Bien qu'adoré des critiques et admiré des cinéphiles plus intellectuels, le cinéaste new-yorkais John Cassavetes n'aura jamais connu qu'un succès d‘estime comme réalisateur. Durant sa carrière, il fut même obligé d'accepter de jouer dans des films hollywoodiens quelconques pour lui permettre de tourner ses projets plus librement. Et malgré quelques chefs-d'œuvre plus accessibles comme Opening Night ou Gloria, la quasi-totalité de son œuvre reste assez obscure. Ce qui ne l'empêcha pas de tourner de nombreux films et de rester fidèle à son groupe d'amis et collègues qui partageaient sa passion pour le théâtre.
C'est ainsi que dans ce film de début de carrière, on retrouve déjà une partie de sa "gang" et qu'on entre clairement dans ce style qu'il garda pour la majeure partie de son travail cinématographique. On retrouve en effet dans "Husbands" de longues séquences, souvent improvisées et où les comédiens parlent fréquemment en même temps, de nombreux plans contemplatifs de "figurants" réels prenant involontairement ou non part à l'action - comme cette longue scène du concours de chant dans un bar aux petites heures du matin - et des moments de souffrance et de bonheur purs pour les personnages principaux. On voit aussi déjà son penchant pour l'amitié et l'alcool et autres comportements humains intenses.
C'est parfois cru et insupportable, parfois trop long et raté, mais quand ça marche, c'est criant de vérité et parmi ce qui s'est fait de mieux à l'époque comme portrait de la souffrance et détresse humaine. On est proche d'un Bergman urbain ou d'un Woody Allen sans humour. Au Québec on pourrait comparer un peu aux films de Bernard Émond, mais en plus dynamique et verbomoteur! Ce n'est pas son meilleur film, mais il est bon de voir les excellents acteurs Peter Falk et Ben Gazzara se donner à fond le temps d'un tournage. Cassavetes lui-même est souvent bouleversant dans le rôle d'un des trois amis.
Le film raconte l'histoire de trois amis, bons maris et pères de famille, qui à la suite du décès du quatrième coin du triangle partent sur une dérape émotive et une remise en question existentielle. La crise de la quarantaine à fond la caisse. L'alcool aidant, ils errent dans les rues de New York puis dans celles de Londres à la recherche d'un sens à leur vie et à la mort de leur camarade. Pas de poursuites de char ni de mitraillettes pétaradantes ici donc! Pour ceux qui aiment se prendre la tête seulement...
Au niveau vidéo, on a retrouvé une belle copie d'origine pour en extraire ce transfert. Très peu de rayures ou de saletés, des couleurs justes respectant le "look" de l'époque (c'est-à-dire un peu terne et baveuses), et un beau travail sur les contrastes. Pour l'audio, les dialogues entremêlés sont assez clairs, même si le son général est un peu éthéré. Comme pour le tournage improvisé et un peu brouillon, il semble que la post-production sonore ait aussi suivi la même voix. En suppléments on a inclus une piste de commentaires de l'écrivain Marshall Fine ainsi qu'une revuette sur le tournage du film, qui est plus un hommage à Cassavetes qu'un documentaire sur le film à proprement parler.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |