plus, la fin abrupte semblera manquer son coup malgré son génie scénaristique certain.

Il faut dire que le visuel est toutefois bien rendu. La tonalité grisâtre se perd dans la brume et le contraste des éclairages et des couleurs est des plus soignés. Le rouge ensanglanté se perd dans la nuit bleuâtre, le soleil réflète dans la forêt sauvage et le jaune orangé des lampes de poche ajoute l'anxiété aux visages effrayés. De plus, quand on n'est pas en train de courir, il y a certainement de beaux plans et de beaux mouvements de caméra.

Par contre, le véritable travail de maître comme mentionné plus tôt, c'est du côté sonore. Du plus mince bruissement au coup de feu résonnant avec écho dans la forêt abandonnée, chaque bruit est relevé avec maîtrise pour ne rien laisser au hasard et aiguiser notre ouïe qui s'avère ici plus efficace que notre regard. Il ne faudrait surtout pas oublier de mentionner également les compositions de Romaric Laurence qui pastiche avec aisance les atmosphères musicales des classiques de l'horreur (le générique d'ouverture donne d'ailleurs à ce propos le ton).

Pour la présentation, rien de transcendant dans la pochette même si le choix des images laisse certainement à désirer, surtout celle du devant alors que ce gros porc particulièrement démoniaque n'était peut-être pas le meilleur choix pour attirer l'attention.. De son côté, l'animation du menu DVD s'avère efficace, mais on comprend mal pourquoi c'est le titre du film en anglais qui est prôné (alors que c'est un film français..) et pourquoi il y a des ours dans le décor.

Enfin, pour son scénario qui prouve qu'il a été un tant soit peu réfléchi, on s'accrochera à la première moitié du film qui comptera habilement ses points les plus forts, dont le talent de sa jolie distribution et l'ambiance des mieux campées. Ensuite, on fermera les yeux sur la noirceur d'après, se disant que le film qu'on aimait bien s'est en quelque part perdu dans ses propres bois.


Cotes

Film5
Présentation5
Suppléments-
Vidéo5
Audio6