Un dimanche à Kigali
Equinoxe Films / Warner Home Video

Réalisateur: Robert Favreau
Année: 2006
Classification: 14A
Durée: 120 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
4 février 2007

100 jours, 800 000 Tutsis massacrés. Le génocide rwandais de 1994 est non seulement une des pires tragédies de l'histoire, mais également un constat implacable sur l'échec de l'humanité. Honnêtement, après avoir critiqué trois films sur le sujet entre mars et mai 2005, j'en avais ma claque du Rwanda. Pas par manque d'intérêt ou parce que je souscris à cette logique froide du réalisme basé sur les intérêts nationaux qui avait conclu qu'il ne s'agissait que d'Africains et qu'après tout il n'y a rien d'intéressant en Afrique, mais parce que j'avais honte. Abasourdi devant l'ampleur du carnage et choqué devant autant d'indifférence de la part de la communauté internationale, j'avais honte d'être un être humain. Et c'est avec une rage à peine contenue que j'avais écrit ces critiques. Heureusement, des hommes d'exception comme le général Roméo Dallaire (Shake Hands With the Devil) et Paul Rusesabagina (Hotel Rwanda) se sont dressés devant l'injustice pour me rappeler qu'il restait une mince lueur d'espoir pour l'humanité. Mais après avoir visionné le documentaire de PBS Ghosts Of Rwanda, le film qui parvenait le mieux à analyser les aspects socio-politiques et historiques du génocide tout en en saisissant l'étendue quasi indescriptible, j'avais grandement besoin de me taper quelques comédies légères... Et voilà que, presque deux ans plus tard, arrive "Un Dimanche à Kigali", réalisé par Robert Favreau et basé sur l'excellent roman de Gilles Courtemanche, Un dimanche à la piscine à Kigali. Avec un peu de recul envers le sujet, voici la critique de ce film émouvant où amour et beauté côtoient horreur et tragédie.

À Kigali, l'Hôtel de Milles Collines sert de lieu de rencontre aux expatriés et aux politiciens locaux. Au printemps 1994, alors que la colère gronde et que les rebelles du Interhamwe commencent à chasser les "coquerelles Tutsi" sous l'oeil indifférent et parfois complice des milices gouvernementales, le journaliste Bernard Valcourt (Luc Picard) s'éprend de Gentille (Fatou N'Diaye), une jolie serveuse Rwandaise dont le père est Hutu, mais qui possède toutes les caractéristiques physiques des Tutsis. L'attirance est réciproque et l'amour naîtra malgré leurs différences, mais le génocide éclate quand l'avion transportant le président rwandais est abattu par les rebelles. Gentille et Valcourt tenteront de quitter le pays, mais seront brutalement séparés.

Valcourt reviendra à Kigali trois mois plus tard, après la fin du massacre, et tentera désespérément de retrouver celle qu'il aime.

Après une brève introduction qui sert à mettre les événements en contexte, le scénario déconstruit la structure linéaire du roman en alternant entre deux périodes, avant et après le génocide. Cette juxtaposition permet de révéler l'horreur et la dévastation de cette tragédie qui sert de toile de fond à l'histoire d'amour entre Valcourt et Gentille. Au départ, cette relation entre ce journaliste désabusé dans la quarantaine et cette superbe jeune femme noire semble improbable, si ce n'est que pour servir les intérêts de chacun, mais lorsque la folie s'empare du pays, ils trouveront refuge dans la pureté de leur amour, malgré leurs différences amplifiées par une tragédie qui réduit Gentille au rôle inéluctable de proie et Valcourt à celui d'étranger pouvant quitter le pays à tout moment. Leur séparation n'en sera que plus cruelle, et la douleur et les regrets ponctués de rage qui rongent Valcourt alors qu'il parcourt les rues jonchées de cadavres mutilés à la recherche de sa bien-aimée rendront sa quête encore plus déchirante. Luc Picard et Fatou N'Diaye offrent des prestations justes et nuancées, et cet amour inconditionnel qui les habite en dépit de la violence et de la souffrance qui les entoure est tout à fait crédible, jusqu'à la scène finale, controversée, mais justifiable. L'amour inconditionnel est-il plus défendable que la haine inconditionnelle? Il faut se méfier de l'absolu.

Le réalisateur ne s'attarde pas à la complexité des éléments historiques et politiques à la source du conflit et ne trace qu'un portrait sommaire des parties en cause (par exemple, les rebelles du Interhamwe deviennent des "milices gouvernementales", ce qui n'est pas tout à fait exact, et le rôle du FPR est à peine esquissé), mais ce choix sert le récit puisqu'il permet au spectateur de se placer dans la peau d'un Valcourt dépassé par les événements, qui tente en vain de comprendre le fanatisme et la démence qui ravagent le pays. Par contre, quelques scènes s'étirent inutilement, certains personnages sont à la limite de la caricature et, en dépit de quelques moments forts qui soulignent le barbarisme des Hutus et la folie généralisée, le réalisateur parvient mal à saisir l'ampleur inimaginable du massacre. Mais pour être honnête, dans ce dernier cas, j'ai peut-être vu trop de films sur le Rwanda... À souligner, la direction photo impeccable de Pierre Mignot, qui parvient à capter de façon touchante et saisissante ce mélange de beauté et de désespoir.

Le transfert anamorphosé proposé sur cette édition est de bonne qualité. L'image est claire et propre, bien que parfois un peu granuleuse. Les couleurs, vibrantes et lumineuses dans "l'avant" et sombres et délavées dans "l'après", rendent fidèlement la dichotomie entre la beauté et l'horreur. Le rendu des noirs et le niveau des contrastes sont à point, même si on peut noter une légère perte de détails lors des scènes tournées dans des environnements plus sombres. La piste audio manque par contre de dynamisme et l'activité est essentiellement concentrée dans les enceintes avant. La séparation des canaux est nette, et les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente. La présentation est standard et le boîtier simple ne contient pas d'encart. Les menus sont de facture classique, accompagnés d'extraits du film et de musique aux accents africains. La navigation s'effectue aisément. Comme suppléments, on retrouve une piste audio de commentaires avec le réalisateur Robert Favreau, qui nous parle des difficultés de tourner au Rwanda, du peuple et de la culture rwandaise, du génocide et des différents éléments reliés à la production. Son propos est intéressant, mais puisqu'il lit vraisemblablement des notes, que son ton est monocorde et qu'il y a de multiples "trous" entre ses interventions, l'écoute demeure plutôt aride. Un excellent documentaire sur le tournage, accompagné de la narration de Céline Bonnier, et une galerie photo complètent les suppléments.

J'ai lu le livre de Gilles Courtemanche, que j'ai préféré au film pour diverses raisons, mais je ne m'embarquerai pas dans ce jeu des comparaisons souvent boiteuses et inutiles entre un roman et son adaptation au cinéma. En dépit des quelques réserves exprimées plus haut, "Un Dimanche à Kigali" demeure une production de qualité, un film honnête et émouvant qui navigue entre l'amour et la cruauté en nous laissant un mince espoir que la lucidité finira un jour par triompher de la bêtise.


Cotes

Film7
Présentation5
Suppléments5
Vidéo8
Audio7