Avec son deuxième film "Jo pour Jonathan", le cinéaste Maxime Giroux continue à explorer la quête de repères d'une jeunesse qui ne sait plus à quel saint se vouer. Une oeuvre-choc et sensorielle qui mérite l'investissement du cinéphile.
Jonathan (Raphaël Lacaille) met son frère (Jean-Sébastien Courchesne) dans le pétrin après avoir perdu une course illégale de voitures. Pour essuyer la dette, ce sera quitte ou double. Le résultat obtenu n'est toutefois pas celui escompté...
Il y a quelques années Maxime Giroux avait attiré les regards avec Demain, un essai impressionnant et révélateur sur la quête de sens d'une jeune adulte (incarnée brillamment par la lumineuse Eugénie Beaudry). Le voilà de retour avec un opus connexe. Il est toujours question d'une banlieue sale et déprimante. Des gens qui ne savent pas quoi faire de leur peau et qui creusent leur propre tombe en accumulant les mauvaises décisions. Il ne faut pas avoir peur de la nuit et du noir (le héros n'est-il pas toujours l'ombre de ses semblables?) avant d'explorer cet effort qui, ironiquement, ne manque pas d'espoir, se voulant magique lors de quelques scènes importantes.
Le récit, scindé en deux parties (on assistera à la transformation de Jo en Jonathan), n'est pas toujours immédiat. Le réalisateur aime prendre son temps pour camper l'ambiance. Il le fait avec un rythme presque lunaire, une photographie extrêmement soignée (de la très occupée et talentueuse Sara Mishara) et un choix musical exemplaire, qui alterne entre des airs contemplatifs d'une rare force dramatique et des pièces très bien choisies (de Junior Boys et Tindersticks par exemple).
Après un premier volet en demi-teinte qui pose les rails d'un scénario bien fait mais pas forcément original (il est possible de penser au classique Rebel Without a Cause avec James Dean ou à Belle épine de Rebecca Zlotowski), le second tronçon fait complètement dérayer le train. Un choix surprenant, qui pourra en perdre/rebuter plus d'un, mais qui permet de mieux saisir le désarroi du protagoniste. Ce dernier est campé avec vigueur par Raphaël Lacaille qui s'investit totalement dans le rôle-titre. Il est cependant bien aidé par une solide distribution d'excellents comédiens pour la plupart inconnus.
L'image volontairement saturée de grain est adaptée au ton de l'ensemble, avec ses couleurs grises et ses contrastes beaucoup trop sombres. Cela fonctionne même si ce n'est pas toujours séduisant pour la rétine. La piste sonore francophone en Dolby Digital 2.0 n'exploite guère les enceintes, ce qui est décevant avec toutes ces courses automobiles qui se déroulent. Les voix sont cependant audibles, et il y a de très potables sous-titres anglophones blancs afin de rejoindre un public encore plus large.
La pochette blanche montre le visage ensanglanté du personnage principal. Le rendu façon bande dessinée pique la curiosité. Le menu du DVD renoue avec ce visage, qui est maintenant humain. Le tout est statique, mais une douce mélodie fait rapidement son effet. Hormis quelques bandes-annonces qui apparaissent une fois l'insertion du disque dans le lecteur, il n'y a aucun supplément au rendez-vous.
Plus près de l'univers d'Yves Christian Fournier que celui de Stéphane Lafleur, "Jo pour Jonathan" n'est pas sans rappeler le cinéma de Gus Van Sant. La charge, intense, vient de l'intérieur, empêchant l'individu de fonctionner correctement, l'obligeant à errer pour reconnecter avec son for intérieur. Un autre très bon film québécois qui mérite seulement un peu de patience.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 6 |