Incendies
Entertainment One / Les Films Séville Pictures / Les Films Christal

Réalisateur: Denis Villeneuve
Année: 2010
Classification: 13+ (QC)
Durée: 130 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Français
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 774212104237

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
18 mars 2011

Denis Villeneuve confirme sa maturité acquise sur Polytechnique avec "Incendies", une œuvre riche et universelle sur les conflits qui ravagent les êtres humains. Une œuvre ouverte sur le monde qui s'adresse au plus grand nombre possible... et qui a justement rencontré un beau succès critique et commercial, étant un des cinq finalistes aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger tout en remportant les plus grandes distinctions lors des cérémonies des Génie et des Jutra.

À la mort de leur mère (Lubna Azabel), les jumeaux Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin) et Simon (Maxim Gaudette) reçoivent un testament qui les laisse pantois: ils doivent retrouver leur père présumé mort, ainsi que leur frère dont ils ignoraient tout de son existence. Pour se faire, ils devront parcourir un pays du Moyen-Orient, ce qui leur permettra d'en apprendre davantage sur leurs origines et la vraie nature de la personne qui les a mis au monde.

Populaire pièce du dramaturge Wajdi Mouawad, "Incendies" est transposé au cinéma avec soin et délicatesse par Denis Villeneuve. Après son touchant Polytechnique, le réalisateur de Maelstrom continue d'explorer des thèmes qui lui tiennent à coeur, dont le devoir de mémoire et la force du genre féminin. Son scénario, aux métaphores bien à l'avant-plan, fait dans l'évocation, transformant presque en mythe grec des horreurs de la guerre.

Ce n'est pas proprement ce conflit qui semble intéresser le cinéaste. La région n'est pratiquement pas évoquée (il s'agit cependant du Liban, même si l'ouvrage a été tourné en Jordanie), ni les raisons en place (il est question de religions et de réfugiés, mais seulement en filigrane). Le traitement se veut plutôt universel, renvoyant des enfants chez eux. La mère s'avère donc autant humaine que géographique, et il faut absolument connaître son histoire pour pouvoir évoluer en tant qu'être humain et pays.

Les comédiens sont portés par leurs incompréhensions qui les déchirent. La première partie est surtout celle de Lubna Azabel, incroyable après sa performance dans 24 Mesures, et Mélissa Désormeaux-Poulin qui prouve son très grand talent (surtout qu'il était plutôt difficile de le constater dans les deux À vos marques! Party!). Son jeu viscéral et raisonné permet de s'attacher immédiatement à son sort et de voir cette région inconnue à travers ses yeux. Un peu trop effacé, Maxim Gaudette se fait valoir plus tardivement, utilisant un humour bien noir pour éviter que les drames prennent toute la place. À ce chapitre Rémy Girard qui incarne un notaire est là pour alléger le propos, ce qui fait parfois du bien.

À l'image de la pièce de théâtre, le film n'est pas sans longueur. Surtout que la trame narrative, riche en réflexions variées, abuse des ellipses. Cela ne serait pas grave si la révélation finale ne se tenait pas, justement, sur ce temps qui passe, entre hier et aujourd'hui. Bien que difficile à prévoir, le coup de théâtre ne tient pas toujours la route, car il semble manquer quelques informations cruciales pour être certain de la logique de la révélation.

Les images sont rudes, toujours adaptées au sujet. Les couleurs demeurent sobres, avec des teintes étincelantes qui ressortent à l'occasion. Les contrastes sont parfois un peu sombres, ne faisant jamais de l'ombrage aux qualités vidéo. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 est de belle tenue. Une multitude d'éléments ressortent des enceintes, dont des explosions, des bruits de balles et du vent. Les voix sont claires, très audibles, et il y a de très visibles sous-titres jaunes en option.

La pochette est rouge et noire, montrant un autobus en feu et une femme désemparée. Le menu principal du DVD emprunte cette image en y superposant un intelligent montage de scènes et une musique dramatique. Les suppléments contiennent une série de publicités, une bande-annonce et un très intéressant documentaire de 44 minutes. Dans cet essai réalisé par Anaïs Barbeau-Lavalette, la région de la Jordanie se révèle au grand jour, avec ses habitants, ses conditions de tournage et une équipe québécoise qui part à l'aventure. Un segment instructif et inspirant, pas seulement décoratif et publicitaire.

Bénéficiant d'une superbe direction photo d'André Turpin, d'une solide interprétation et de thématiques puissantes, "Incendies" prouve que Denis Villeneuve maîtrise de plus en plus ses écrits, n'offrant plus que de simples images lustrées comme c'était le cas de Un 32 août sur terre. Dès les premières secondes, une riche et émotive pièce de Radiohead se fait entendre, et les mélodies de ce groupe culte agiront en tant que leitmotiv, portant le récit par ses superbes vagues ténébreuses qui feront apparaître de nombreux secrets enfouis. Douloureux, mais nécessaire.


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments6
Vidéo7
Audio7