"En Passion" (en anglais, "The Passion of Anna"), réalisé en 1969, fait partie des DVD inclus dans le magnifique coffret que nous offre MGM, comprenant cinq des tout premiers films de Ingmar Bergman. Notons que ce DVD est aussi disponible individuellement.
"En Passion" raconte l'histoire de quatre personnes, toutes victimes de leurs souffrances. Plus particulièrement, on retrouve Andreas (Max von Sydow), homme reclus, plus ou moins volontairement exilé de la société. Par hasard, il rencontre Anna (Liv Ullman) qui vient utiliser son téléphone. Cette dernière oublie son sac à main, ce qui donne un prétexte à Andreas pour la revoir. En retournant ledit sac, il fait la rencontre de Eva et Elis, le couple chez qui loge Anna. Tous se lient d'amitié rapidement; Andreas ira même jusqu'à avoir une aventure avec Eva, au même moment, d'ailleurs, où il travaille pour Elis. Finalement, c'est sur Anna qu'il jettera son dévolu, et il vivra avec elle quelque temps. Mais le lourd passé d'Anna ne fera pas bon ménage avec la fragilité mentale de Andreas...
Du coffret dont il fait partie, "En Passion" est le premier film à être présenté en couleur (le second de Bergman). Ne serait-ce que pour voir les yeux bleus de Liv Ullman (et, aussi, ceux de Max von Sydow), le changement en vaut la peine. De tous les films du coffret, celui-ci est probablement le plus original au point de vue de la forme. Pour commencer, le film se déroule sur une longue période de temps (autour de 4-5 ans). Chaque saut dans le temps est ponctué d'une intervention du réalisateur, qui nous explique les prémices et circonstances de la trame. De plus, le récit est interrompu à quatre reprises par des interviews des personnages principaux qui nous entretiennent de leur vision de leur personnage respectif. Bref, c'est comme si les suppléments du DVD étaient directement inclus dans le film (encore une fois, on pourra dire que Bergman était avant-gardiste; il avait précédé le DVD par une bonne trentaine d'années!). Finalement, on retrouve aussi un long segment de rêve en noir et blanc, qui est en fait la suite du précédent film du coffret, c'est-à-dire Skammen. Mais ce ne sont pas exclusivement ces irrégularités qui font d'"En Passion" un film superbe; plus qu'à l'habitude, la photographie de Sven Nykvist est admirable, les dialogues efficaces et légers et le scénario original. De plus, la trame narrative nous fait découvrir à plusieurs niveaux la souffrance d'Anna et le tourment d'Andreas. Il est d'ailleurs des plus intéressant de voir ces deux personnages évoluer, parallèlement aux deux autres.
Visuellement, "En Passion" est un peu décevant, en comparaison des précédents films du coffret. Le problème majeur se situe au niveau de la qualité du matériel source: on y dénote, par endroits, de nombreuses taches et égratignures qui peuvent même être dérangeantes. Par chance, le problème n'est pas généralisé. Au niveau des couleurs, le travail est remarquablement bien fait: celles-ci sont saillantes et chaudes, sans aucun problème d'étalonnage. On ne remarque pas non plus d'irrégularité au niveau de la compression. Les noirs sont bien rendus, sans problème de blocage. Notons finalement que la piste vidéo n'est pas présentée en anamorphique, malgré le fait que le format soit panoramique (1.66:1).
Au niveau sonore, on ne dénote pas de problème majeur, la piste étant au plus fonctionnelle. Comme on est en droit de s'attendre d'un film de cet âge, les fréquences extrêmes sont tronquées, mais on ne note par contre pas de distorsion. Les dialogues sont toujours distincts et clairs, sans jamais être couverts par quoi que ce soit (certainement pas par la musique, ou plutôt l'absence de musique...). Les effets sonores sont bien choisis, et aussi très bien intégrés; contrairement au film précédent (chronologiquement), on ne note rien d'extraordinaire.
Comme suppléments, on nous présente pour commencer une piste de commentaires faite par Marc Gervais, le biographe de Bergman et professeur de cinéma à Montréal. Comme sur les autres pistes, les commentaires sont très descriptifs, mais pertinents. Il est toujours intéressant de connaître son interprétation plus qu'éclairée du film. On nous propose ensuite un segment intitulé "Original Story Reading by Elliott Gould", qui, comme le titre l'indique, présente les histoires originales que Bergman faisait parvenir à ses interprètes en guise de scénario, afin d'approfondir leur personnage. Il est très intéressant de faire un parallèle avec ces histoires, le film et la vision qu'ont les acteurs. Ensuite, on retrouve le court documentaire "Disintegration of Passion" qui nous présente le film par le biais d'interviews récents des acteurs et de Marc Gervais, ainsi que des extraits d'une entrevue d'époque avec Bergman. On y en apprend beaucoup sur la façon dont le film a été tourné, et plus particulièrement sur les séances d'improvisation. Ensuite, complétant ce documentaire, on retrouve des interviews de Liv Ullman, Bibi Andersson et Erland Josephson, qui nous entretiennent en détail de leurs souvenirs et implications pour ce film. La section des extras est complétée par des photos de la production ainsi que de la bande-annonce originale. Les menus sont fixes, avec une conception sonore en arrière-plan. Les choix sont clairs, et la hiérarchie des menus secondaires est bien établie.
Bref, même si le scénario ne plaît pas nécessairement à tous, le film reste excellent, ne serait-ce que par sa forme, et cette édition DVD arrive à rendre justice à tous ces aspects techniques.
| Film | 8 |
| Menu | 5 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |