Habituellement quand on parle de racisme aux États-Unis au début du 20e siècle, on pense tout de suite au sud profond, à la ségrégation, aux abus verbaux et physiques que les noirs subissaient sur une base régulière et à la lutte qu'ils durent mener pour obtenir un minimum de droits en termes d'égalité. On oublie souvent qu'ailleurs, la discrimination peut parfois prendre une forme plus insidieuse, beaucoup moins apparente, et que les noirs n'ont pas été (et ne sont toujours pas) les seuls à y être confrontés. Basé sur une nouvelle écrite par le respecté poète noir Langston Hughes, le réseau PBS nous présente, dans sa série Masterpiece Theatre's American Collection, "Cora Unashamed", la touchante histoire d'une femme déterminée, qui s'est battue pour que sa voix soit entendue.
Les Jenkins sont la seule famille noire habitant la petite ville de Melton, en Iowa. Cora subvient aux besoins de sa fille, Josephine, et de sa mère en travaillant comme bonne chez les Studevant. Quand le malheur frappe et que Josephine est emportée par la maladie, Cora transfère son amour maternel sur Jessie, la fille des Studevants. Celle-ci ne demande pas mieux puisque sa propre mère, Lizbeth, distante et autoritaire, semble incapable de lui démontrer la moindre affection. Plusieurs années plus tard, Jessie tombera amoureuse de Willie, un jeune homme d'origine grecque. Lizbeth n'approuve pas leur relation et commettra une erreur de jugement qui mènera à la tragédie. Son affection pour Jessie poussera Cora à crier la vérité, en dépit des conséquences.
La discrimination va bien au-delà des évidences. C'est ce qui frappe en premier quand on regarde "Cora Unashamed". Non seulement les Jenkins sont-ils la seule famille noire de la ville, mais le père de Josephine était blanc. Les habitants de Melton n'en font aucun cas, et sont en tout temps aimables et polis avec eux quand ils les croisent dans la rue. Cora est fort bien traitée chez les Studevant, et même Lizbeth, fière d'être la première de la ville à posséder une laveuse automatique Maytag, ne rechigne pas quand Cora continue de faire le lavage à la main. Tout va donc bien, pourvu que chacun s'en tienne à son rôle et ne fasse pas de vagues. Mais Lizbeth n'a qu'un but, préserver les apparences et grimper dans l'échelle sociale. Elle n'accepte donc pas que sa fille veuille se marier avec un fils d'immigrant grec et tolère mal que Cora lui ait, en quelque sorte, volé son rôle de mère. Cora est la seule à être au courant des manigances de Lizbeth, mais elle tient sa langue, un certain temps...
Les deux actrices principales, Regina Taylor et Cherry Jones, sont admirables et, puisqu'une grande partie de l'intensité dramatique est basée sur le contraste entre leurs personnages, la qualité de leur performance était indispensable à la réussite du film. De plus, le fait que l'intrigue se déroule du point de vue de Cora ajoute à son isolement (il n'y a pas de communauté noire à Melton) et met l'emphase sur sa force de caractère et sa détermination. On est loin du stéréotype du blanc supérieur et de la boniche soumise et pas très futée. La réalisation de Deborah Pratt, qui évite de faire basculer certaines scènes dans le mélo, est sobre et l'excellente recréation d'époque ajoute au réalisme.
Peu de choses à dire côté technique. Tant l'image que le son offrent une qualité à laquelle on est en droit de s'attendre pour une émission télé aussi récente. L'image est claire, les couleurs vibrantes, et le contraste et le niveau des détails sont adéquats. Le film est essentiellement basé sur les dialogues qui demeurent toujours clairs et parfaitement audibles. Les effets ambiophoniques sont peu nombreux et servent surtout à supporter l'atmosphère. Les menus sont statiques et de navigation aisée. Aucun supplément n'est offert.
"Cora Unashamed" est un film touchant, réalisé avec justesse, sur la dévotion et l'amour inconditionnel qui parvient à s'exprimer malgré les contraintes imposées par la discrimination. Un film à regarder en famille, qui offre excellente matière à discussion.
| Film | 7 |
| Menu | 5 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |