Icône de la musique américaine pendant les années 1960, Boy Dylan s'est toujours plu à surprendre. Ce don lui a permis de rejoindre de nombreux fans... et d'en perdre presque autant au passage. Sa transition la plus significative s'est cependant opérée entre 1978 et 1989 et c'est justement à ce court laps de temps que s'intéresse le DVD "Both Ends of the Rainbow".
Bob Dylan a épousé presque tous les genres et son franc-parler s'est souvent retourné contre lui. Homme de causes qui n'a pas hésité à s'éloigner de la sphère publique au début des années 1970, ses succès commerciaux et publics ont été nombreux. Comme pour la majorité des grands artistes avant lui, le désir de changement est palpable et cette quête peut dérouter. C'est justement ce qui est arrivé à l'auteur de Blonde on Blonde. En 1978, le célèbre auteur-compositeur-interprète a embrassé la foi chrétienne et sa musique s'en est fortement ressentie, jusqu'au point où plusieurs de ses admirateurs se sont sentis trahis.
Ce documentaire fouillé, mais platement réalisé débute par ces élans fondamentalistes chrétiens pour élargir vers les années 1980, une décennie qui n'a pas été tendre avec les grands noms de la musique populaire (Leonard Cohen, David Bowie). Il en va de même avec Dylan. La quête du désert n'a cependant pas été si vaine. La discographie s'est enrichie de quelques nouveaux disques dont l'intérêt était généralement inégal, passant de la tiède production au petit chef-d'œuvre en puissance.
L'essai, alimenté des voix d'au moins 15 intervenants (des journalistes, des biographes, des techniciens de son, l'assistant de Daniel Lanois, etc.), n'est pas qu'une publicité pour redorer le blason du musicien. Bien au contraire, les gens présents n'hésitent pas à critiquer l'œuvre de monsieur Nashville Skyline pour la remettre en contexte. À ce chapitre, le segment le plus éloquent – et le plus contesté – est le ratage musical entourant le très couru spectacle Live Aid qui s'est déroulé le 13 juillet 1985. Surtout qu'avec ses 133 minutes, ce document possède la latitude pour puiser en profondeur au lieu de rester en surface.
La belle part du matériel provient d'archives vidéo et sonores qui sont bien entendu inégaux. Le plein écran aux couleurs à peine correctes n'est cependant pas catastrophique. Bien au contraire, la définition des contours n'est pas problématique et les contrastes demeurent généralement homogènes. La piste sonore anglophone en Dolby Digital 2.0 peine à utiliser correctement les différents haut-parleurs, ce qui est toujours un peu dommage. Les voix s'entendent aisément, et ce, même s'il n'y a aucun sous-titre au rendez-vous. Les mélodies choisies – tous des tubes immédiatement reconnaissables - sont malheureusement trop courtes
La pochette n'est pas particulièrement attrayante. Elle montre le créateur de Bringing Il All Back Home avec une guitare et un look qui est loin d'être à son avantage. Le menu principal est encore plus horrible. Devant un fond noir statique et sans musique se trouvent trois options: regarder le tout, choisir un chapitre en particulier ou accéder aux suppléments. C'est aussi simple que laid. Les bonus se limitent à des propositions de biographies, à un tour d'horizon du parcours des multiples intervenants (attention aux yeux, car l'écriture est lilliputienne) et à une entrevue radiophonique réalisée en 1979. Pendant huit minutes, Dylan répond à des questions sur son engagement religieux sans verser dans les détails. C'est finalement peu.
Depuis le grandiose I'm Not There de Todd Haynes, l'aura de Bob Dylan est extrêmement forte. Et ce documentaire très explicatif ne viendra que renforcer le mythe que l'homme s'est forgé depuis de nombreuses décennies. Sans doute que ce "Bob Dylan- 1978-1989: Both Ends of the Rainbow" ne s'intéresse pas aux années les plus créatives de l'artiste. Sauf que sur le plan personnel, le changement n'aura jamais paru aussi drastique. Pour les fans ou les néophytes qui cherchent à en savoir davantage sur leur idole.
| Film | 7 |
| Présentation | 1 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |