Nine
Alliance Vivafilm

Réalisateur: Rob Marshall
Année: 2009
Classification: PG
Durée: 119 minutes
Ratio: 2.40:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 065935835219

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
28 avril 2010

Le réalisateur de Chicago demeure enfermé dans le passé avec le mésestimé "Nine", un autre drame musical où il s'intéresse aux tourments d'un cinéaste prisonnier des affres des femmes de sa vie. Du flafla, de belles comédiennes et d'éloquents chants qui, sans bouleverser l'univers cinématographique américain, s'avèrent souvent irrésistibles.

Guido Contini (Daniel Day-Lewis) est un metteur en scène réputé qui vit une crise existentielle, artistique et personnelle pendant l'élaboration de son neuvième film. Tiraillé entre sa femme (Marion Cotillard) et sa maîtresse (Penélope Cruz), entre son travail et ses fantasmes, il décide de s'isoler, repensant à son enfance, cherchant le meilleur chemin pour s'en sortir sans boire la tasse.

L'histoire sonne une cloche quelque part? Bien entendu! Il s'agit d'une transposition cinématographique d'une pièce présentée en 1982, qui était elle-même adaptée d'un livre d'Arthur Kopit, qui s'était inspiré d'un ouvrage de Mario Fratti qui, de son côté, lorgnait vers le légendaire de Fellini! Il ne faudrait toutefois pas se baser sur ce chef-d'œuvre et en tirer des comparaisons, ce qui serait injuste envers le long-métrage de Rob Marshall.

La plupart des gens voyaient en cette production un concurrent sérieux pour les Oscars et elle a été écartée des catégories de pointes. Une surprise de taille, surtout avec cette distribution étincelante qui comprend, outre Daniel Day-Lewis, Marion Cotillard et Penélope Cruz, les noms de Nicole Kidman, Judi Dench, Kate Hudson, Sophia Loren et Fergie. Mais faut-il rappeler que Rob Marshall n'est pas Bob Fosse, et si "Nine" est nettement plus agréable que son Chicago injustement oscarisé et son tiède Memoirs of a Geisha, il n'en demeure pas moins que le récit ne s'apparente à rien de majeur ou de grandiose.

Partant d'un scénario complexe, l'ancien chorégraphe simplifie à outrance le propos avec son montage aéré qui n'est tout de même pas piqué des vers. Le texte, véhément, relate la condition de l'artiste, son douloureux processus de création, sa folie et ses doutes. Le tout s'alimente de son passé et de son présent, de ses rêves et de ses chimères, laissant en place un antihéros vibrant et cohérent, sauf lors de la conclusion trop conventionnelle et gentille, imitant presque celle de Tiger Woods face à son sport.

Dans le rôle-titre, Daniel Day-Lewis assure brillamment sans trop se caricaturer. Il connaît ce rôle par cœur et il campe le parfait enjôleur. La construction dramaturgique met tour à tour en vedette chacun des personnages féminins, et si certaines figures n'impressionnent guère (Loren, Kidman), il y aura toujours une craquante Marion Cotillard pour amener l'émotion (et faire dévier la tangente vers la plus attendue scène de ménage), Penélope Cruz pour offrir un striptease qui ne laissera personne indifférent et le tandem Fergie et Kate Hudson qui assurent pleinement leurs représentations métaphoriques.

Contrairement à un Moulin Rouge ou Les chansons d'amour, ce sont les numéros musicaux qui dictent le pas sur l'ensemble et non le contraire. L'exercice s'articule autour de passables chorégraphies et d'airs entraînants. Malheureusement, les paroles sont faibles et banales, dénaturant par la même occasion les efforts consentis. Les plus nostalgiques se rappelleront cependant que les classiques de la comédie musicale ne s'appuyaient pas toujours sur une prose soignée, mais sur la magie véhiculée et le souffle de prestidigitation du réalisateur, des mandats que s'acquitte un peu tièdement Marshall.

L'image stylisée est dotée de somptueux contrastes, de teintes étonnantes et de couleurs précises. Le noir et blanc, parfois élégant parfois granuleux, soutient l'attention, éclipsant presque ce blocage qui apparaît à quelques endroits. Les pistes sonores en Dolby Digital 5.1 se nourrissent de bruits multiples (un gong, des chœurs, des instruments) pour créer une immersive expérience de chants et de danses. La musique très présente n'empiète pas trop sur les voix, qui peuvent être accompagnées d'assez visibles sous-titres blancs. Un peu quelconque, la traduction francophone oublie de reproduire les savoureux accents italiens (eh oui, en Italie, tout le monde parle en anglais...), ce qui est suffisamment convaincant pour tout suivre dans la version originale.

La pochette assez attendue montre le protagoniste entouré de cinq femmes de sa vie. Le menu principal du DVD fait plutôt défiler un extravagant montage de scènes sur une mélodie de circonstance. Les suppléments débutent par huit segments assez superficiels qui relatent l'aura de Daniel Day-Lewis, les célestes créatures féminines, le travail du cinéaste, le look glamour, les auditions, les chorégraphies de deux pièces et la réalisation d'une d'entre elles. Ces courts documents ressemblent presque à de la publicité tant les propos (des comédiens, équipe technique, etc.) manquent de profondeur. Il y a ensuite trois vidéoclips qui font défiler quelques-uns des airs qui restent les plus en tête (dont les moments chantés par Kate Hudson et Marion Cotillard... mais où est Fergie qui offre aisément le meilleur morceau de l'ouvrage?). Tout ceci ne pencherait presque pas dans la balance s'il n'y avait pas la très pertinente piste de commentaires où Rob Marshall et le producteur John DeLuca échangent sur le projet, ses intentions, sa fabrication et son apport au genre musical.

Sans être aussi mémorable qu'il aurait pu - et dû - l'être, "Nine" s'avère un envoûtant divertissement orné du sceau d'Hollywood. Rien pour répondre aux attentes incommensurables (pourquoi en avoir de toute façon?), mais un plaisir presque coupable après une journée particulièrement mouvementée.


Cotes

Film6
Présentation6
Suppléments6
Vidéo8
Audio8