Les amateurs de Paul Newman ont tous leurs films préférés mettant en vedette une des icônes les plus appréciées du cinéma américain. Les adeptes d'œuvres plus populaires raffolent du délicieux Butch Cassidy and the Kid, alors que les cinéphiles préfèrent son jeu nuancé dans "The Hustler". Une nouvelle version du célèbre film de Robert Rossen est justement disponible avec une tonne de suppléments.
L'acteur aux yeux bleus incarne le mythique Fast Eddie Felson, un joueur de billard des plus talentueux qui n'a qu'un seul défaut: son terrible ego. Après avoir été lessivé par l'imprenable Minnesota Fats (Jackie Gleason), il se retrouve à la rue, seul et sans argent. Sa relation naissante avec Sarah (Piper Laurie) est mise à rude épreuve lorsqu'un joueur connaisseur (George C. Scott) lui offre de l'aider à se sortir de sa torpeur.
En 1986, Paul Newman a remporté un Oscar pour The Color of Money, un excitant long-métrage de Martin Scorsese qui mettait également en vedette Tom Cruise. Ce récit était en fait une suite du marquant "The Hustler" que Robert Rossen a réalisé en 1961 à partir d'un livre de Walter S. Tevis. L'original ne contient aucune mise en scène éclatée. L'action se résume plutôt à des dialogues extrêmement révélateurs sur le genre humain, sur la dépendance, la difficulté d'aimer lorsque l'esprit est ailleurs et les confrontations entre la raison et les pulsions. Le canevas, aussi simple que puissant, se base sur les moments morts pour développer les personnages et les amener dans une nouvelle étape de leur évolution.
S'il n'y a pas beaucoup de séquences de jeux (au début et à la fin), elles demeurent toutes excitantes. La tension culmine dans le frottement des boules et les stratégies que peuvent pondre les différents adversaires. En demeurant le plus clinique possible, Jackie Gleason glace le sang. Heureusement, il n'est pas que le méchant manichéen et sans profondeur. Piper Laurie montre beaucoup de conviction en femme éplorée, alors que George C. Scott s'accapare de la plupart des regards grâce à une prestance ironique et sarcastique. Bien entendu, la palme revient à Paul Newman qui trouve en Fast Eddie Felson probablement son plus grand rôle en carrière. Il est charismatique, chien fou, séducteur et incroyablement nuancé dans sa longue destruction et sa renaissance si instable. Le voir jouer est le premier plaisir de cet opus riche et nuancé.
L'utilisation d'une photographie en noir et blanc est une trouvaille visuelle éclatante. La présence des ombres et des contrastes est exemplaire, renvoyant aux classiques des années 1940. L'image est d'une finition pratiquement impeccable où un peu de grain et du blocage ne peuvent jamais ternir la sensation finale qui mélange ivresse et satisfaction quasi-totale. Les différentes pistes audio demeurent discrètes. Il n'y a que le bruit de la foule qui peut ressortir des bruits coutumiers. Les voix peu élevées nécessitent de hausser le volume ou d'afficher les solides sous-titres jaunes en anglais ou en espagnol. La flamboyante trame sonore jazzée est souvent descriptive pendant les parties pour rester muette par la suite. Une économie de moyens qui sied bien à la nature introspective du récit.
La pochette est dans des tons de bleus et elle montre les visages de Newman et de Gleason. Un mince livret est disponible et il raconte brièvement l'apport des différents comédiens. Le menu principal du DVD est assez singulier. Des boules rebondissent et des applaudissements se font entendre, pendant que des scènes et des dessins se fusionnent à l'écran sur une musique jazz des plus enveloppante. Un beau coup. Le premier disque comporte deux bonus. Le premier est une analyse de cinq scènes de billard par le champion Mike Massey. Les fans passeront un bon moment. Il y a également une piste de commentaires mettant en vedette les voix de plusieurs personnes, dont Paul Newman, l'historien Jeff Young et le critique Richard Schickel. Le flux continuel de mots amène beaucoup d'informations. Cependant, les propos décrivent rarement ce qui se passe à l'écran, car il s'agit d'extraits provenant de différentes archives.
Le second DVD est extrêmement riche en terme de suppléments. Une entrée présente rapidement l'histoire et les comédiens. Un deuxième documentaire va beaucoup plus loin sur le choix de la couleur et la démarche artistique du réalisateur. Le prochain segment traite plutôt de l'histoire du billard et de sa présence au cinéma. Il y a également une longue analyse du projet pendant près d'une demi-heure. Les amateurs de Paul Newman en apprendront davantage avec une biographie de 43 minutes où les faits et gestes de l'interprète de Hud sont racontés simplement. La technique est rudimentaire et le tour d'horizon se déroule parfois un peu trop rapidement, sauf qu'il s'agit d'une entrée en matière assez réussie. Le dessert consiste en neuf jolies images, la bande-annonce originale, huit longs-métrages mettant en vedette Harper et, pourquoi pas, des trucs d'un professionnel pour réussir des coups difficiles au billard. Cela semble si simple...
C'est dans des œuvres comme The Verdict et The Hustler que Paul Newman atteint des sommets. Sa simple présence électrocute toutes les strates de la production, obligeant le réalisateur et ses partenaires de jeu à se surpasser. Cet exercice de style intéressera même les personnes qui ont horreur du billard par le soin apporté à la psychologie des personnages. Avec les truculents bonus, de nombreuses heures seront passées à analyser les étapes de ce très beau film en noir et blanc.
| Film | 9 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 7 |