Génétiquement modifié de gauche à droite et du début à la fin, le film d'horreur "See No Evil" prêche par un manque flagrant d'originalité. Les fanatiques d'hémoglobine gratuite rigoleront un bon coup, les autres fermeront les yeux et ils se dirigeront vers quelque chose de plus comestible.
Un policier supervise huit adolescents à problèmes qui doivent rénover un vieil hôtel délabré. Quelques-uns de ces jeunes pensent à prendre la poudre d'escampette, d'autres à s'amuser et il y en a même qui cherchent à découvrir un vieux trésor. Toutes ces belles activités seront rapidement oubliées lorsqu'un psychopathe (Kane) décident de massacrer les gens sur son passage, leur enlevant allègrement les yeux de leur orbite. Entre fuir et se battre pour survivre, les choix ne sont pas multiples.
Pour sa première vue, le réalisateur Gregory Dark (quel nom, sans doute inventé) épouse toutes les règles du film d'horreur typique. Une habitation isolée, des jeunes âmes à la peau fraîche, une faible durée, beaucoup de sang, des motivations expliquées à la toute fin : les clichés règnent en Dieu. Des jeunes se font appréhender alors qu'ils sont en train de copuler, le méchant se sert d'un crochet, les emprunts à Friday the 13th sont flagrants et il y a même une bonne vieille séquence de douche! Dans ces lieux communs, la violence coule à flot et quelques séances de tortures peuvent faire rigoler. Que ce soit cette femme bouffée par les chiens ou cette autre demoiselle qui est forcée d'avaler son cellulaire!
Si quelques adolescents trouveront du plaisir dans tout ce pâturage, les autres ne pourront que bailler aux corneilles. Le film bouge dans toutes les directions et le montage ne laisse pas une seconde pour respirer. Cependant, il n'y a pratiquement aucune surprise et le jeu des "comédiens" est particulièrement mauvais. Kane doit dire une seule phrase dans tout le long-métrage et il passe son temps à froncer les sourcils. Il demeure néanmoins très imposant. Ses victimes hurlent, courent et se débattent pour ne pas périr trop tôt. Pour la subtilité, il faudra définitivement aller voir ailleurs.
"See No Evil" et sa version française "Le Regard du diable" est peut-être vide de sens, mais un soin particulier a été apporté à l'atmosphère. L'utilisation des différentes enceintes sonores est plutôt réussie. Il y a des sonneries de cellulaires, des chiens qui hurlent, des sirènes et des bruits de sauterelles, en plus de tous ces sauts qui apparaissent brusquement. Ils ne font sans doute pas peur, sauf que le malaise est présent. La musique, à mi-chemin entre des thèmes oppressants et des hymnes hip-hop, reste malgré tout conforme aux conventions. La traduction dans la langue de Molière est adaptée aux situations et si l'intensité des voix aurait facilement pu être un peu plus élevée, de sympathiques sous-titres blancs anglais ou espagnols sont présents. Les images sont également très morbides. L'ambiance claustrophobe peut rappeler le sublime Seven avec ses éclairages diffus et ce climat lourd en sens. Le niveau des détails est tout à fait respectable, il n'y a que quelques séquences qui contiennent du blocage. Comme il fallait s'y attendre, les contrastes sont judicieux. Les ombres noires ne se mélangent pas et la présence de zones blanches ne brûle pas les yeux. Dans l'ensemble, les teintes sombres dominent et elles sont généralement recommandables.
Un autre aspect plus que positif est cette présentation qui donne froid dans le dos. La pochette représente la tête de Kane et il n'a vraiment pas l'air gentil. Le menu principal du DVD offre un cauchemar de sons et d'images, le tout doublé d'une petite chansonnette ironique. Même les icônes bougent pour échapper à leur sort! C'est étrange, mais un nombre non négligeable de bonus sont de la partie. Mieux vaut en profiter avant qu'il ne soit trop tard. En regardant rapidement, il n'y a rien de très intéressant. Une revuette sur la production de treize minutes en forme de vidéoclip parle de tout sans rentrer dans les détails. Deux bandes-annonces et un retour folklorique sur le mythe que Kane s'est bâti dans la World Wresling Federation. Les comparaisons entre le film et les planches de dessins avaient beaucoup de potentiel, mais une seule scène de démembrement a été retenue. Au moins, il y a deux pistes de commentaires! Et elles sont assez pertinentes. La première est animée par le réalisateur Gregory Dark et le scénariste Dan Madigan. Ces hommes parlent entre autres des aspects techniques, du découpage des plans et du scénario sans ennuyer ni demeurer en surface. Le cinéaste avoue son amour pour Friday the 13th et les récits de ce calibre. La seconde séance de propos, légèrement moins chargée, repose sur les lèvres de Kane et du coproducteur exécutif Jed Blaugrund. Ils traitent des cascades, de la violence, des décors, de la trame sonore et des différents acteurs. Quelques phrases se répètent avec la précédente piste de commentaires, mais les informations sont nombreuses et le lutteur surprend par son humour.
C'est seulement un public extrêmement restreint qui appréciera pleinement "See No Evil". Techniquement, le film est un joyau et il y a des suppléments impressionnants pour un long-métrage qui a presque passé inaperçu. Ce n'est malheureusement pas suffisant pour passer de bons moments ou pour avoir une réelle frayeur. Meilleur que Saw III, mais beaucoup moins intrigant qu'un Identity.
| Film | 4 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |