D'emblée, il faut savoir que les années 80 sont terminées depuis un bon moment. Cependant, une recrudescence dans le genre cinématographique ramène au goût du jour les émissions sur grand écran (Transformers en tête) en passant par la résurrection de héros que le public croyait ignoré, boudé ou simplement plus dignes de figurer au cinéma (les rumeurs persistantes d'un Ghostbusters 3). Cette année, près de 20 ans après un troisième opus plutôt rigolo et bien senti, c'est à Indiana Jones d'emboîter le pas. Cette fois, avec quelques ajustements qui, sans amener beaucoup sur la table, fournit son lot de trépidation filmique, d'effets spéciaux et de cascades impossibles. Un divertissement décérébré avec une réalisation davantage proche de Jurasic Park II: The Lost World plutôt que d'un Schindler's List ou de Munich. Bref, un Spielberg qui sent l'âge, mais dont on ne peut empêcher la curiosité de retrouver l'archéologue au fouet.
L'époque: 1957 soit près de 18 ans après les événements de Last Crusade (un calcul plus judicieux que ceux observés par Superman Returns qui croyait faire passer 20 ans pour cinq). L'endroit: le désert du Nevada. Enlevé par un groupe de soldats russes venus directement des premiers échos de la guerre froide, Henry Jones Junior est forcé d'aider l'ennemi à localiser une caisse suspecte laissée dans un hangar dont le nombre n'a d'égal que les légendes urbaines l'accompagnant (indice: 51). Tirant sa révérence en s'échappant de façon spectaculaire malgré ses 65 printemps bien sonnés, Jones parvient à échapper (très) miraculeusement à un test nucléaire(une des scènes les plus marquantes du film grâce à ses effets saisissants). Après une bonne douche anti-radiations, passe une batterie de tests par des agents spéciaux chargés de retrouver les partisans communistes se cachant aux États-Unis. Il n'en faut pas plus à Jones pour être sur la piste de nouvelles aventures alors qu'il tentera de retrouver le fameux crâne de cristal. Croisant de vieilles connaissances ainsi que de nouveaux alliés l'aidant dans sa quête, Jones aura fort à faire afin de déjouer le complot des Russes déjà supérieurs en nombre et en armes.
Un retour aux sources, un retour à la simplicité. Bien que le scénario comporte son lot de scènes stupéfiantes, on ne peut s'empêcher de remarquer quelques trous ici et là, ainsi qu'un rythme véritablement orienté façon années 80 (peut-être trop lent par moments). Retrouver Indiana Jones est un réel bonheur, surtout quand on sait que Spielberg le plante devant une explosion nucléaire. Il s'agit d'une des seules facettes de la Seconde Guerre que le réalisateur n'a que peu ou pas abordée en carrière. Harrison Ford reprend donc le feutre de Jones avec aisance et forme, livrant les dialogues avec une vigueur et énergie dont on ne lui soupçonnait plus depuis quelques temps. Même Shia LaBeouf (comment peut-on s'appeler comme cela??) offre une performance très inspirée des vieux Marlon Brando et, contrairement à Transformers, nous montre ce dont il sera capable en terme de nuances émotionnelles. Revoir Karen Allen dans le rôle de l'ancienne flamme d'Indy procure également son lot de scènes touchantes et humoristiques lorsque Spielberg approche le trio dans une confrontation aux allures de cellule familiale dis-fonctionnelle exacerbée. Cate Blanchette compose une méchante dont la démence et la furie ne sont surpassées que par son envie de tout savoir. Diabolique, cruelle, rusée, Blanchette se la joue surenchère et, surprise, ça fonctionne à merveille, jusqu'à l'accent russe simulé à la perfection pour un film rendant hommage aux séries des années 40.
Néanmoins, beaucoup de moments semblent passer à la vitesse grand V et on se surprend du lot d'informations envoyées à la minute tant il y a de décors, de peuples et de lieux visités en si peu de temps (150 minutes n'auraient pas été de refus). Les années 50 sont rendues avec véracité et réalisme avec un souci du détail maladif. Même le temple final réservera une surprise inattendue pour beaucoup. Il s'agit d'un retour réussi dans la mesure selon laquelle Spielberg nous a livré un Indiana Jones aux ambitions louables, mais dont certains objectifs demeurent insuffisamment fouillés (par exemple, qui a envoyé les russes à la recherche de Jones? Comment Jones s'est fait capturer par eux? Pourquoi se fait-il capturer au moins six fois dans ce film plutôt que dans les autres?). Seul bémol à tout ça, la partition de John Williams qui semble s'effacer, faisant apparaître en de très rares occasions le thème rythmé aux cuivres si cher à Indiana Jones, présage d'un manque d'inspiration troublant de la part d'une légende reconnue pour avoir composé des musiques intemporelles et lyriques au possible. En définitive, il a changé Hollywood, mais Hollywood semble l'avoir changé en retour et c'est bien dommage, ses envolées musicales se faisant plutôt dans le domaine des raretés (l'âge vous rattrape, docteur Jones, l'âge vous rattrape).
Vous qui êtes friands de suppléments, sachez que Paramount a retenu les services de Laurent Bouzereau, un expert en la matière de bonus sur galette numérique. En effet, ce n'est pas moins de trois heures de contenu purement visuel qui vous attendent, le tout dénué d'artifices, mais dont on entend (trop) souvent la phrase "il sait ce qu'il veut exactement" (j'espère qu'il sait, un réalisateur doit avoir une vision il me semble!). De la pré-production au tournage, en passant par les effets visuels saisissants aux déboires rencontrés avant que naisse le projet de Indiana Jones 4 (pas moins d'une vingtaine de titres avaient été considérés, même ceux-ci: Indiana Jones et les fourmis géantes, Indiana Jones et les hommes soucoupes, etc.). Bref, on en apprend suffisamment pour se rendre compte que la meilleure chose après avoir assisté au tournage, c'est de posséder l'édition double disques qui en proposent pour longtemps. Un bon travail tantôt objectif tantôt subjectif, mais dont le but est simple: divertir et informer. Pari gagné et on se surprend à vouloir re-visionner le tout pour faire partie de l'aventure à nouveau. Les suppléments se terminent par l'inclusion des bandes-annonces du film qui redonnent salement envie de se taper le film encore une fois... comme quoi, la machine n'est peut-être pas la plus performante, mais elle sait livrer la marchandise.
Pour le transfert, c'est du superbe. Les couleurs sont vibrantes, les décors, actions et effets spéciaux scintillent d'une clarté exemplaire à tel point que l'idée seule de penser de quoi sera faite l'édition Blu-Ray donne la chair de poule. La richesse des décors en guise de texture et leur palette de couleur donne lieu à un transfert respectueux de son matériel. Pour le son, les trois pistes sonores sont en 5.1 mais, malheureusement, aucune piste en DTS pour faire craquer le plancher de salon (et réveiller les voisins). Néanmoins, le tout sonne juste et la disposition des enceintes propulse le spectateur au cœur des lieux visités respectifs et dans le feu de l'action. Ce qui fait grincer des dents réside dans le doublage québécois qui offre le doubleur de Brad Pitt (Alain Zouvi) en lieu et place du doubleur habituel pour Harrison Ford dont le nom m'échappe. Peut-être l'enveloppe des droits d'utilisation de sa voix était trop exigeante, mais force est de constater que cela procure un sérieux manque dans la continuité. Pour les menus, la page principale des deux disques propose un menu animé et musical amusant aux saveurs d'aventurier. Les sous-menus sont, quant à eux, fixes, mais demeurent musicaux pour la plupart, ce qui fait du bien à entendre et voir. Du beau travail pas bâclé.
Un réalisateur sur mode "pilote automatique", des effets spéciaux plus que compétents, une équipe d'acteurs livrant de bons moments sincères et crédibles, un scénario prétexte à une suite de cascades inattendues, voilà qui fait passer une très bonne soirée de cinéma. Ce film ne demeurera pas dans les annales comme le plus réussi de Spielberg, mais aura le mérite de n'être pas le pire, loin s'en faut. Amateurs, nostalgiques des années 80, votre tour est arrivé. Ford et compagnie vous tendent la main avec énergie et joie. Comment diable refuser une œuvre dont on aperçoit davantage les qualités que ses défauts?
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |