Les programmes doubles sont de plus en plus populaires et tous les moyens sont bons pour proposer deux films pour le prix d'un. Pour le trentième anniversaire de "Saturday Night Fever", les fans peuvent se procurer une édition spéciale ou une version plus classique qui comprend également sa suite "Staying Alive". C'est ce dernier choix qu'explorera cette critique.
En 1977, pendant que John Travolta était au sommet de sa minceur et de sa popularité, une œuvre allait marquer les esprits. Il s'agit de "Saturday Night Fever" de John Badham avec sa musique légendaire et ses numéros de danse tant imités. Trois décennies plus tard, il faut avouer que le film n'a pas réellement perdu de son charme. L'histoire, mince sans être inexistante, tourne autour de Tony (Travolta), un jeune adulte qui passe son temps à se déhancher avec ses amis sans envergure. Un jour, il propose à Stéphanie (Karen Lynn Gorney) de devenir sa partenaire de danse. Pour devenir les meilleurs, ils devront s'entraîner. Et en se voyant de plus en plus souvent, les cœurs risquent de se nouer. Pourtant, des drames pointent à l'horizon...
Cet opus culte est probablement une des entités les plus emblématiques des années 1970. Rarement la folie du disco n'a été captée avec autant d'entrain. Les dialogues, parsemés de répliques cultes ("The Future Fucks You"), sont loin de rester ancrés dans le politiquement correct. Et il y a Travolta, parfait en être charismatique, aussi habile à arpenter une piste de danse qu'à avouer ses sentiments. Bien entendu, le principal protagoniste est la musique des Bee Gees qui a résisté à toutes les modes. Des succès, il y en a à la tonne et une seule écoute de ces tubes à la radio et de nombreuses scènes du long-métrage reviennent aisément en tête.
Quelques années plus tard, l'ignoble Sylvester Stallone a décidé d'offrir une suite, "Staying Alive", qui allait presque ternir le mythe de l'original à jamais. Le canevas est pratiquement le même. Tony veut toujours devenir le meilleur en dansant et il fera les efforts pour y arriver. Sauf que les mélodies gagnantes côtoient les échecs drastiques ("Far From Over" de Frank Stallone fait terriblement mal aux oreilles), les dialogues creux sont légion et le comédien vu entre-temps dans Grease semble être sur le pilote automatique. Voilà un banal dérivé qui aurait dû rester sur les tablettes. Est-ce surprenant d'apprendre que les aspects techniques et les suppléments ont été beaucoup plus soignés sur "Saturday Night Fever"?
L'utilisation de la musique est phénoménale. Il y en a presque toujours et elle est entraînante à souhait. Les haut-parleurs regorgent d'airs mémorables, ainsi que des bruits d'avion et de tramway. L'intensité est telle que très souvent, les voix se font facilement enterrer. Petit problème pour suivre convenablement le déroulement de l'histoire. Pour remédier à la situation, il y a de très visibles sous-titres jaunes en anglais et en espagnol. Et c'est parfois mieux de les sélectionner que de suivre la traduction française, particulièrement affligeante et peu crédible. Les images sont également très soignées. Tout y est trop brillant et parfois même un peu blanc, sauf que ce sont des choix esthétiques. Les éclairages volent souvent la vedette et la qualité des contrastes est indéniable. C'est beau, pas trop daté et ça inspire à ressortir son habit blanc pour impressionner monsieur et madame tout le monde.
Si "Staying Alive" offre un menu statique et laid, l'original propose plutôt un montage aéré de scènes sur un fond disco et une musique très appropriée. Même constat pour la pochette. Le film de 1977 montre un Travolta dans une pose légendaire (bras qui touche le ciel, regard intense), alors que dans celui de 1983, il ressemble à une fille avec son chandail trop serré. Quelques bonus appuient le récit de Badham. Le plus intéressant est ce récit de trente minutes qui laisse parler le cinéaste et sa principale vedette. L'acteur qui est revenu à la mode dans Pulp Fiction traite un peu de sa copine qui est décédée à l'époque du tournage, un producteur raconte comment Paramount doutait du succès de l'entreprise et de nombreuses minutes sont accordées sur l'influence de Travolta qui avait réussi à faire virer le premier réalisateur. Pertinent. Sans doute plus que ces trois scènes retranchées qui ne servent strictement à rien. Le tout se termine avec une piste de commentaires de l'homme qui a offert WarGames. Très complets, ses propos multiplient les détails sur tout et sur rien, parlant autant du contexte historique particulier que du rôle de quelques secondes d'une comédienne.
"Saturday Night Fever" est un classique de son époque, une œuvre savoureuse qui se visionne toujours avec le même plaisir. Tout le contraire de "Staying Alive" qui ne fait que ridiculiser cette formule gagnante. C'est toutefois une bonne idée de rassembler les deux titres dans une même édition. À regarder un samedi soir avant d'aller danser pour pouvoir ensuite épater la galerie.
| Film | 8/3 |
| Présentation | 6/3 |
| Suppléments | 5/- |
| Vidéo | 8/7 |
| Audio | 8/7 |