Lost Song
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Rodrigue Jean
Année: 2009
Classification: 14A
Durée: 103 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 629159039282

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
1er juin 2009

Rodrigue Jean ne fait pas nécessairement du cinéma pour être populaire. De Full Blast à Yellowknife en passant par Hommes à louer, ses films méritent souvent une implication personnelle de la part des cinéphiles qui seront les premiers récompensés par des œuvres sortant allègrement de l'ordinaire. Le réalisateur acadien se dépasse avec "Lost Song", son meilleur récit en carrière et aisément le long-métrage québécois le plus satisfaisant de 2009.

Après la naissance de leur premier enfant, Pierre (Patrick Goyette) et Élisabeth (Suzie Leblanc) décident de louer un chalet pour l'été. Pendant que papa continue à travailler, maman cherche du mieux qu'elle peut à s'occuper du bébé. Elle peut heureusement bénéficier de l'aide de deux mères au style très différent. Ce n'est toutefois pas suffisant pour aider convenablement la jeune femme qui doit presque à chaque instant cohabiter avec un syndrome post-partum particulièrement dévastateur.

Cet opus d'exception ne s'oubliera pas de sitôt. Au départ, les répétitions sont nombreuses au sein de ce couple en apparence normale qui se verra détraquer par les affres du quotidien. Les lenteurs et la réalisation naturaliste sont utilisées pour faire éclater ce milieu à la fois opaque et poétique. Peu à peu, une menace plane à l'horizon, à moins que ça soit les lubies de la protagoniste qui fait l'impossible pour ne pas perdre contact avec la réalité. La tension arrivera à son point culminant dans la dernière ligue droite qui en essoufflera plus d'un. Que de suspense, que d'émotions!

À la manière des frères Dardenne ou de Lodge H. Kerrigan, le style de Jean est âpre et sans fioriture. Il explore à fond la psychologie de ses sujets dans ce qu'ils ont de plus beaux et de plus laids. Il sait surtout diriger admirablement ses comédiens en évitant tous les excès possibles. Patrick Goyette n'a pas le rôle le plus sympathique de sa carrière, sauf qu'il évite brillamment le manichéisme d'usage. Comme toutes les héroïnes du cinéaste, Suzie Leblanc est une chanteuse et elle utilise sa voix comme moyen de survie. Son corps est toutefois son principal instrument et la prestation de l'actrice passe périodiquement de la douce biche à la lionne impulsive.

Les très beaux paysages de forêt bénéficient d'une superbe photographie ensoleillée. Les détails sont d'une justesse inouïe, rendant palpable cette nature qui peut parfois être dangereuse. Les contrastes un poil trop sombres et la présence de grain ne rivalisent jamais avec la riche palette de couleurs vives et l'exquise définition des contours. La piste sonore francophone aurait pu être plus immersive. Cela n'empêche pas les haut-parleurs d'utiliser à bon escient le crépitement du feu, les bruits de criquets, l'eau d'un lac et les bourrasques de vent pour recréer cette sensation de plénitude. Les dialogues s'entendent aisément et le public anglophone aura accès à de jolis sous-titres blancs. La rare musique suit des airs classiques (il y a du Mozart) ou d'opéra en donnant une distinction certaine à l'ensemble.

La jolie pochette verte montre le dos d'une femme. La pose est aussi belle que mystérieuse. Le menu principal du DVD reprend cette image statique en y superposant une jolie musique douce. Cela n'est cependant pas suffisant pour éclipser l'absence totale de suppléments. C'est triste, surtout pour l'essai qui a remporté le prix du meilleur film canadien au dernier festival de Toronto.

"Lost Song" est aisément un des meilleurs longs-métrages québécois à avoir vu le jour au courant du 21e siècle. La mise en scène lente dépouillée ne plaira peut-être pas à tous, mais Rodrigue Jean maîtrise totalement son art, et il sait passer du rêve bucolique au pire des cauchemars en explorant dans le détail la psyché (solitude, dépression, sentiment de culpabilité, détresse émotive syndrome post-partum, etc.) de ses personnages tout en dirigeant parfaitement ses magistraux interprètes. Une expérience qui prendra un long moment à cicatriser.


Cotes

Film8
Présentation5
Suppléments-
Vidéo7
Audio7