Bien que Buster Keaton n'ait pas connu la carrière longue et fulgurante de son contemporain Charles Chaplin, il reste qu'il aura tout de même laissé sa marque dans le cinéma muet des années 20-30. Comme on le constate au visionnement de son chef d'œuvre "The General" ("Le mécano de la General" en français de France!) sorti récemment chez Kino, sa popularité d'alors, qui surpassait même celle de Charlot, était pleinement justifiée. Mêlant une bonne dose d'humour, de drame et de romance, ce petit bijou du burlesque ne cesse de surprendre non seulement par son génie comique hautement précis, mais aussi par la maturité de sa mise en scène. Un historien du cinéma alla même jusqu'à le placer au sommet de son palmarès des reconstitutions historiques de la guerre civile américaine. Devant Autant en emporte le vent de Fleming ou le Naissance d'une nation de Griffith! Opinion que d'ailleurs Orson Welles partage comme il le confirme dans son introduction incluse dans les suppléments.
Le film raconte l'histoire d'un conducteur de locomotive du sud des États-Unis dont la candidature est refusée lors du recrutement local pour l'armée des confédérés. Bien que ce refus soit purement stratégique vu l'importance de son métier pour les états sudistes, un quiproquo le fait passer pour un lâche aux yeux de sa bien-aimée et des ses compatriotes. Ce n'est que lorsque les armées nordistes s'emparent traîtreusement de sa locomotive (la "General" en question) qu'il aura la chance de prouver son patriotisme en tentant de la récupérer en franchissant seul les lignes ennemies...
S'ensuit une série d'excellents gags visuels réglés avec la précision d'une montre suisse (ceux avec le canon entres autres) et exécutés avec un sang-froid incroyable qui, de nos jours, feraient dresser les cheveux des inspecteurs de la CSST! Mais contrairement au Keaton des premiers courts-métrages, son personnage de Johnny Gray est ici plus attachant que ridicule. Le clown triste fait vite place au héros increvable qui mettra plus d'une fois sa vie en danger pour sauver son amour, son honneur et la cause sudiste. Toujours aussi gaffeur il saura ultimement se servir de ses maladresses pour gagner la bataille et même monter en grade!
Bien qu'on doive, sans hésitation, qualifier le film de comédie avec ses excellents gags et ses nombreuses situations comiques, on reste étonné par l'aspect dramatique assez important et prenant de sa trame narrative. Plus qu'un hymne à la folie du burlesque, ce long-métrage reste un des films importants de l'époque, tous genres confondus, et marquera encore certainement bien des générations de cinéphiles.
En suppléments on retrouve un disque complet de courts-métrages. En plus d'une introduction de Gloria Swanson pour une émission de télévision à l'époque ("Silents Please") et une d'Orson Welles pour une autre émission (contenant aussi un court-métrage de Keaton), on retrouve une galerie de photos composée de posters du film et de clichés de Keaton, un court extrait d'un film amateur tourné sur le plateau de "The General", un montage de gags mettant en vedette Buster Keaton et des trains (ou tramways, ou Dresilles, etc.) ainsi qu'une revuette faisant un survol des lieux de tournages du film. Pour terminer, on a aussi inclus une courte présentation de la vraie locomotive entreposée dans un musée de Géorgie.
Heureusement pour nous, la copie utilisée pour le transfert DVD est d'excellente qualité. Il s'agit d'un transfert HD fait à partir d'une bande maîtresse 35mm tiré du négatif original. Bien entendu les années ont marqué tout de même un peu la pellicule, et on retrouve quelques petites rayures intermittentes ou quelques poussières ponctuelles, mais rien qui ne vienne déranger notre plaisir de spectateur. Le seul défaut apparent (qui est en fait une décision artistique) serait le choix de présenter ici une copie colorisée du film utilisant des ocres pour les scènes de jour et du bleu pour celles de nuit.
Pour le son, les trois choix de bandes sonores (Carl Davies et le Thames Silents Orchestra, Robert Israel ou Lee Erwin) sont bien enregistrés et bien mixés nous permettant d'apprécier les aventures rocambolesques de Buster. Même si ma préférence va à la version dépouillée de Lee Erwin et son piano électrique, les musiques orchestrales plairont sûrement à plusieurs.
| Film | 10 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |