Sorti au même moment que l'irritant Passchendaele, "Le déserteur" est passé un peu inaperçu sur les écrans québécois. Si le premier film de Simon Lavoie n'est pas aussi catastrophique que la longue minute du patrimoine de Paul Gross, le résultat est loin de marquer les esprits.
Pendant la Seconde Guerre mondiale dans un village du Québec, la conscription est de mise. Les jeunes hommes sont entraînés pour combattre en Europe. Au lieu de partir pour le vieux continent, Georges Guénette (Émile Proulx-Cloutier) décide de prendre la poudre d'escampette et de revenir chez ses parents, un geste qui aura des répercussions funestes sur lui et son entourage.
Contrairement à ses collègues Yves-Christian Fournier, Maxime Giroux et Raphaël Ouellet, le premier long-métrage de Simon Lavoie est solidement ancré dans le passé. Il a décidé de transposer à l'écran un fait divers véridique en s'intéressant aux notions de héros et de martyr. L'exercice, s'il évoque l'histoire, la politique et le destin du Canadien français, est davantage centré autour de cette sphère personnelle, de cette famille pauvre et d'un amour malheureux.
La solide mise en scène est soucieuse de respecter les moindres détails de la réalité d'antan. Cela n'empêche pas la progression d'être parfois hasardeuse. Les nombreux raccords entre le présent et deux formes de passé ne se font pas sans heurt. Il est possible de se perdre au sein de ces ellipses, ce qui rend le récit inutilement complexe ou brouillon.
L'émotion est également en option et elle n'est pas toujours au rendez-vous. Malgré son sujet vibrant, le cinéaste a opté pour l'intimiste et la retenue. Un sage choix. Sauf qu'Émile Proulx-Cloutier manque parfois de charisme. Au contraire, c'est l'explosion des violons lorsqu'il retrouve sa bien-aimée, interprétée par la magnifique Viviane Audet. Ce duo céleste, motivé par les sens et la chair, n'arrive cependant pas à insuffler assez de chaleur à un exercice qui demeure la plupart du temps glacial et statique. Les Raymond Cloutier, Danielle Proulx (le père et la mère du protagoniste), Benoît Gouin, Gilles Renaud et Sébastien Delorme apportent de la crédibilité à l'ensemble, ce qui pouvait manquer aux principales têtes d'affiche.
La magnifique photographie utilise différents tons de noirs afin d'exprimer cette menace qui plane de plus en plus à l'horizon. Les contrastes, généralement à point, sont au service de couleurs sobres et d'images solides qui ne sont pourtant pas exemptes de blocage. Quelques textures sont volontairement vieillies, rajoutant un effet réaliste supplémentaire. La musique mélodique utilise des cordes dramatiques pour signifier la tension et la libération, un procédé qui aurait pu être plus subtil. Les pistes sonores francophones sont parsemées de chants d'oiseaux, du souffle du vent, de la pluie qui tombe, de balles de fusils et des mélodies du compositeur Normand Corbeil pour camper l'atmosphère. Rien de trop oppressant pour ensevelir les voix toujours claires, dont les très visibles sous-titres blancs en anglais risquent bien d'aller chercher un nouveau public.
La pochette ressemble comme deux gouttes d'eau à celle de Passchendaele: de la noirceur du quotidien naît un voluptueux couple qui s'enlace en se jurant presque fidélité. Le menu principal du DVD fait alterner des scènes statiques de personnages ou d'évènements en mettant l'emphase sur le couple plus que parfait et en baignant le tout d'un air grave et solennel. Les suppléments se limitent à une agréable galerie de photographies qui déroulent automatiquement et à sept minutes de scènes inédites. Ces séquences, parfois superficielles ou trop explicatives, rajoutent finalement peu au résultat final.
Chronique de guerre sans guerre où la conscription brise des familles et empêche la jeunesse de prend son élan, "Le déserteur" bénéficie de très beaux paysages, d'une photographie formidable et d'une solide réalisation de Simon Lavoie. Ce souffle presque épique n'est cependant pas suffisant pour inspirer tous les comédiens et apporter l'émotion nécessaire à l'entreprise. Intéressant à défaut d'être pleinement recommandable.
| Film | 5 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |