Duplessis
Imavision Distribution / Radio-Canada Télévision

Réalisateur: Mark Blandford
Année: 1977
Classification: G
Durée: 390 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Français (DDST)
Sous-titres:
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 3 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Daniel Cyr
24 septembre 2006

D'entrée de jeu, Imavision émet un avertissement et explique que pour la réalisation de ce coffret: "Nous avons utilisé les meilleures bandes originales disponibles, que nous avons soigneusement nettoyées. Seulement, la qualité du son et des images de certaines bandes s'est détériorée avec le temps. Nous espérons que ces conditions ne gâcheront pas votre plaisir à revoir ce classique de notre télévision."

Hé bien, le plaisir est au rendez-vous puisque la minisérie "Duplessis" est une œuvre d'art qui, malgré ses imperfections, demeure encore aujourd'hui l'un des joyaux dans l'histoire de la télévision au Québec. Imavision a fait un travail de restauration remarquable avec des bandes magnétiques où la qualité malheureusement s'est dégradée avec le temps. Nonobstant cet aspect de conservation où le contenant est moins important que le contenu, la minisérie "Duplessis" nous fait découvrir le travail exceptionnel des artisans de cette dramatique télévisuelle.

En commençant bien sûr par le texte savoureux de Denys Arcand qui sut donner une couleur aux mots et une âme à ses personnages et plus particulièrement à celui de Maurice Duplessis, interprété magistralement par Jean Lapointe. Par exemple dans l'épisode "Le Pouvoir" où Maurice Duplessis annonce l'adoption d'un drapeau national pour la province de Québec en 1948, il dit ceci : "Un drapeau à croix blanche sur champ azur et avec lys. Et au moment où je vous parle, il flotte déjà sur la tour de notre Parlement! Un drapeau, c'est un emblème... Un drapeau, c'est un signe de ralliement... Un drapeau, c'est une manifestation de majorité... Un drapeau, c'est l'illustration du désir de vivre et de survivre. Un drapeau, c'est une preuve comme quoi que nous ne sommes pas en curatelle ni en tutelle...Un drapeau, c'est dire que nous sommes quelqu'un, que nous descendons de quelqu'un, que nous voulons vivre notre vie et survivre dans le respect des droits de chacun, en exigeant le respect intégral de nos prérogatives de nos droits et de nos libertés. C'est ça un drapeau!" Ce texte admirablement récité nous prend carrément aux tripes et du même coup réveille en nous notre fibre nationaliste qui dort parfois trop paisiblement.

Comme l'écrit si bien Paul Cauchon dans son édition du 5 novembre 2005 du Devoir : "Une minisérie qui, sur le plan visuel, se situait entre le télé-théâtre et le téléroman... Maurice Duplessis fut le Pionnier de l'autonomie du Québec se dressant héroïquement contre les visées trop centralisatrices du Canada? Réactionnaire brutal qui avait maintenu la population dans l'ignorance en freinant tout mouvement moderniste? Un peu de tout ça en même temps, bien sûr, et le premier gouvernement péquiste était pris dans la même contradiction puisqu'il venait d'installer devant l'Assemblée nationale une statue de Duplessis qui dormait depuis des années dans un entrepôt, une décision controversée".

Il faut également souligner que la série "Duplessis" a provoqué un véritable débat de société à l'époque, lors de sa première télédiffusion, le 8 février 1978. Les vieux bleus de Maurice Duplessis furent outrés qu'on le montre sous un jour peu flatteur comme un ivrogne aux blagues grivoises. De l'autre côté de la barrière, les anti-Duplessis étaient ennuyés de voir cet homme politique, qui à leurs yeux paraissait un peu trop sympathique à leur goût. En somme, nous pouvons dire que la série "Duplessis" ne laissait personne indifférent.

En ce qui concerne les suppléments, le coffret comprend un petit cahier illustré où nous retrouvons un résumé de chaque épisode et aussi trois discours (l'agriculture, le clergé et l'éducation et nos traditions) de Maurice Duplessis, une galerie de photos, avec les voix hors champ de Jean Lapointe et de Patricia Nolin, lors d'une entrevue radio aux émissions "La vie quotidienne" du 23 décembre 1977 et "Au fil des arts", radiodiffusé le 1er février 1978. On a aussi ajouté des entrevues télévisées avec l'historien Jacques Lacoursière (extrait de l'émission "Rétro-Spec", 1er mars 1978), l'écrivain Roger Lemelin (extrait de l'émission "Forum", le 17 mars 1978) et Madeleine Parent (extrait de l'émission Première page, 4 juillet 1978) qui a longtemps œuvré dans le mouvement syndical au Québec. On retrouve d'ailleurs son personnage dans la série, il est interprété par l'excellente comédienne Francine Tougas dans l'épisode "Le Pouvoir". Madeleine Parent se retrouve incarcérée dans une prison pour avoir défié le pouvoir rétrograde de Maurice Duplessis en matière de syndicalisation des travailleurs au Québec. Les sept épisodes, tout aussi captivants les uns des autres, sont distribués ainsi sur les trois disques :

Bref, que dire de plus sur cette œuvre d'art qu'est la série "Duplessis". Bien sûr que la performance de tous les comédiens y est pour quelque chose, mais la mise en scène de Mark Blandford transcende admirablement le scénario et les dialogues brillants de Denys Arcand par le biais d'images marquantes et significatives, d'un montage maîtrisé malgré son apparence négligée. Pour moi, il ne fait aucun doute que ce coffret "Duplessis" doit avoir une place spéciale dans votre vidéothèque afin de vous rappeler une page importante de notre petite histoire.


Cotes

Film10
Présentation7
Suppléments7
Vidéo5
Audio5