Gaz Bar Blues
Film Tonic / Alliance Atlantic Vivafilm

Réalisateur: Louis Bélanger
Année: 2003
Classification: 14A
Durée: 110 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 17
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
19 août 2005

2003 a été une des années les plus fastes pour le cinéma québécois. Les Invasions Barbares ont amené une gloire internationale, en se rendant à Cannes et aux Oscars, faisant le bonheur des petits et des grands, mais de nombreux films comme La Grande Séduction et Mambo Italiano ont également remporté leur lot de récompenses et de reconnaissances. Pourtant, le meilleur long métrage de cette période charnière, "Gaz Bar Blues", a passé un peu inaperçu. Mais grâce au DVD, il est dorénavant possible de combler cette lacune. Surtout que les suppléments, sympathiques et savoureux, font facilement détourner les yeux de la simple vidéocassette...

En 1989, le monde entre dans une nouvelle phase de changement et personne ne sera épargné. Alors qu'un de ses fils (Sébastien Delorme) va rencontrer l'histoire à Berlin, "Le Boss" (Serge Thériault) continue de peine et de misère à faire rouler sa station d'essence. Malgré la présence de ses clients/amis habituels, la fermeture est éventuelle. Surtout qu'entre la disparition mystérieuse d'argent, une concurrence de plus en plus accrue et des prises d'otages au dénouement tragique, l'éducation des enfants s'avère houleuse pour un veuf qui a de la difficulté à exprimer ses sentiments.

Film plus vrai que nature, "Gaz Bar Blues" est doté d'un rythme lent, qui prend la peine de bien camper les situations. Bercé sur une musique (blues!) très langoureuse, la réalisation de Louis Bélanger est subtile et précise, quoiqu'un peu trop classique. Œuvre d'auteur émouvante et séduisante, le nœud du récit s'avère toutefois les nombreux personnages colorés, très éloignés des stéréotypes ou des archétypes du genre. Véritable pierre angulaire, dont les électrons gravitent autour de lui, Serge Thériault est tout simplement époustouflant dans le rôle principal. Campant un humble père protecteur et malade, à cent lieues de ses bouffonneries dans La Petite Vie ou Ding et Dong, il s'avère extraordinaire dans la totalité de ses scènes, où il est tour à tour ours mal léché victime de Parkinson, figure paternelle autoritaire ou otage sensible et blasé. Face à lui, il est toutefois facile d'oublier le brio des autres interprètes, tous criant de naturel. À commencer par le jeune Maxime Dumontier, abonné à son monde imaginaire, au tonitruent Gilles Renaud, aussi drôle que pertinent, ou encore aux habitués de cette station d'essence, campés par des acteurs professionnels (Gaston Lepage, Gaston Caron, Daniel Gadouas, Claude Legault, Réal Bossé, Roger Léger) qui ne cherchent jamais à voler la vedette. Et que dire de ces deux frères (Sébastien Delorme et Danny Gilmore), l'eau et le feu, le yin et le yang, où un physique similaire les rejoint? Sidérant. Même l'unique façade féminine, Fanny Mallette, efficace, mais effacée, tire bien son épingle du jeu malgré ses trop brèves scènes.

Avec un sujet aussi réaliste, l'image se devait d'être sobre et elle l'est. En multipliant les tons de bleus et de gris, le réalisateur offre une carte postale un peu vieillotte, mais extrêmement véridique, surprenant par le soin apporté aux costumes, aux décors et aux éclairages. Difficile de ne pas se sentir à la fin des années 1980 dans cette reconstitution exemplaire. Tout aussi impressionnante est la qualité audio. Non seulement une bonne partie du long métrage baigne dans un climat doux rempli de guitares sèches et d'harmonicas (c'est signé Claude Fradette et Guy Bélanger), mais la musique ne se veut jamais envahissante. Elle soutient l'action et les dialogues en s'effaçant candidement, sachant pertinemment qu'elle prendra toute la place dans les derniers instants.

Après une entrée en matière qui oblige le spectateur à choisir la langue du film, le menu principal s'ouvre sur de véritables cartes postales où les différents personnages, découpés et collés sur un nouvel espace, sont présentés. Le tout bénéficiant d'un un air émouvant très représentatif du long métrage. Sans être extrêmement original, ce procédé s'avère charmant. Le principal attrait des options est, bien entendu, le commentaire audio, qui est uniquement disponible en français. Celui-ci permet au réalisateur Louis Bélanger et à la productrice Lorraine Dufour de s'exprimer sur les différents choix artistiques. Fascinant... sans être concluant. Non seulement les propos féminins sont loin d'être pertinents, mais les voix ne semblent pas suffisamment fortes. Elles se perdent donc un peu.

Les autres suppléments comportent, entre autres, les éternelles bandes-annonces. Plusieurs films sont au rendez-vous (Sur le seuil, "Gaz Bar Blues", Père et fils, Vendus, Les Invasions Barbares, La face cachée de la lune, La Grande séduction, Le Papillon Bleu, Monica la mitraille), mais l'exercice d'assister à tout ça se veut un peu redondant. Plus intéressant est l'album de photo de Berlin 1989. Avec une entrée en matière écrite de la main du réalisateur (qui est également l'auteur des différentes poses), de nombreuses photos de l'Allemagne peuvent être admirées. Un mini cours d'histoire en accéléré qui sera difficilement écouté plus qu'une fois. Finalement, il y a l'onglet "cour à scrap", qui contient plus de neuf minutes de scènes supprimées et des bloopers. Même si la plupart sont cocasses, le son s'avère nettement déficient et l'ordre pré-établi pourra en exaspérer plus d'un.

Sans être un grand DVD, "Gaz Bar Blues" est indéniablement un des meilleurs films québécois qui a vu le jour depuis le début du nouveau millénaire. Les personnages demeurent justes, alors que les péripéties sont à la fois drôles, intelligentes et bouleversantes. La grande oeuvre mésestimée de 2003.


Cotes

Film9
Présentation8
Suppléments6
Vidéo8
Audio8