Essai éclairant et extrêmement pertinent sur un important poète et politicien québécois, "Godin" de Simon Beaulieu rappelle qu'il se fait d'excellents documentaires dans la Belle Province. À voir afin de mieux cerner de quelle façon "évolue" la Belle Province.
Le cinéaste Simon Beaulieu semble s'être donné un mandat de forger la mémoire collective. En 2005 il avait réalisé un honnête documentaire sur Serge Lemoyne qui rappelait sa vie de peintre. Cette fois il récidive avec Gérald Godin, retraçant ses principaux faits d'armes, ses carrières à la fois journalistique, poétique et politique, ses amours avec la chanteuse Pauline Julien et son désir de changer la société québécoise.
Qui a dit que le genre documentaire était objectif? Ce n'est définitivement pas le cas avec "Godin" qui est clairement à gauche sur l'échiquier social et politique. L'effort épouse les causes de l'homme du peuple, sans glorifier inutilement son sujet, mais sans jamais non plus mettre en lumière ses zones sombres et ses périodes troubles.
Il s'impose plutôt comme un kaléidoscope de son époque. Le Québec est en plein changement, la grogne vient de la base de la pyramide et ses travailleurs ont soif de liberté. Le mouvement indépendantiste est dans l'air, la Crise d'octobre semble être la goutte qui fait déborder le vase et, ô miracle, Gérald Godin bat Robert Bourassa dans Mercier à l'élection 1976. À partir de cette date charnière, le rêve est grand...
Le journaliste, poète et politicien représente donc le parfait prisme de son époque. De ces idéaux qui ont disparu, de ce conjoint aimant, mais imparfait et de cette figure qui ne mâche pas ses mots pour se faire entendre de tout un chacun. Les liens sont donc multiples entre l'homme et sa cause qui, ironiquement, se sont évaporés à une année de différence (1994 et 1995). Et, plus subtils encore, entre le Il et le Elle, entre Gérald Godin et Pauline Julien en terme de figure représentative de deux unités indissociables.
Un portrait nécessaire, seulement sur le plan historique, de revisiter ces années, mais sous d'autres yeux. Surtout que le document n'aura jamais été aussi pertinent qu'aujourd'hui, alors que la langue française est sur toutes les lèvres avec cette décision d'étendre l'anglais intensif à tous les élèves de la 6e année du primaire. Une question de choix, d'identité et d'appartenance qui donne ici le goût de s'investir de missions.
Présenté de façon chronologique, alimentée de chansons révélatrices, le documentaire brille par la qualité de ses archives, de son montage de longue haleine et de la pertinence de ses sources, qui vont de Jacques Godbout à Denys Arcand en passant par Jacques Parizeau. Jamais le spectateur s'ennuie ou qu'il a l'impression de regarder un cours didactique. Au contraire, il rit lors du discours d'introduction qui rappelle un vieux sketch des Cyniques, et il ne peut qu'être ému aux larmes lors des dernières minutes.
Les nombreuses archives peuvent influencer les aspects techniques. Parfois le grain et les égratignures envahissent les images. Ce n'est pourtant pas une raison suffisante de bouder son plaisir. Généralement les couleurs sont dans le ton et les contrastes ne déçoivent pas. Malgré la présence d'une piste sonore en Dolby Digital 5.1, les enceintes demeurent peu utilisées. Ce sont les mots qui sont importants et ces derniers s'entendent aisément. Il y a même de très visibles sous-titres blancs afin de rejoindre un public anglophone.
Le boîtier en carton est élégant. Il y a de nombreuses citations au verso, alors que la pochette est composée de différentes images marquantes. Le menu principal du DVD s'approprie ce concept, malheureusement statique et sans musique. En plus d'une bande-annonce, les suppléments contiennent plus d'une heure de matériel inédit (des archives, des entrevues, de la lecture de poésie, etc.) qui est répertorié selon sept thèmes: la famille, Octobre 70, le journaliste-poète, 15 novembre 1976, le député-poète, l'affaire Johnson et la maladie. Des bonus essentiels qui ne font toutefois pas oublier l'absence d'une piste de commentaires.
"Godin" serait peut-être ce chaînon manquant qui lie l'art à la politique, l'histoire à la poésie, la mémoire au quotidien qui semble dépourvu de causes importantes et rassembleuses. Sans être révolutionnaire, ce travail d'orfèvre mérite l'attention et le détour, seulement pour se rappeler que le cinéma québécois ne se limite pas seulement à Incendies ou Les amours imaginaires.
| Film | 8 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |