Avec le sursaut de popularité que connaît le cinéma québécois depuis plus d'une décennie, les gens ont souvent tendance à penser qu'avant, notre cinéma national était horriblement ennuyant et que seuls les critiques et les intellectuels osaient dire le contraire. C'est pourquoi l'arrivée de la série documentaire en 13 épisodes "Cinéma Documentaire" tombait à point en 2008. Grande fresque jetant un regard approfondi sur toutes les facettes du cinéma d'ici, la série créée par le critique George Privet et coproduite par Claude Godbout (le Claude du "Chat dans le sac" de Gilles Groulx) nous montre à quel point nos artistes et artisans ont réalisé depuis le début des années 60 une multitude de films ayant marqué grandement l'histoire du Québec.
Grâce à d'innombrables entrevues récentes de figures clés de toutes les époques de notre histoire cinématographique - des réalisateurs pionniers comme Michel Brault, Fernand Dansereau, Jacques Godbout, Denys Arcand ou Jean-Claude Labrecque, de plus récents comme Benoît Pilon, André Turpin, Robert Morin, Catherine Martin ou Pierre Falardeau, mais aussi des artisans légendaires comme le monteur Werner Nold, le preneur de son Marcel Carrière, le producteur Roger Frappier et des acteurs comme Pascale Bussières, Roy Dupuis, Paul Ahmarani, Charlotte Laurier, pour ne nommer que ceux-là - et à des entrevues d'archives de quelques grands disparus - Claude Jutras, le "premier", Gilles Carles, Gilles Groulx, Pierre Perreault - la série brosse à la fois un portrait thématique de toute notre cinématographie tout en tentant d'en analyser les enjeux et les idéaux. L'incroyable quantité d'extraits de films, fournis grâce à la participation au projet de la Cinémathèque Québécoise et de l'ONF, aide à faire la démonstration des idées avancées ou vient ponctuer les propos des intervenants.
Après un premier épisode, "L'ivresse des débuts", se penchant sur les origines et sur les premiers balbutiements de notre cinéma, les épisodes s'enchaînent en mêlant le nouveau au vieux et en utilisant un thème central pour lier les diverses entrevues. On a donc en ordre d'apparition à l'écran, "L'âge de la performance" qui analyse la nouvelle tendance à vouloir produire des films qui "marchent" auprès du public sans toujours tenir compte du contenu ou de la pertinence des œuvres, "L'identité" qui se penche sur la recherche et la définition de la "québécitude" dans cet univers Hollywoodien et anglo-saxon, "L'évolution des valeurs" qui parle des changements amenés par la Révolution tranquille et l'ouverture du Québec sur le monde, "Le territoire" se penchant sur l'importance du cinéma documentaire et "La politique" qui brosse un portrait plutôt triste de l'évolution du cinéma comme arme d'information et comme véhicule d'idéaux politiques vers un cinéma apolitique où la simple mention d'élections ou de manifestation est mal vue.
Le troisième disque débute avec "Le désir" qui aborde la question de la censure, de la présence du clergé et de l'émancipation qui vint avec les changements sociaux de la fin des années 60. Puis on passe aux "Relations amoureuses" qui ont souvent joué un rôle de premier plan dans les films d'ici, ce qui nous mène ensuite à "La famille", autre pilier central de la vie québécoise telle que vue par les réalisateurs d'ici. On a ensuite "L'humour" dont la courbe de croissance est peut-être proportionnelle au déclin du cinéma politique, "La télévision" qui marqua et marque encore la façon dont les gens regardent les films et celle dont on les fait, "Hollywood P.Q." quand on essaye de faire compétition aux américains avec une fraction du budget, et finalement "L'étranger" où le Québec et son cinéma changent grâce au regard et au savoir-faire des immigrants.
Avec la participation de dizaines et dizaines de créateurs ayant participé d'une façon ou d'une autre au cinéma québécois - Michel Côté, Léa Pool, Jean-Claude Lord, Yves Lever, Charles Binamé, Dominique Michel, Patrick Huard, Claude Gauthier, Danielle Ouimet, Anne-Claire Poirier, Philippe Falardeau, Bernard Émond, Pierre Harel, Dany Laferrière, Micheline Lanctôt, Alanis Obomsawin, Sophie Lorain, Frédérick Back, Serge Giguère, Pierre Gendron, Daniel et Donald Pilon, Yves Simoneau, Pierre Curzi et de nombreux autres - cette série s'avère non seulement un bonheur à visionner, mais elle nous donne certainement envie de replonger dans plusieurs classiques de notre cinématographie - que ce soit "Golden Gloves", "La vie heureuse de Léopold Z", "Octobre" ou "L'eau chaude, l'eau frette" - ou d'en découvrir des films moins connus. Ce qui j'imagine était le but recherché par les producteurs et concepteurs de l'émission. On ne peut donc que leur dire merci de nous avoir montré ces belles "vues" et "félicitation pour votre beau programme"!
| Film | 9 |
| Présentation | 9 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |