Lucidité passagère
TVA Films / Axia Films

Réalisateurs: Fabrice Barrilliet, Nicolas Bolduc, Julien Knafo, Marie-Hélène Panisset
Année: 2009
Classification: G (QC)
Durée: 82 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 824255006118

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
16 juillet 2010

Les préoccupations des trentenaires dictent "Lucidité passagère", le premier long-métrage de quatre jeunes cinéastes. Parfois un peu trop précieux sur les bords, mais généralement touchant, agréable et stimulant à regarder.

Joies et déceptions au sein de quelques personnes qui se croisent, s'aiment et se quittent. Rémi (Daniel Parent) n'est pas bien dans sa peau et il cache un terrible secret. Véronique (Hélène Florent) aimerait bien trouver quelqu'un qui l'aimera malgré son passé. Mathieu (Mario St-Amand) est au bout du rouleau, prêt à craquer à chaque instant. Et il y a Fred (Érik Duhamel) qui cherche son style afin de séduire la gent féminine.

"C'est pas long une vie." Voilà la phrase clé de cet essai mis en scène par Fabrice Barrilliet, Nicolas Bolduc, Julien Knafo et Marie Hélène Panisset. Il sera donc question du sens de l'existence, mais également de l'apport au travail, à l'amour et à la maladie, du sentiment de culpabilité et de la sensation ne pas s'accomplir totalement. Dans une société hyperactive où la performance est de mise, le choix est parfois déchirant entre suivre sa voix intérieure et celle de s'engager dans un emploi stable qui permet de vivre en toute sécurité.

Demain fait peur, encore plus cette vieillesse qui représente l'inconnu, ce stade qui attend tout un chacun. Devant ces grandes thématiques existentielles et universelles, les créateurs ont façonné une réjouissante œuvre chorale, quelques fois un peu maniérée et moralisatrice, mais souvent juste et précise. Sans renouveler le genre, se déroulant à Montréal et ensuite à New York sur une échelle chronologique perpétuée d'ellipses, la réalisation demeure planante, transcendée par quelques beaux flashs, des moments d'une infinie tendresse et une onctueuse trame sonore qui fait presque oublier que le tout est une adaptation d'une pièce de théâtre de Martin Thibaudeau.

La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 est satisfaisante, sans plus. Quelques sons de sirènes, de voitures et de klaxons s'échappent des enceintes sans trop entraver les dialogues. De très visibles sous-titres blancs en anglais peuvent être insérés afin de rejoindre un plus large public. L'image offre un niveau de détail et des reflets intéressants, ainsi qu'un peu de grain et des couleurs qui manquent parfois d'éclat. L'ombre et la lumière sont presque des individus en soi, ce qui peut expliquer que les contrastes demeurent un peu trop sombres.

Le sujet n'est pas neuf (il est aisé de songer à Eldorado, Un crabe dans la tête et même Québec-Montréal) et le traitement s'avère forcément inégal (le segment sur le gars qui modifie ses tactiques de séduction semble parfois superflue), sauf que les conséquences de la démarche – qui n'est pas nécessairement éloignée de celle d'un Claude Lelouch – intéressent au plus haut point. La prémisse pique la curiosité en interpellant rapidement, et si les personnages ne sont pas tous développés correctement (ils ne sont que différents aspects d'un tout encore plus grand), l'interprétation d'ensemble mérite le détour. Surtout pour la composition nuancée de Daniel Parent (un excellent acteur que l'on voit trop peu) et celle en demi-ton d'Hélène Florent, qui offrent une sublime scène de séduction.

La pochette songée montre les protagonistes - et un bébé! - dans des pauses à double sens. Le tout est bercé par des ombres et une lumière particulière. Le menu principal du DVD offre plutôt un onctueux montage de séquences qui est bercé par une délicate mélodie. Les nombreux suppléments renforcent le projet initial. Il y a d'abord une belle bande-annonce, une trop courte présentation des personnages et un vidéoclip d'une délicate chanson. Il y a ensuite quatre courts-métrages (totalisant 67 minutes de contenu!) qui permettent de mieux saisir le travail des quatre réalisateurs, ce qui en dit long sur leur sensibilité, leur façon de faire les choses et de développer les thèmes en place. La cerise sur le gâteau est cette piste de commentaires des quatre cinéastes qui éclairent largement sur le choix des comédiens et des lieux, de la façon de travailler à plusieurs et de la nécessité de passer d'un médium à l'autre.

À la fois drôle, triste et mélancolique, "Lucidité passagère" est un éloquent reflet de son époque où les gens passent leur temps à se chercher, avançant à tâtons, ne désirant pas faire de mal à quiconque, mais finissant par heurter les sentiments de leurs proches. Une petite production pas toujours au point qui cherche trop à tout englober dans ses 75 petites minutes, mais qui possède néanmoins un potentiel non négligeable. L'idéal pour alimenter les discussions.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments7
Vidéo6
Audio6