Le comédien français Fabrice Luchini fut souvent porté dans sa carrière cinématographique à jouer des rôles plutôt intellectuels ou "littéraires". Que ce soit en "Beaumarchais", en Docteur Knock de Jules Romain ou en Drerville du Colonel Chabert il s'est toujours montré à l'aise à interpréter des personnages foncièrement dramatiques, mais qui avaient toujours une légèreté, une espièglerie faisant partie de leur caractère. Le cabotin en lui semble-t-il ne peut s'empêcher de faire surface à des moments inattendus. Avec son spectacle "one-man show" qu'il traîne sur les scènes de France et du Québec depuis deux ans, il montre encore une fois que ces personnages sont souvent près de sa personnalité ou, du moins, de ses goûts.
Composé de réflexions philosophiques, d'anecdotes de tournage, mais surtout d'analyse et de présentation de certains textes l'ayant marqué depuis son enfance, "Luchini: Le point sur Robert" est certainement à des années lumières de ce qui se fait en humour au Québec. Ici, pas de "l'autre jour ma blonde..." ou de "nous les gars..." et autres banalités qui semblent satisfaire depuis quinze ans tant les humoristes locaux (les Zapartistes exceptés) qu'une grande partie du public. On a plutôt affaire à de l'humour de haute voltige intellectuelle que seul un public relativement érudit et cultivé saura apprécier.
Se basant sur quelques textes choisis de poètes comme Paul Valéry ou Arthur Rimbaud, d'écrivains comme Chrétien de Troyes ou Jean de Lafontaine, mais aussi du sociologue Roland Barthes, Luchini se lance, une heure trente durant, en une dissection humoristique d'extraits choisis de certains de ses livres de chevet. Tirant la pipe tantôt à l'un (Barthes en prend pour son rhume), se moquant gentiment tantôt d'un autre, il procède à nous faire à la fois découvrir certaines visions sociétales de penseurs contemporains ou de nous montrer les erreurs grossières de certains intellectuels. Touchant un peu au politique, mais surtout au social, Luchni, assis sur sa chaise, s'amuse à décortiquer et à vulgariser des passages surprenants de livres obscurs. Et puis, comme l'acteur n'est jamais bien loin, il se permettra parfois quelques digressions ou improvisations en s'élançant sur scène pour déclamer Molière, pour refaire des passages entiers de son premier film Perceval le Gallois d'Éric Rohmer ou pour raconter des anecdotes sur le public des soirs précédents.
Souvent hilarant, toujours amusant, le comédien se plaît à jouer avec la foule et à démontrer sa passion pour les mots et sa maîtrise de la langue. On peut prendre quelques minutes à s'habituer au niveau intellectuel et à l'apprécier, mais une fois parti, c'est une soirée de bonheur garantie. Il faut bien sûr être prêt à ce genre de spectacle. Seule ombre au tableau, la façon étrange dont le spectacle a été filmé par Yves Angelo. Toutes les caméras sont en fait installé en coulisse, et on ne voit Luchini que de loin et de côté. Même que souvent le visage du comédien est obstrué partiellement par un rideau pu une poutre! Je comprends qu'on n'ait pas voulu obstruer la vue du public pour la captation, mais on aurait au moins pu mettre quelqu'un avec une caméra à l'épaule dans la foule, question d'avoir quelques prises de vue frontales.
Pour la qualité vidéo, si on passe outre la mauvaise direction photo, le résultat du transfert est honnête. Des couleurs assez pleines et des détails plutôt pointus. La qualité audio est aussi bonne, avec toutefois une prise de son en salle légèrement déficiente. Mais pour le transfert sur DVD, on a su bien rattraper les manques dans certaines fréquences et taire le bruit de fond. Le son (et des images!) de la foule aurait été le bienvenu pour réchauffer l'ambiance globale. Il n'y a pas de supplément sur ce DVD.
| Film | 8 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |