Difficile de s'atteler à une adaptation cinématographique lorsque le bouquin en question pullule de détails, coutumes inventées, paysages mythiques et autant d'idées grandioses qu'on l'a souvent libellé "impossible à transposer en images" (souhait le plus cher de Tolkien). Pourtant, dès 1996, Peter Jackson et son équipe travaillaient déjà d'arrache-pied après le retrait initial par la Universal pour son King Kong sur ce qui s'annonçait comme suit: l'adaptation la plus risquée de l'histoire (trois films tournés en même temps... du jamais fait auparavant). "Lord of the Rings" avait tout pour se casser les dents puisque peu de personnes y croyaient. Pourtant, dans le cœur du fan des écrits du professeur Tolkien, subsistait l'espoir de voir un jour à l'écran la Terre du Milieu. Depuis, c'est chose faite et l'adaptation la plus risquée s'est changée en l'adaptation la plus primée et friquée de l'histoire, fracassant tout sur son passage en salles.
Une communauté paisible nommée les Hobbits vit en paix avec la nature, retirée d'un monde plus ou moins féerique. Cependant, il gronde une menace sur les terres du Mordor. En effet, le Seigneur Sauron, anciennement l'ennemi de toute race, est en train de reprendre des forces et s'apprête à rappeler à lui les anneaux qu'il a créés... ainsi que l'anneau Unique, tombé jadis par hasard dans la poche de Bilbo Baggins, un Hobbit justement. Ce dernier fête ses 111 ans et pour l'occasion, désire se retirer chez les Elfes et écrire le récit de ses aventures passées lorsqu'il reçoit la visite d'un vieil ami, Gandalf le magicien. Le sage homme remarque l'absence de passage du temps sur le visage de Bilbon, ce qui lui fait réaliser que l'Anneau est possiblement entre ses mains. S'ensuit alors un entrecroisement de destins et de vies qui changeront la vie dans la Comté et sur la Terre du Milieu pour toujours, la plus grande histoire jamais racontée par le cinéma du 21e siècle naissant.
Tout est pour émerveiller dans cette trilogie plus que parfaite. La direction des acteurs est énergique et laisse suffisamment d'espace pour que les acteurs y aillent de leurs propres suggestions, les effets spéciaux sont un cran au-dessus de ce qui se faisait à l'époque (le premier volet date déjà d'il y a sept ans), et le scénario est tout bonnement en béton armé. Le lyrisme des écrits de Tolkien, même si on omet/change plusieurs passages (dans le roman, Aragorn transporte avec lui l'épée de Narsil) et personnages (Tom Bombadil entre autres), demeure respecté dans son essence. On pourrait croire que Peter Jackson cède à la facilité en adaptant le matériel chargé du récit, mais il n'en est rien. En effet, le second et troisième livre possédait une trame linéaire que Jackson et compagnie ont dû retravailler afin de livrer une mouture montrant les événements en parallèle plutôt qu'en continu. Les messages et inquiétudes véhiculés par Tolkien conservent leur alarmisme et ne perdent rien de leur puissance lors du passage à l'écran. Le pessimisme de la trilogie de papier effrayait alors de la possibilité de vivre dans un monde gouverné par la machine, la technologie, et aujourd'hui cette aura fataliste habite carrément chaque recoin des films pour rappeler au spectateur l'inéluctable révélation prophétique de l'écrivain visionnaire.
Côté suppléments, nous avons droit à deux belles galettes par film, chargées d'informations, d'images, d'entrevues, de scènes dans les coulisses, sans oublier les quatre (oui, 4!) pistes de commentaires régissant chaque film. Vous pensiez que peut-être les extras suffiraient? Et bien détrompez-vous puisque les commentaires recèlent de détails croustillants concernant des scènes coupées, des scènes ratées, ou autre chose qui ne nous viendraient pas immédiatement à l'esprit. Les scènes rajoutées tout au long des films procurent une cohérence narrative qui cimente l'univers de Tolkien une fois pour toutes, ce qui ne veut pas dire que les éditions présentées en salles étaient défectueuses. Jackson ne renie en rien les versions en salles, mais il persiste en présentant ces montages comme un cadeau aux fans et adeptes des romans, qui auraient envie de visiter la Terre du Milieu un peu plus. Un ensemble parfait, quoi. Et évidemment, qui dit édition si bien fournie gâte son acheteur avec des menus à l'image du coffret: sobre, mais en même temps superbes, animés et musicaux. Un travail que l'on aimerait retrouver dans davantage d'éditions sur le marché.
L'image a de quoi plaire. Les noirs sont variés, uniques et très bien texturés, gardant leur éclat. Les couleurs semblent encore plus éclatantes et les détails de l'image plus précis puisque chaque film se retrouve sur deux disques (amplement d'espace, donc, pour une compression de qualité). Vous qui avez toujours rêvé de voyager dans la Terre du Milieu, sachez qu'une piste sonore en DTS vous fera craindre ce souhait lorsque les pas des Uruk se feront entendre ou alors la sublime musique thématique de l'Isengard. Bref, c'est du tout beau.
Bien emballé, conçu, pertinent et plein à craquer de suppléments à faire fondre le plus réticent des sceptiques, "Lord of the Rings" est une trilogie rien de moins que légendaire. Premièrement, il s'agit de la seule trilogie tournée en un seul coup (et probablement que ça restera ainsi), d'un succès planétaire et monétaire (110 millions de budget pour "Two Towers" contre 140 millions pour MIB 2, vous parlez d'une rentabilité). Chaque épisode succédant dans la trilogie amplifie son ambition épique. En parallèle, s'amplifie également l'émotion ressentie de chaque scène. Plus que des "money shots", ces délires visuels transposant directement les peintures et œuvres d'Alan Lee et John Howe offrent des surprises narratives nouvelles. Déjà, le cinéma a récompensé la trilogie ("Return of the King" s'en est tiré avec 11 Oscars dont celui du meilleur film de 2003) et les productions qui ont suivi n'ont pas fini de copier sans innover (In the Name of the King, King Arthur, Golden Compass) ou d'honorer l'instauration de l'épique en tant que narration contemporaine (Chronicles of Narnia, Harry Potter, King Kong) "Lord of the Rings", plus que l'avènement d'un chef d'œuvre ou la confirmation de la naissance d'un réalisateur doué, une date dans l'histoire du cinéma. Tolkien serait fier. Namarië.
| Film | 10 |
| Présentation | 10 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 10 |
| Audio | 10 |