Jean-Daniel Lafond
Vérité et controverse
Imavision Distribution / Office nationale du film du Canada

Réalisateur: Jean-Daniel Lafond
Année: 1986-1995
Classification: G
Durée: 540 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Français (DDST), Anglais (DDST)
Sous-titres:
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 3 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Sébastien Cassou
17 décembre 2006

Il est plutôt paradoxal que le cinéaste documentariste Jean-Daniel Lafond fût récemment propulsé dans une tourmente médiatique non pas à cause d'un de ses films, mais bien en tant que mari de la nouvelle gouverneure générale du Canada lors de sa nomination controversée. La question soulevée alors était de savoir si Lafond et sa conjointe, Michaëlle Jean, qui, comme le réalisateur le laissait paraître dans ses films, avaient des amitiés souverainistes et semblaient en faveur de l'indépendance du Québec, avaient fait une volte-face politique pour permettre à Mme Jean d'accepter le prestigieux poste pro-fédéralisme. Mais en bout de ligne, peut-être cet incident était normal pour un cinéaste qui tout au long de sa carrière a cherché à remuer et interroger le passé pour comprendre les notions de liberté et d'identité chez les peuples. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'on a choisi d'appeler ce coffret "Vérité et Controverse"... Comme le prouve ce coffret de six de ses films (sur trois DVD), réalisés entre 1986 et 1999, ce cinéaste français immigré au Québec (oups! Pardon ... au Canada) s'est toujours questionné sur des thèmes sociaux et politiques sans pour autant apporter de réponse définitive à ses interrogations.

La manière nègre ou Aimé Césaire, chemin faisant (1991)

Il s'agit ici d'un portrait d'Aimé Césaire, poète de la négritude et député martiniquais représentant l'île à l'assemblée nationale française. Héros politique pour certains pour avoir fait reconnaître la Martinique comme un département français et non plus comme une colonie, et traître pour d'autres pour n'avoir pas fait l'indépendance, mais être resté sous le giron de la France. Un poète québécois, Paul Chamberland (ce devait être Gérald Godin, mais il était tombé malade avant le tournage), se rend en Martinique pour parler à Césaire et de Césaire, son œuvre poétique, politique et l'empreinte qu'il a laissée sur tous les peuples opprimés (d'où le livre marquant de Pierre Vallières à l'époque du FLQ : "Nègres blancs d'Amérique"). Au retour de son périple, quelques intellectuels québécois et des caraïbes, autour d'une bonne bière, commentent et philosophent sur cette visite et l'idée d'indépendance.

Haïti dans tous nos rêves (1995)

La journaliste Michaëlle Jean va en France retrouver son oncle le grand écrivain haïtien René Depestre qui vit en exil. Ayant fuit la dictature de Duvalier, puis les pays communistes où il avait choisi d'habiter (Cuba et Tchécoslovaquie), cet homme s'interroge sur la notion de pays et le rôle de l'artiste vis-à-vis la politique et l'engagement social. La journaliste tentera de le convaincre de revenir au pays maintenant qu'Aristide est au pouvoir.

Les traces du rêve (1986)

Un documentaire sur le documentariste, poète et intellectuel engagé Pierre Perrault. Tourné au moment où ce dernier va à Cannes présenter son film "La bête lumineuse" (il faut voir les séquences hilarantes où Perrault explique, à maintes reprises, aux journalistes français que ce n'est pas la chasse à "l'original" comme l'écrivait malencontreusement le journal "Le Monde" la veille dans sa critique du film, mais bien à "l'orignal"), il se remémore l'expérience de "Pour la suite du monde" de 1963 et de retour au Québec en compagnie d'intellectuels des deux cultures (le philosophe Michel Serres et les écrivains Michel Garneau et Gaston Miron entre autres) il revisite l'île-aux-coudres et revoit ses vieux compagnons de tournage. Encore une fois une interrogation sur la notion d'identité, de culture et de patrimoine.

L'heure de Cuba (1999)

La journaliste Michaëlle Jean se rend à Cuba pour tenter d'interviewer Fidel Castro. Devant l'échec de sa tentative, elle parcourra le pays en interviewant les Cubains et les Cubaines pour tenter de lever le voile sur la dure réalité quotidienne du socialisme, celle que Castro ne veut pas admettre, c'est-à-dire la prostitution, la pauvreté, les ravages du tourisme de masse, et les riches bénéfices de certains hommes d'affaires étrangers ayant compris comment jouer le jeu de cette économie à deux visages. Un regard critique de Jean et Lafond sur une révolution qui n'est pas toujours très rose pour son peuple.

La liberté en colère (1995)

Le réalisateur réunit, plus de deux décennies plus tard, quatre figures marquantes de l'époque du FLQ (Pierre Vallières, Charles Gagnon, Michel Chartrand et Robert Comeau) qui ont depuis suivi des chemins bien différents. Au fil des discussions et des prises de bec, on découvre les divergences idéologiques et politiques de ces hommes qui même s'ils ont perdu leurs illusions face au socialisme, n'en demeurent pas moins remplis d'espoir de voir la liberté et la justice sociale triompher. Plume Latraverse en "fantôme de la liberté" erre en arrière-plan. Plus tard, Vallières rencontre et confronte Francis Simard, un des responsables de l'enlèvement de Laporte. Un film sur les utopies, le désenchantement, la colère et les hommes derrière les idéaux.

Tropique Nord (1994)

Michaëlle Jean, Haïtienne vivant au Québec depuis 1968 s'interroge sur la place des immigrants et plus particulièrement des noirs dans la société québécoise. Le film questionne aussi le rôle des gouvernements et des politiques d'immigration et la relation entre le racisme et l'ouverture sur le monde de notre société.


Les films du coffret sont présentés avec de courtes entrevues du réalisateur (filmées avec un choix de plans douteux, voulant faire "branché" mais ayant plutôt comme résultat de nous énerver sérieusement) parlant du contexte de chaque tournage et remettant en contexte l'époque où le film a été produit. Malheureusement les derniers vents de la tempête soulevée lors de la nomination de Mme Jean sont encore bien présents dans la tête de l'interviewé puisque dans plusieurs cas Lafond se sent obligé de justifier telle parole ou telle réaction de Mme Jean et d'expliquer tout cela à la lumière de son nouveau poste officiel. Ça sonne parfois comme un laïus de propagande pro-Canada (c'est même écrit en bilingue sur le boîtier, ONF oblige!) alors que les films de Lafond sont plutôt neutres avec un penchant nettement québécois. Dans plusieurs années ces entrevues risquent donc d'être datées, plus que les films eux-mêmes.

Au niveau de la qualité audio et vidéo, tout dépend quel film on regarde. Certains ont été tournés, à l'époque, sur pellicule 16mm et d'autres sur vidéo. Les copies 16mm utilisées pour le transfert DVD sont assez belles même si de temps en temps une petite rayure ou un petit "poil" viennent nous agacer un peu. Pour les vidéos, la qualité des caméras de l'époque n'étant pas celle des caméras récentes, on retrouve les problèmes habituels, c'est à dire un peu de "déchirement" dans les zones sursaturées et une netteté de l'image un peu dérangeante (au niveau esthétique seulement!). De son côté, le son est très bon, même s'il faut garder en tête qu'à travail égal, en documentaire toutes sortes de situations improvisées font que ce n'est jamais aussi net qu'en fiction. En tout et pour tout, un bon travail de transfert pour les six films. Sur chaque DVD, de jolis menus animés nous permettent de choisir entre les films et les entrevues, rendant la présentation du coffret des plus intéressants.


Cotes

Film7
Présentation7
Suppléments7
Vidéo7
Audio7