"All You Need Is Love", la saga de Tony Palmer sur la musique populaire, se poursuit avec la sortie des volumes 5 et 6 qui traitent respectivement du Music Hall et de l'usine à auteurs-compositeurs appelée "Tin Pan Alley". Comme pour les volumes précédents, chaque épisode jette un regard en profondeur à un genre musical populaire, mélangeant narration, entrevues, extraits d'archives et performances contemporaines. Le sujet étant la musique, le réalisateur (qui est également monteur, ce qui lui donne plus de contrôle) laisse amplement le temps aux téléspectateurs de s'imprégner du genre musical dont il est question dans l'émission en incluant de longs extraits musicaux. Ce qui est plutôt rare de nos jours où on tend à surcharger les émissions de ce genre d'information au lieu de faire de la place aux performances, qui souvent parlent d'elles-mêmes.
Le volume 5, intitulé "Rude Songs: Vaudeville & Music Hall", traite de l'époque révolue où les gens se retrouvaient dans des pubs ou des théâtres pour à la fois s'imbiber d'alcool et se faire divertir. Le music hall britannique et son équivalent américain, le vaudeville (et son pendant plus lubrique, le burlesque) était la forme musicale qui réussit le plus tôt à toucher toutes les couches de la population puisqu'on pouvait à la fois sortir pour boire, pour observer ses pairs, pour se divertir ou se laisser aller à des plaisirs interdits dans la haute société. On apprend que dans ces maisons de divertissements (music hall étant littéralement un antre de musique) ou les performances devaient être assez fortes et divertissantes pour couvrir le bruit des buveurs, les thèmes principaux abordés étaient la boisson, la patrie, la nostalgie et l'amour. On peut ainsi voir Liberace à Las Vegas discuter de l'importance d'en mettre plein la vue au public et de lui plaire à la fois avec sa musique, mais aussi avec l'aspect visuel du spectacle. On retrace ensuite les débuts illégaux de ces spectacles de variétés jugés souvent trop salaces, puis on passe à la grande époque avec Piaf (commentée par Aznavour) ou les travestis comme Danny La Rue puis à son déclin avec l'invention du cinéma parlant. Heureusement, on finit sur une note positive avec la constatation qu'Hollywood permit un renouveau du genre non seulement en immortalisant certains des artistes de l'époque, comme Marlene Dietrich ou Maurice Chevalier, mais aussi en donnant naissance à la comédie musicale. Mais ce genre musical aura le droit à son propre épisode plus tard...
Le volume 6, intitulé "Always Chasin' Rainbows: Tin Pan Alley", se penche quant à lui sur ce phénomène bien américain d'auteurs compositeurs qui étaient engagé pour produire des chansons pour des interprètes connus ou qu'on désirait lancer. Véritable usine à succès, cette formule de faire des chansons approchait la musique comme un produit lucratif. On pouvait produire une pièce en quelques minutes. Dans cette chaine où la création était plus une job qu'une inspiration de génie, la machine employait autant des paroliers, des compositeurs, des arrangeurs que des copistes ou des démonstrateurs. En engageant des artistes à la pièce ou à l'année, les compagnies pouvaient ainsi garder la plus grosse part des redevances. Beaucoup de jeunes auteurs-compositeurs se firent la main avant de se lancer dans leur propre carrière. Dans cet épisode on peut voir des performances d'artistes ayant pigé grandement dans la production de "Tin Pan Alley", comme Perry Como, Bing Crosby ou Hoagy Carmichael. On peut aussi entendre en entrevue certains de ces fabricants de chassons comme Irving Berlin ou Irving Caesar.
La qualité audiovisuelle est globalement correcte, même si la série porte le poids de ses ans. Tournée en 16mm avec de l'équipement de qualité à l'époque, on remarque un peu le vieillissement du matériel plus de trente ans plus tard. Décoloration légère de certaines sections, grain omniprésent dans les séquences plus sombres et manque de piqué seraient les plus graves défauts. Heureusement, le nettoyage et la préparation pour le transfert ont été bien faits, ce qui relève la qualité visuelle globale. La piste audio a elle aussi profité d'un beau travail de transfert donnant plus de corps à une bande-son visiblement vieillissante.
En supplément, chaque DVD contient un disque comportant une longue introduction à la série avec de nombreux extraits d'entrevues et de performances et une narration nous présentant cette épopée de quinze heures. Il ne s'agit par contre pas d'images exclusives, mais plutôt d'une longue bande-annonce pour nous convaincre d'acheter le reste des épisodes ou le coffret.
| Film | 9 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |