Il fut une époque où les vedettes rock ajoutaient occasionnellement un film ou deux à leurs succès musicaux, question de faire mousser les ventes du dernier album ou de profiter de leur popularité souvent éphémère pour engendrer de nouvelles entrées de fonds dans la caisse commune. Certaines de ces expériences furent des plus réussies - on pense à A Hard Day's Night et Help des Beatles, ou encore au Head des Monkees - alors que d'autres firent à peine une brève apparition en salles et sombrèrent aussitôt, et heureusement, dans l'oubli. Dans cette deuxième catégorie on pourrait mentionner le Sergeant Pepper' Lonely Hearts Club Band des Bee Gees et Prince et son Purple Rain. Quoique plus populaires, on pourrait inclure l'intégrale des films d'Elvis et ceux de Kiss dans cette seconde liste.
Il semble par contre que cette façon de faire soit passée de mode puisqu'on ne retrouve plus ce genre de longs-métrages de fiction ni en salles ni à la télévision. On a bien l'occasionnel vidéoclip glorifié avec son long prologue filmé, mais ça reste un film publicitaire pour vendre une chanson précise.
Or voici qu'arrive sur nos tablettes un OVNI cinématographique signé par le groupe psychédélique américain "The Flaming Lips". Intitulé "Christmas on Mars", ce délire de science-fiction en noir et blanc n'est certainement pas un outil promotionnel quelconque. Il s'agit plutôt d'une œuvre originale créée par un groupe toujours à l'affût d'expérimentations et d'exploration de nouvelles formes de créations à incorporer à leur musique. Bien que de facture ouvertement amateure - définitivement un clin d'œil aux vieux films de science-fiction soviétiques ou allemands de l'est des années 60 - ce petit opus écrit, joué et tapissé musicalement par les membres du groupe plaira sûrement aux fans de la formation de l'Oklahoma. Avec son humour sous-jacent, sa bizarrerie ambiante et les thèmes abordés, les connaisseurs du quatuor se retrouveront en terrain familier. Et puis quoi de plus plaisant que de voir le leader Wayne Coyne déguisé en extra-terrestre ou Steven Drozd affublé de visions apocalyptiques où un groupe de majorettes spatiales aux têtes en forme de vulves marchent en cadence sur la tête d'un nouveau-né!
Pour les non-initiés par contre, il faudra se tenir loin de ce "trip" de famille des "Lips". Contenant plus d'amis que d'acteurs qualifiés, mis en scène et filmé par un inconnu sans expérience précédente, tourné en vidéo et converti en noir et blanc "maison" et plus près du drame psychologique à la Tarkovski (Solaris, mais sans le talent!) que de Star Wars "Christmas on Mars" en irritera plus d'un. Même ceux et celles qui aiment la musique du groupe, mais ne partagent pas leur amour de l'espace, de l'étrange et des drogues resteront perplexes devant ce film car même la trame sonore est plus près d'une musique d'ambiance que d'un album habituel de la formation.
L'histoire du long-métrage est assez simple. La panne du générateur d'oxygène d'une station d'exploration sur Mars induit des comportements bizarres auprès de ses habitants. Alors que l'une des astronautes s'apprête à mettre au monde un bébé la veille de Noël, plusieurs de ses collègues sont affublés de visions ou de troubles psychologiques profonds du au manque d'air. Pendant que l'équipe technique de la station trimme dur pour réparer la panne, un extra-terrestre apparaît sur les lieux et décide de les aider. Venu en observateur, il voudra aussi connaître les rituels humains comme celui de Noël. Mais le manque d'oxygène permettra-t-il au personnel de la base d'avoir un Noël normal...?
Au niveau de l'image, on a opté pour un look sale, presque de piètre qualité. Choix probablement dû au manque de moyens financiers d'ailleurs. Beaucoup de grain, peu d'éclairage et une caméra toujours très statique. On se retrouve avec une image très crue ce qui peut agacer certains spectateurs qui seraient habitués au look léché de beaucoup de films hollywoodiens. Pour l'audio, le son est aussi très "sale", c'est-à-dire sans retouches, sans nettoyage en post-production. Ça colle assez bien au genre par contre et ça ne nuit en rien à l'ambiance étrange. Le tout est un peu sourd et manque de profondeur, sûrement pour augmenter l'effet d'étouffement et de claustrophobie. La musique ou les ambiances sonores sont par contre très présentes à l'avant-plan.
En suppléments, en plus d'un CD de la musique du film, on retrouve des entrevues des membres du groupe, une présentation du projet par Wayne Coyne avec ses notes et scénarimages à l'appui et une bande-annonce. Pour ajouter à l'étrangeté du projet, on a aussi inclus des sous-titres russes et une scène coupée, mais seulement accessible aux chanceux qui auront trouvé où elle est cachée!
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |