Rarement la télévision d'état canadienne nous avait présenté une émission aussi pertinente et coup de poing que la mini-série "Human Cargo", co-produite par la CBC et diffusée en 2004. Nous qui avions bien souvent été habitués par le pendant anglophone de Radio-Canada, soit à des séries "à l'américaine" mais se passant à Toronto - des avocats défendant des causes nobles entre deux intrigues amoureuses, des inspecteurs de police mal rasés traquant des meurtriers en série pouvant réciter la bible par cœur, ou les déboires de jeunes artistes vachement branchés sans le sou, mais habitant des méga-lofts dans des quartiers hyper-cools -, soit à des séries au contenu bien "Canadian" - des autochtones vivant le drame quotidien de la survie dans des contrées exotiques comme les Territoires du Nord-Ouest , ou bien encore la vie trépidante des bûcherons bedonnants d'un petit village du fond de ce beau pays aux grands espaces - nous voilà enfin confrontés avec "Human Cargo" à un sujet international toujours d'actualité: les réfugiés politiques.
On suit, six épisodes durant, les destins entrecroisés de multiples personnages ayant tous et toutes un lien commun, l'immigration au Canada. Mais vue à la fois de l'intérieur et de l'extérieur. Que ce soit les pérégrinations d'une famille de villageois africains, maltraités dans leur Burundi natal en proie à la guerre civile, et fuyant le génocide pour se retrouver dans un camp de réfugiés. Ou une réfugiée afghane ayant supposément fuit la guerre civile contre les Talibans et demandant asile politique au Canada, mais dont le passé et ses relations à Vancouver cachent peut-être des connivences terroristes... Mais aussi une politicienne de droite (Kate Nelligan) récemment battue par un candidat d'origine indienne dans une élection partielle en Colombie-britannique qui est ensuite écartée par le chef du parti suite à un discours raciste le soir de la défaite. (Les scénaristes s'étant même permis de voler la célèbre réplique sur le "vote ethnique" à Jacques Parizeau, tout en en pervertissant le fond!) Elle se retrouvera parachutée dans un poste de juge au ministère de l'immigration et remuera la fange avec sa vision réactionnaire d'un Canada fermé. On retrouve aussi au premier rang la fille de cette dernière, partant travailler pour une ONG en Afrique où malheureusement tout n'ira pas comme prévu. Puis un avocat canadien des droits des réfugiés (Nicholas Campbell de Da Vinci's Inquest) qui doit à la fois se battre pour la réfugiée afghane, contre la juge raciste et aura aussi affaire à défendre sa famille contre un ex-client hondurien en attente de renouvellement de visa qui n'est pas aussi innocent qu'il le prétend!
Bref, là où on s'attendait au traditionnel scénario de cabinet d'avocats se passant en majeure partie en cour, on se retrouve avec une série dynamique tournée à la fois dans les rues de Vancouver et en Afrique du Sud, "maquillée" pour les besoins du tournage en plusieurs pays africains comme le Burundi ou la Tanzanie. Chaque histoire entrelacée se révèle palpitante et les questions soulevées, tant morales que politiques ou sociales sont nombreuses. Les notions de bien et de mal sont malmenées et il nous faut réfléchir et faire l'examen de notre conscience et de nos valeurs humanistes. Pour ceux et celles qui n'aiment pas se creuser le ciboulot, on peut aussi simplement regarder la série comme un thriller exotique et s'en délecter tout autant. Sauf pour quelques petites séquences maladroites, le tout est parfaitement écrit, réalisé et monté. Pas étonnant que la mini-série ait remporté sept Gémeaux dont meilleur réalisateur (Brad Turner, qui réalisera par la suite la série 24) et meilleure mini-série.
Le plus décevant avec les deux DVD de "Human Cargo" c'est l'absence quasi totale de suppléments. Il y a bien sûr les commentaires du réalisateur pour deux des épisodes, mais c'est tout. On aurait aimé un documentaire approfondissant ou du moins résumant la situation complexe autour des grands lacs africains (Burundi, Rwanda, République Démocratique du Congo, Ouganda, etc.) suite à la guerre Hutu-Tutsi. Ou un peu de lumière sur les talibans et l'histoire récente de l'Afghanistan (pas la version de CNN tout de même!). Enfin, la série est tout de même fascinante et on pourra aller lire des livres ou visionner quelques reportages pour parfaire notre compréhension.
Au niveau de l'image, on peut dire que c'est impeccable. Aussi bien les séquences de nuit que les couleurs éclatantes dans les paysages africains ou les cieux colorés. Un bon rendu à ce niveau. La qualité audio est aussi excellente. Des escarmouches de la guerre civile au vent africain soufflant sur la savane, ou des prières de l'imam de la mosquée aux cris des réfugiés, tous les bruits ambiants ajoutés au montage sonore sont très présents et contribuent à nous captiver et nous faire plonger dans l'histoire.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |