Bien que j'aie eu la chance depuis quelques années de voir et de critiquer plusieurs vidéographies de groupes rock, je dois dire qu'il y avait un petit moment que je n'étais pas tombé sur quelque chose d'aussi intéressant que le documentaire "Kraftwerk and the Electronic Revolution" sorti récemment chez Music Video Distribution (MVD). N'étant pas particulièrement amateur de Kraftwerk ni du genre musique électronique allemande des années 70 et 80, j'étais un peu appréhensif avant le visionnement de ce DVD de plus de trois heures. Toutefois, ma curiosité l'emporta et je m'attelai donc à ma tâche avec un professionnalisme sans faille!
Heureusement pour moi, car je découvris alors un film fait avec une minutie, un plaisir et un respect évident pour le courant musical qu'il analyse. Allant bien au-delà de la simple biographie du groupe Kraftwerk, le long-métrage s'atèle à la tâche ardue de présenter et d'analyser historiquement et socialement tout le mouvement de la musique électronique allemande (et plus tard britannique) qui débuta dans les années soixante. Des premières expérimentations de jeunes musiciens classiques ayant étudié la musique de Stockhausen, de leurs essais avec les premiers prototypes de synthétiseurs Moog (qui nécessitaient une pièce complète pour être installés!) à la lente évolution des instruments électronique et leur apparition graduelle dans un courant musical plus populaire, jusqu'aux différents courants et influences générés par cette bande d'expérimentateurs allemands - dont Kraftwerk, ou plus précisément ses deux protagonistes principaux Ralph Hutter et Florian Schneider sont les fers de lance -, le documentaire brosse un vaste portrait de deux décennies marquantes dans l'histoire de la musique rock.
Commençant par une approche sociologique remettant en contexte l'Allemagne d'après guerre et les mélanges musicaux intenses entre le jazz, le soul et le rock'n'roll américain des G.I. et les formes musicales populaires traditionnelles allemandes, le film évolue lentement vers l'apparition des premiers groupes expérimentaux Berlinois comme Tangerine Dream (avec Klaus Schulze), Kluster ou CAN, la commune musicale Munichoise Amon Duul ou l'étrange Organisation de Dusseldorf, ancêtre de Kraftwerk. On suit la transformation de ces entités, leurs succès commerciaux locaux, leurs désirs d'innovation et leur obsession des sons atypiques. Puis on aborde la curiosité profonde de vedettes internationales comme Brian Eno, Iggy Pop, Lou Reed ou David Bowie pour ce courant musical sans précédent. Plusieurs de ces artistes ayant même été jusqu'à s'établir en Allemagne quelques années pour produire leurs disques (dont le très influent "LOW" de Bowie). Pour terminer, on revient sur la carrière de Kraftwerk, décortiquant, album par album, leur évolution et jetant un regard au passage sur les changements dramatiques entre chacun de ces disques et leur importance sur la scène musicale internationale. Puis on finit par un petit épilogue sur la migration de ce courant musical vers les discothèques et studios britanniques des années quatre-vingt avec ses Gary Numan, Talk Talk, Soft Cell et autres émules.
Bref, un excellent résumé historique d'un mouvement musical méconnu, mais hautement important (Coldplay ayant même récemment incorporé un "sampling" d'une chanson de Kraftwerk dans une de leurs pièces) qui fit évoluer le rock et la pop à pas de géant. Et pas besoin d'être ni connaisseur ni amateur du genre pour apprécier le film, mais d'être seulement curieux musicalement et historiquement.
Au niveau vidéo, le DVD est bien entendu variable en qualité. Certains éléments d'archives sont un peu abîmés, alors que certaines entrevues récentes semblent avoir été filmées sur de l'équipement de qualité douteuse. Mais comme c'est souvent le cas, le transfert et le travail de nettoyage améliorent grandement le tout et permettent une qualité globale assez bonne. Même problème pour le son. La qualité varie d'excellent à très très moyenne, dépendant de l'année ou des conditions d'enregistrement. Les extraits musicaux sont quant à eux au moins d'excellente qualité, bien riches en texture, nous permettant d'oublier les défauts de certaines entrevues. Comme suppléments, on retrouve une courte revuette faisant le parallèle entre le courant berlinois versus celui de Dusseldorf, une entrevue extensive de Karl Bartos de Kraftwerk ainsi que les biographies des nombreux artistes, journalistes, musiciens, producteurs ou autres intervenants du documentaire.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |