Jaloux
Entertainment One / Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Patrick Demers
Année: 2010
Classification: 14A
Durée: 96 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-5)
Code barres (CUP): 774212001796

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Jimmy Chartrand
9 août 2011

"Tu me tapes tellement s'est nerfs!" lance Thomas avec un sourire aussi sincère que malaisé, après avoir embrassé sa blonde. Voilà donc la vision du couple de "Jaloux", le vieux sans la vieillesse ou le jeune sans la naïveté, le vrai, celui qui approche sa première dizaine en doutant toutefois de ne jamais véritablement l'atteindre.

Du coup, puisant sa prémisse sur la jalousie, le film de Patrick Demers verse dans une histoire qu'on trouve plutôt souvent récemment au cinéma: un couple qui s'isole pour mieux se rapprocher, craignant que l'éloignement récent ne soit permanent, alors qu'évidemment, on se doute que rien ne se passera comme prévu, peu importe ce qui était prévu.

Le fait est qu'un troisième individu entre dans le jeu et que celui-ci, dont les intentions ne seront jamais claires, brouillera constamment les pistes en même temps de les dériver, ajoutant à l'ensemble une double-méfiance autant du côté de sa raison d'être que de son influence sur les autres personnages. Ainsi, on reconnaît bien rapidement les rouages du suspense classique alors qu'on profitera de cet habile huis-clos à trois personnages pour isoler le malaise et faire grossir l'inconfort. L'atmosphère, plutôt étouffé quoique souvent libéré par la nature, omniprésente, servant de décor à tout ce cirque, se montrera rapidement oppressante par l'utilisation singulière du silence.

Par contre, la véritable raison d'être du film, à défaut de se présenter tel un habile suspense intrigant tout du long, est le tour de force qu'il représente, soit, face à son processus de création. À notre époque, de faire un film basé sur l'incertitude, donc, sans scénario, relève purement de la folie. Du coup, on salue le talent qu'exerce Demers a avoir su mener à terme et avec un agréable résultat un tel projet et une telle idée puisque l'ensemble se tient fort bien. Il faut dire qu'il y est allé de l'aide de trois comédiens de grand talent (tout comme ceux de soutien) qui tirent profit de ces conditions d'improvisation de sa méthode "feestyle" pour laisser aller et faire transparaître un naturel qui se veut des plus désarmant. Soyez certains, quand on ne le sait pas, ça ne paraît vraiment pas. Impossible de savoir que ce qu'on a sous les yeux, ce n'est pas un film fait de façon dite "classique", voire conventionnelle.

De plus, d'un point de vue technique, le film est des plus habile. Le montage est l'une des grandes forces du film pour les connaisseurs tellement et parvient à offrir un résultat d'une belle fluidité du matériel de tournage qu'on imagine nombreux. Les plans sont variés et tirent judicieusement profit des cadrages tantôt globaux, tantôt bien rapprochés (se concentrant sur les actions, les réactions, etc.) et d'autres fois entièrement axés sur les expressions faciales qui ne semblent jamais tout dévoiler. (On a quand même droit à trois acteurs dont une grande partie de leur jeu se joue dans le regard). La cinématographie aux teintes plutôt sombre et bleuâtre malgré l'utilisation judicieuse de la lumière qui se montre plus inquiétante que rassurante, ajoute à l'aspect sinistre du film qui jouït également d'une trame sonore inclassable de Ramachandra Borcar qui fait ressortir un son inattendu à l'ensemble en s'nspirant des vieux films d'antan, un côté "hitchcockien" même, ce, jusqu'à la montée des événements. Le son par contre, à l'inverse de l'image qui est impeccable et collabore à inviter le regard à ne jamais se détacher de l'écran, est moins au point alors que plusieurs failles se font entendre. Il y a plusieurs décalages entre les moments silencieux et lorsqu'ils parlent et quand ça arrive, ce n'est pas toujours net et il y a des grésillements.

Si la présentation est respectable, la pochette ne transcende rien, mais ressort surtout grâce à l'efficacité de sa teinte et du regard des acteurs qui intrigue-, on regrette qu'aucun supplément ne se retrouve sur le DVD. Comme la création du projet est pratiquement plus fascinante que le film en lui-même, ça aurait été des plus judicieux d'y insérer une revuette sur la production, des commentaires audio ou quelque chose du genre pour expliquer aux spectateurs curieux la nature du projet qui ne peut aucunement être apprise à ceux qui ne s'en tiennent qu'au DVD. De plus, si le menu DVD par sa sobriété jouït d'une grande classe, on n'est pas certain que le synopsis choisit était le meilleur choix.

Enfin, "Jaloux" se veut pétillant et trouve sympathiquement sa place dans l'univers cinématographique québécois par une certaine singularité qui doit prendre son temps avant de se dévoiler. S'il avait un scénario, on le dirait bien ficelé et supporté par une distribution de qualité alors que les capacités de cinéastes de Demers sont également des plus visibles (le rythme, la vision, les ellipses, le parallèle avec la nature et les plans des animaux, etc.) Ajoutons enfin qu'à la réécoute, le film perd un peu de son efficacité, le rythme n'est pas fait pour une double expérience puisque trop laborieux et les dialogues perdent également de leur mordant alors que l'improvisation se fait plus sentir. N'empêche, bien que le tout aurait peut-être dû être un poil resserré, ça reste un long-métrage québécois à fortement surveiller puisqu'il y a certes de très bonnes réflexions.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments-
Vidéo7
Audio6