Quand on pense au genre crime/gangster, il y a beaucoup de classiques du côté américain, mais peu de films britanniques nous viennent à l'esprit. En fait, selon Michael Caine, il y en aurait trois: Get Carter (1971), The Long Good Friday (1979) et "Mona Lisa" (1986). Je n'ai pas vu le premier, mais pour le second je suis tout à fait d'accord puisque le film de John MacKenzie demeure LA référence du genre chez nos amis de la fière Albion. Étrangement, Michael Caine était du premier, Bob Hoskins du second, et les deux se retrouvent dans le dernier, sous la direction de Neil Jordan qui en était à son troisième film. "Mona Lisa" a été acclamé par la critique, a reçu une bonne douzaine de prix internationaux et a permis à Jordan d'entrer dans les grandes ligues si l'on peut s'exprimer ainsi.
Après sept ans passés en taule, George se met à la recherche de son ancien patron dans le but de se trouver du travail et parce que celui-ci a une dette envers lui puisqu'il avait pris le blâme pour un crime qu'il n'avait pas commis. Mais Mortwell lui dira sèchement que ce n'est pas le moment et George se retrouve, un peu malgré lui, chauffeur pour Simone, une prostituée de luxe qui écume les grands hôtels. George et Simone ne peuvent pas se blairer, mais finiront par nouer une relation d'amitié. Mais Simone entraînera George dans un jeu dangereux, alors qu'elle tente de retrouver Cathy, une jeune femme avec qui elle faisait la rue quelques années auparavant.
Le film s'ouvre sur une séquence où l'on voit George (Bob Hoskins) traverser un pont vers un quartier qu'il ne reconnaît plus et un domicile où il n'est plus le bienvenu. Ce sentiment d'aliénation envers ce "nouveau Londres" qui habite George fait de "Mona Lisa" une suite thématique de The Long Good Friday qui abordait de façon similaire un certain désenchantement envers ce qu'était devenue Londres sous Margaret Thatcher. Neil Jordan et le scénariste David Leland rendent le personnage de George sympathique, mais seulement jusqu'à un certain point, puisqu'en allant en prison à la place de Mortwell (Michael Caine, parfait en caïd véreux), George est en partie responsable de l'état de dépravation dans lequel la ville se retrouve à cause des activités de Mortwell. Le film s'attarde ensuite à cette relation ambiguë entre un George naïf et bourru et une Simone qui le manipule, et emprunte à la tradition du film noir par son thème de l'amour impossible. Malgré le réalisme sombre qui habite le film, le réalisateur y insuffle également des éléments symboliques qui vont de l'allégorie au catholicisme à l'imaginaire de Lewis Carroll, ainsi que des touches d'humour provenant des échanges entre George et son ami Thomas (Robbie Coltrane), le seul à qui il peut se confier. Bob Hoskins, qui n'a pas volé sa nomination aux Oscars, est parfait dans le rôle de l'antihéros qui rêve d'amour fou, et qui est prêt à aller jusqu'au bout pour sa dulcinée, quelles que soient les conséquences. "Mona Lisa" est bercé par le standard éponyme de Nat King Cole qui revient comme un leitmotiv, mais on aurait pu se passer de l'apport de Phil Collins (Genesis en fait) dont la chanson, qui surgit alors que George cherche Cathy dans les quartiers chauds, paraît mal choisie.
Contrairement à l'édition parue il y a quelques années chez Criterion, le film jouit ici d'un transfert anamorphosé. Par contre, la différence de qualité n'est pas très grande. L'image est propre, mais a gardé son aspect granuleux, surtout au début du film. Cela est probablement dû à un choix du réalisateur plutôt qu'à un quelconque problème avec le transfert. Le film privilégie les teintes sombres et grises, et l'étalement des noirs, ainsi que le niveau des contrastes et des détails sont à point. Il n'y a pas de problèmes apparents dus à la compression et seulement un minimum d'accentuation des contours. La piste audio en Dolby Digital Mono est acceptable. Le spectre est limité dans les extrêmes, mais le niveau est constant et il n'y a pas de sifflements ni de distorsion. Les dialogues sont clairs et la musique offre une ambiance enveloppante. On peut cependant déplorer l'absence de sous-titres, car l'accent "cockney" est parfois difficile à comprendre, même si on est parfait bilingue. La présentation est standard et le boîtier simple contient un encart de huit pages qui propose un essai fort intéressant sur le film, ainsi que le chapitrage. Les menus sont de facture classique et accompagnés de la chanson thème de "Mona Lisa". C'est plutôt maigre côté suppléments puisque seule la bande-annonce du film est offerte.
À mi-chemin entre l'univers classique du film noir et Taxi Driver de Martin Scorcese, "Mona Lisa" repose sur d'excellentes performances d'acteurs et demeure le meilleur film de Neil Jordan après "The Crying Game". L'édition Criterion ou celle-ci? La première offrait une excellente piste audio de commentaires avec le réalisateur et Bob Hoskins, mais celle-ci propose un transfert anamorphosé. À vous de choisir.
| Film | 8 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |