Lorsqu'un court métrage remporte un Oscar, c'est pratiquement certain que le cinéaste arrivera à se faire remarquer et qu'il pourra réaliser un jour un film de longue durée. C'est un peu l'histoire du scénariste et metteur en scène Martin McDonaugh suite au succès de son Six Shooter. Malgré les belles promesses de son auteur et une très belle distribution masculine, "In Bruges" est loin d'avoir les qualités requises pour faire long feu.
Après un contrat aussi meurtrier qu'éprouvant, deux tueurs attendent l'appel téléphonique de leur supérieur en séjournant dans la ville de Bruges en Belgique. Le torturé Ray (Colin Farrell) déteste fermement l'endroit, alors que le vieux routier Ken (Brendan Gleeson) ne peut que vanter ses vertus. Ces deux hommes apprennent à se connaître en se côtoyant pendant la fête de Noël, une occasion rêvée d'exorciser quelques démons. Pendant que Ray fait la cour à la jolie Chloë (Clémence Poésy) au grand dam de son petit ami (Jérémie Rénier), Ken reçoit finalement le téléphone de son névrosé de patron (Ralph Fiennes) qui lui apprend une fâcheuse nouvelle...
À bien des égards, "In Bruges" est un premier long-métrage indépendant britannique qui cherche absolument à faire parler de lui. Pour y arriver, McDonaugh suit la recette à la lettre. Il y a donc beaucoup de violence au menu, plusieurs pincées de dialogues humoristiques surréalistes, une arrosée de gros mots pour être dans le vent et une belle brochette de comédiens. Le résultat, gonflé aux tranquillisants, s'avère être une pâle copie de l'hilarant Lock, Stock And Two Smoking Barrels de Guy Ritchie. Il n'y a pas ce rythme enlevant et cette réalisation trépidante, mais le désir d'être le prochain Quentin Tarantino est présent.
Surtout que le récit est loin d'être mauvais. L'intrigue tient généralement en haleine, quelques gags finissent par faire sourire, l'exploration de la psychologie des personnages est intéressante et les poursuites finales ne manquent pas de piquant. C'est seulement que la production perd son temps en parlant, en jasant et en discutant. En fait, il ne s'y passe presque rien. Un peu comme dans l'ordinaire Hurlyburly (l'adaptation cinématographique de la pièce de théâtre, avec notamment Sean Penn et Kevin Spacey dans les rôles principaux), l'excellente idée de départ est noyée dans un flot de paroles, ce qui amène de sévères répétitions qui ne peuvent qu'ankyloser le rythme.
Ces redites se retrouvent à tous les niveaux. Ken et Ray sont toujours montrés comme la pluie et la plante, où le second grandit au contact du premier. Les mêmes blagues réapparaissent toutes les dix minutes, dont le leitmotiv est cet homme qui n'aime pas Bruges (à ce chapitre, l'oeuvre ressemble parfois à une publicité déguisée de cette ville gothique). Ces défauts ne seraient pas catastrophiques si le rire était abondant. Ce n'est toutefois pas le cas. Les charges sans subtilité abondent sur les personnes de petites tailles, les gens de couleur et tout ce qui est différent des Américains et autres Britanniques. Même le Canada en prend pour son rhume.
Les interprètes n'échappent pas à ces incongruités. Colin Farrell en fait des tas pour rien, multipliant les mimiques et les spasmes irréguliers. Cela ne rend pas son personnage plus convainquant. Tout le contraire de l'excellent Brendan Glesson qui ressemble parfois à s'y méprendre à Phillip Seymour Hoffman. À côté de lui, personne n'est à la hauteur. Surtout pas le diabolique Ralph Fiennes qui n'est que le méchant de service ou Clémence Poésy qui est là pour alimenter l'histoire d'amour prévisible. Même Jérémie Rénier, fidèle complice des frères Dardenne (La promesse, L'enfant) qui est également apparu au générique du douloureux Nue propriété, n'a pas l'espace pour défendre son être en une seule dimension.
La photographie sombre est en revanche magnifique. Les images offrent un lot intéressant de détails avec de riches couleurs qui peuvent être stylisées ou, au contraire, très réalistes. Le léger blocage s'éclipse devant cette belle définition des contours et ces contrastes tout à fait suffisants qui font côtoyer l'ombre et la lumière. Sans tout chambouler sur leur passage, les pistes sonores en Dolby Digital 5.1 demeurent pertinentes. Régulièrement, des élans musicaux ou des coups de révolver s'échappent des multiples enceintes pour mettre un peu de piquant au sein de ces enjeux qui traînent parfois en longueur. Entre une traduction française pas toujours cohérente et les dialogues originaux en anglais, mieux vaut opter pour ces derniers. Et, au pire, insérer de potables sous-titres blancs en anglais, en français et en espagnol afin de ne rien manquer. La musique au piano demeure mélodique à défaut de rester en mémoire très longtemps.
La pochette séparée en deux montre une ville et deux personnages qui ne semblent pas heureux de se rencontrer. Plus agréable est le menu principal du DVD qui offre un intelligent montage de scènes sur un fond en carte postale et une lourde partition d'heavy metal. Les bonus s'étendent sur plusieurs segments qui ne se veulent pas toujours pleinement satisfaisants. Il y a tout d'abord 18 minutes de scènes plus longues ou retranchées qui, en nuisant considérablement au rythme, permettent toutefois d'en savoir davantage sur la motivation des protagonistes. Il y a ensuite six minutes de séquences ratées qui font parfois sourire. Le tout continue avec trois mini reportages vantant les vertus de la ville de Bruges. Le rôle de la ville est exploré dans le détail, un tour en bateau est offert et après cette longue publicité, n'importe qui (ou presque) voudra visiter ce lieu historique de la Belgique. Le tout se termine par un clip montrant des individus du film insulter cet endroit qui ne semble pas faire l'unanimité.
Comédie noire où les excès de violence sont rois, "In Bruges" est loin d'avoir le charme contagieux d'un film des frères Coen. Et ce n'est pas en embauchant le compositeur des frangins de Fargo (Carter Burwell fait toutefois un travail exquis sur le plan musical) que la pâte va soudainement devenir appétissante. L'amuse-gueule n'est peut-être pas au point, mais rien ne dit que Martin McDonagh ne va pas servir de meilleures recettes au cours des prochaines années.
| Film | 5 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |