Depuis le triomphe critique et populaire de The Dark Knight, le film de superhéros peut être abordé autrement. Au lieu de reprendre tous les codes propres au genre, il est dorénavant possible d'innover. C'est ce que cherche ardemment à faire "Push". Sans être totalement réussi, le récit est suffisamment chargé en adrénaline pour satisfaire les amateurs de sensations fortes.
L'énigmatique Kira (Camilla Belle) est en cavale et plusieurs individus sont à ses trousses afin de mettre la main sur la valise qu'elle a dérobée. Il y a des membres de la Division dirigée par le malicieux Carver (Djimon Hounsou), des méchants Chinois de Hong Kong, ainsi que le duo formé de Nick (Chris Evans) et de Cassie (Dakota Fanning) qui aimeraient ardemment venger des membres de leur famille respective. Tout ce beau monde possède différents pouvoirs spéciaux qui leur permettent de connaître l'avenir ou de déplacer des objets par le pouvoir de leur psyché. Entre la force, la rapidité et l'ingéniosité, une combinaison de talents sera nécessaire pour manipuler l'adversaire et arriver à ses fins.
"Push" débute comme le premier X-Men de Bryan Singer. Après la Seconde Guerre mondiale, il y a eu des expérimentations sur des êtres humains. Grâce à diverses injections, ces derniers ont mutés, devenant différents du reste de la société. Des personnes peuvent guérir les corps, d'autres faire apparaître de l'argent. Il y a même des êtres qui sont capables - à l'instar des têtes dirigeantes du classique The Manchurian Candidate de John Frankenheimer - d'implanter des idées dans l'esprit des gens. À partir de là, tout peut arriver, comme ces personnages qui apparaissent et disparaissent en sauvant ou en s'attaquant aux héros. De quoi mettre un peu de piquant dans cette quête tordue, à la fois imprévisible et incohérente.
C'est que l'histoire va dans toutes les directions, s'avérant inutilement complexe. Puisque le long-métrage a plutôt bien fait au box-office, des suites risquent de voir le jour assez rapidement. Des dialogues pas toujours soutenus aux situations parfois éculées, il est aisé de décrocher pendant les premières minutes. Cela se replace un peu par la suite. Contrairement aux Fantastic Four, The Incredible Hulk et toutes ces productions peu inspirées, cet essai à la vive inventivité fait beaucoup avec un budget extrêmement limité. Les scènes d'action sont spectaculaires à défaut d'être fondamentalement originales, l'humour permet à l'ensemble de ne pas toujours se prendre au sérieux et le scénario tentaculaire privilégie l'apport de plusieurs protagonistes et non d'un seul héros qui s'attaque au méchant.
Il y a surtout la réalisation nerveuse de Paul McGuian qui aide à faire avaler à la pilule. Ce metteur en scène anglais, découvert par ses intrigants The Acid House et Gangster No. 1, a toujours bien fait avec des prémisses extrêmement limitées (Wicker Park, Lucky Number Slevin). Pour apporter un peu de nouveauté à un genre en perte de vitesse, il a décidé de soigner à outrance ses images et sa photographie, tout en ayant recourt à une trame sonore plus que recherchée. Ce traitement tape-à-l'œil est cependant en phase avec son sujet, et avec la ville de Hong Kong où se situe la trame narrative. Un endroit qui ravit la rétine et enchante l'esprit. Car sur le simple plan visuel, les couleurs demeurent jolies, les contrastes précis et le niveau des détails fait presque oublier ce fâcheux blocage. Sans être exceptionnelles, les pistes sonores séduisent par leur intensité. Les haut-parleurs sont parsemés d'explosions, de sirènes, de verre brisé et de bruits stridents. Les voix claires sont secondées par une très honnête traduction francophone et d'élégants sous-titres jaunes. La musique, rythmée et mélodique, comprend même une chanson de l'excellent groupe allemand The Notwist.
Cela n'est toutefois pas suffisant pour inspirer tous les comédiens. Fidèle à ses habitudes, Dakota Fanning vole aisément la vedette à ses acolytes. La jeune actrice brise finalement son image de petite fille parfaite avec beaucoup de vivacité. Pour une rare fois, Djimon Hounsou se trouve du mauvais côté de la lumière et il le fait en versant dans la surenchère et les stéréotypes. Tout autant que Camilla Belle qui aura rarement été aussi fade. Cela va déjà mieux pour Chris Evans qui s'en sort nettement mieux que dans les Fantastic Four. Et pour le généralement excellent Cliff Curtis qui fait oublier le désastreux 10,000 BC. Dans l'ensemble, le ton de la distribution s'avère malheureusement trop poussif pour convaincre totalement.
La pochette, efficace, mais un peu typée pour le genre, représente les quatre personnages les plus importants. Le menu principal du DVD alterne entre un montage rapide de scènes, des photos qui défilent et une mélodie atmosphérique. Les suppléments regroupent quatre séquences supprimées qui n'apportaient rien au montage final, un documentaire assez intéressant sur les idées véhiculées par le scénario et une piste de commentaires. Malgré la présence de McGuigan, de Fanning et de Evans, leurs propos demeurent superficiels, un peu trop collés sur les scènes qui déroulent à l'écran.
Gros joujou plastiquement superbe à l'histoire ambitieuse, à la progression pas toujours maintenue et à l'interprétation inégale, "Push" est aux films de superhéros ce que Twilight est aux récits de vampires. Ce n'est pas tout le monde qui va adhérer, mais les admirateurs défendront corps et âme ce produit qui amène un peu de fraîcheur à des thématiques vieilles comme le monde.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |