La drogue est un des thèmes les plus explorés au sein des films américains. Après le grandiose Requiem for a Dream en 2000, la barre était placée beaucoup trop haute pour la majorité des autres réalisateurs. Cela n'empêche pas Marty Sader de s'essayer à la compétition. Sans rivaliser avec le chef-d'œuvre de Darren Aronofsky, "Most High" offre une très belle descente aux enfers qui ne donne pas réellement le goût de passer par là.
En peu de temps, l'existence de Julius (Marty Sader) se désagrège. Sa copine décide de rompre, il perd son emploi et son père adoptif décède brusquement. Attristé, il commence bientôt à consommer de l'alcool et de la drogue tout en fréquentant une jolie femme bisexuelle et dévergondée (Laura Keys). Rapidement, ces deux âmes descendront jusqu'au purgatoire pour subir les récompenses les plus vertigineuses, mais également les châtiments les plus terribles. Pour s'en sortir vivant, il faudra multiplier les efforts, faire confiance à la destinée, côtoyer de meilleures personnes... et avoir un peu de chance.
Le sujet de "Most High" est loin d'être nouveau. Il s'agit des hauts et des bas de drogués qui préfèrent s'amuser plutôt que de prendre leurs responsabilités. Suite à des souffrances et à des drames, la dépendance agit sournoisement, arrivant à l'improviste pour ne plus jamais disparaître. Le tout débute sobrement, un peu à la façon de Marathon Man. Un homme court. Il vit simplement avec sa copine tout en étant motivé par son travail. La narration façon Trainspotting en moins cynique embarque, décrivant avec retenue et détails les évènements.
Un peu moins d'une heure plus tard, le joli et simple drame prend le bord pour une décharge de bruits et de fureur. Les personnages se droguent et ils sont prisonniers dans une spirale d'hallucinations qui rend la caméra beaucoup plus nerveuse. Le rythme lent du début se fait littéralement matraquer par un montage vitaminé qui laisse finalement peu de répit aux spectateurs. S'il n'y a rien pour déloger Requiem for a Dream en terme d'efficacité, le résultat est tout de même probant. Car la déroute est retransmise avec beaucoup de talents par un Marty Sader qui se transforme et perd la tête en demeurant généralement crédible.
Les images évoquent autant le documentaire que la fiction avec cette succession de noir et blanc, ces couleurs ternes et ces plans plus vifs. Généralement, le grain et les égratignures sont de la partie. Cependant, vers la fin, ces inconvénients disparaissent presque totalement devant cette imagination technique où l'originalité du metteur en scène devient palpable par des halos de formes et de lumières. La musique, douce et jazzée au début, se métamorphose en clown destructeur avec des élans apocalyptiques et burlesques. Cette sensation de folie atteint son apogée par la fabuleuse utilisation des différentes enceintes d'où s'évadent des sons de klaxons, d'eau et de sonneries de téléphone. En l'absence de sous-titre, il est réconfortant d'apprendre que les voix s'entendent presque parfaitement.
La pochette glauque montre le protagoniste en séance de paranoïa et de suspicion. Le menu principal représente plutôt le dessin d'un homme teinté de sang, un habile montage de scènes et une mélodie triste. Les suppléments proposent la bande-annonce originale et une piste de commentaires. Marty Sader, Laura Keys et le reste de l'équipe technique discutent avec beaucoup d'humour des thèmes et des influences en se coupant périodiquement la parole. Même s'ils ne se prennent pas toujours au sérieux, le cinéaste et ses acolytes arrivent à faire pousser plusieurs propos significatifs de ces anecdotes plus divertissantes qu'instructives.
"Most High" ressemble beaucoup au diptyque Dr. Jekyll et Mr. Hyde. La première partie, extrêmement lente et dénuée d'action, est aux antipodes de la seconde, électrocutée et même plutôt exténuante. De quoi jouer avec la patience du cinéphile. En revanche, c'est en s'abandonnant à l'œuvre et en oubliant les références que la déflagration prend tout son sens. À tel point que la forme finit par pendre le fond, multipliant les séquences pas toujours affriolantes pour montrer les ravages de l'addiction. Un très bon premier film fauché qui pourrait faire de Marty Sader le prochain Vincent Gallo... en moins narcissique.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 8 |