Tout le monde connaît où a du moins entendu parler de Bob Marley. Première superstar internationale Jamaïcaine, le chanteur mit littéralement le Reggae sur la carte et le popularisa auprès de millions d'êtres humains de tous azimuts et nationalités. Mais en contrepartie, très peu de gens connaissent le Rocksteady, cette autre musique jamaïcaine qui est en fait à l'origine du reggae. Marley lui-même et ses amis Wailers commencèrent leur carrière aux débuts du mouvement, mais rapidement ralentirent volontairement la cadence et politisèrent les textes pour accoucher du premier album reggae de tous les temps: Catch a Fire.
Mais donc, avant cela, des dizaines de musiciens et chanteurs peaufinèrent un rythme et un style musical qui était lui un dérivé du ska, cet autre style musical originaire de l'île des Caraïbes. Chants d'amour et d'espérance, le Rocksteady émergea dans les villes jamaïcaines au moment où le pays reçut son indépendance de l'Empire britannique au début des années soixante. Mettant en musique les aspirations de toute une génération avide de liberté, ce style musical syncopé connut une popularité incroyable dans les "sound systems", ces soirées dansantes ambulantes qui poussaient spontanément aux quatre coins de la métropole, Kingston. On s'empressa d'endisquer des dizaines de stars potentielles et le mouvement Rocksteady s'établit rapidement. Malheureusement les premières années de l'indépendance où tout semblait possible se transformèrent rapidement en guerre politique et de pouvoir qui plongea rapidement l'île dans la pauvreté et le désœuvrement. Le ton des chansons se durcit, le ganga prit une place encore plus importante et la vague reggae balaya tout sur son passage.
Dans le documentaire "Rocksteady - The Roots of Reggae", on tente de faire revivre l'instant d'un spectacle les grandes années de cette musique. Grâce à la participation de nombreux chanteurs et musiciens de l'époque, les Marcia Griffiths, U-Roy, Derrick Morgan, Ernest Ranglin et autres Judy Mowatt ont recréé un concert spécial faisant revivre les plus grands succès de ces artistes de talent. La caméra de Stascha Bader suit le processus des répétitions et pose son regard sur les retrouvailles de plusieurs vétérans de cette époque. Sur fond d'entrevues et d'images d'archives, on retrace l'histoire de cette musique, mais aussi tout un pan de l'histoire sociale de la Jamaïque.
Au final, bien que le tout soit assez intéressant, trop d'emphase est mise sur les extraits musicaux et le concert-réunion et pas assez sur le développement historique à proprement parler. On aurait aimé moins de musique - ce qui est paradoxal dans un documentaire sur ... la musique - et plus d'entrevues et surtout d'images d'archives et de commentaire social. Mais on se contentera tout de même de ce petit film agréable pour nous renseigner sur cette musique maintenant pratiquement disparue. En supplément on retrouve l'intégrale du spectacle retrouvailles, une revuette sur le tournage et des dizaines de minutes d'entrevues retranchées.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 9 |