Pour "Les pieds dans le vide", son premier film réalisé au coût de plusieurs millions de dollars, Mariloup Wolfe convie ses amis à des séances de parachutisme où il est question d'amour, d'amitié et de souffrance. Lorsque l'évolution passe par l'adrénaline et le mélo.
Rafaël (Éric Bruneau) ne vit que pour les sensations fortes. Il n'hésite pas à mettre son existence en danger, simplement pour ressentir quelque chose. Cela ne fait pas le bonheur de son ami Charles (Guillaume Lemay-Thivierge), le propriétaire d'un centre de parachutisme qui doit s'assurer que tout fonctionne correctement. Entre ces deux hommes se trouve Manu (Laurence Leboeuf), une jeune femme perdue qui s'occupe de sa mère malade (Monique Spaziani).
Les doigts croches, Demain, Les grandes chaleurs, Nuages sur la ville, "Les pieds dans le vide": le cinéma québécois offre la chance à de nouveaux réalisateurs de se faire les dents en proposant leur premier film. Sur le simple plan cinématographique, la comédienne Mariloup Wolfe n'a rien à envier à ses semblables. Ses plans sont soignés, son utilisation des ombres amène une poésie certaine à l'ensemble et sa façon de placer la caméra se fait avec sensibilité. Le tout se répercute par une magnifique photographie dont les images regorgent de détails, de couleurs précises et de contrastes étanches. Il y a cependant du blocage qui se fait ressentir ici et là. La musique, composée de chansons anglophones et d'airs instrumentaux plus langoureux, est tout à fait adaptée au sujet. Les pistes sonores francophones sont dynamiques, faisant ressortir des enceintes des bruits de voitures, d'avions, de vent, d'animaux, de pièces musicales, etc. À tel point que cela peut parfois entraver les voix et les dialogues, mais jamais pendant très longtemps. Les sous-titres blancs en anglais sont très visibles et ils permettent à un plus large public de se joindre à la danse.
Le problème n'est pas sur le plan de la forme, mais du fond. Le scénario écrit par Vincent Bolduc n'est pas particulièrement convaincant. Les dialogues appuyés et moralisateurs évoquent souvent les dramatiques présentées à la télévision, alors que les thèmes traités ne proposent rien de nouveau. Il est question de liberté, d'émancipation, de rêves brisés, de la découverte de soi, de choix difficiles, d'amour et d'amitiés douloureuses, sauf que ces aspects universels ne sont que des faire-valoir dans l'intrigue. La cinéaste préfère plutôt multiplier les prises dans les airs (qui demeurent spectaculaires) et les scènes de séduction ou de copulation (abondantes mais peu révélatrices). Des leitmotivs qui deviennent rapidement répétitifs et lassants tant le propos s'avère limité.
La faible consistance des personnages n'est pas au service du récit. Il est difficile d'avoir la moindre once de sympathie envers Rafaël (dont Éric Bruneau offre toutefois un jeu nuancé), alors que Charles est le monsieur énergique et charismatique par excellence, comme pratiquement la totalité des rôles tenus par Guillaume Lemay-Thivierge. Tout aussi linéaire est la Manu de l'honnête Laurence Leboeuf, sur qui les cieux s'abattront encore et encore par l'entremise d'un gros mélo où elle perdra à peu près tout ce qu'elle aime. Même les êtres plus secondaires, comme le P.-A. maladroitement campé par Vincent Bolduc, ou le plus intéressant Ludo défendu avec sobriété par Adam Kosh, sont dessinés à gros traits.
Le boîtier en carton est orné d'images qui laissent à désirer. Au moins, la pochette n'est pas trop mal, représentant les trois héros, le ciel, l'herbe et quelqu'un qui saute en parachute. Le menu principal du DVD reprend ce concept statique, avec des nuages qui défilent à l'horizon sur une efficace mélodie. Les suppléments proposent la bande-annonce originale qui en dit un peu trop, un montage spectaculaire quoique superflu de séquences de parachutisme, 16 minutes de segments supprimés un peu longs, mais qui renforcent les liens entre les personnages, et un très intéressant documentaire de 35 minutes qui aborde la préparation et le tournage, les doutes de la réalisatrice, l'apport de son équipe technique, les sujets abordés, les cascades et bien plus encore.
"Les pieds dans le vide", la tête dans les nuages? Peut-être bien. À force de trop vouloir faire vivre une "expérience" cinématographique, la metteure en scène a peut-être seulement oublié de raconter une histoire qui sortait un peu de l'ordinaire. Malgré ses qualités, son film fait office d'un saut amateur, réalisé en tandem pour être certain d'arriver en toute sécurité sur le plancher des vaches.
| Film | 5 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |